Dom Bosco – il faudrait dire à présent St
Jean BOSCO puisqu'il a été canonisé, mais on dit toujours Dom BOSCO, comme
s'il était encore tout près de nous, parmi nous – donc, ce saint est venu dans
notre Basilique et a célébré la messe à l'autel de Notre-Dame des Victoires.
Un autre saint personnage y est venu, c'est Ste Thérèse de l'Enfant Jésus.
Jusqu'à présent, nous n'avons trouvé aucun document permettant d'affirmer que
Charles de FOUCAULD y soit venu. Mais ce serait bien étonnant qu'il ne l'ait
pas fait. Si un savant lecteur pouvait nous en donner une preuve historique,
nous en serions très heureux.
Dom BOSCO, ce sauveur de la jeunesse
pauvre et abandonnée, proclamait que c'est la Sainte Vierge qui avait inspiré
son œuvre, la vivifiait et lui donnait sa merveilleuse efficacité.
Quand il est venu à Paris, il a été
poursuivi par les foules. Il est toujours resté d'un calme inaltérable. Il a
célébré et prêché dans beaucoup d'églises et de chapelles de la capitale.
C'est le samedi 28 avril 1883 qu'il est venu chez nous. Il y a dit la messe,
il y a prêché et il a présidé la réunion de l'Archiconfrérie. Il a dit sa joie
de se trouver dans cette église connue du monde entier.
Ecoutons un témoignage de l'époque :
…" Nous ici à Paris nous n'écoutons plus
les prédicateurs de renom. Pour nous secouer de cette apathie, il faut que Dom
BOSCO vienne vers nous. Dom BOSCO arrive, le bruit de sa venue se répand et
voilà que la haute société se remue ; tout le monde veut le voir et l'entendre
et pourtant, du haut de la chaire, il ne présente aucune de ces qualités qui
saisissent immédiatement le public ; habit pauvre, visage bonhomme, démarche
sans recherche, parole sans apparat, forment tout son appareil oratoire. Et
pourtant dans l'assistance personne ne tousse, mais tout le monde l'écoute
dans un silence respectueux. Il raconte l'histoire de ses patronages, de ses
collèges, de ses missions ; dans son récit il insère maximes et faits vécus
qui sont écoutés avec plaisir, il parle toujours lentement et avec calme, si
bien que tout le monde peut le suivre ; sa parole s'adresse au cœur et le cœur
l'entend, mais pas l'oreille. Des larmes d'émotion coulent sur les visages et
après le sermon, à la maison, on ne parle plus d'autre chose. Il suffit, en
somme, que Dom BOSCO ouvre la bouche pour qu'il soit l'homme le plus vénéré et
obéi." Lettre du Père Fel. Giordano, o.m.i. à Don Rua, 25 mai 1888, rapportée
dans mémoire biographique, XVI 229-230.
Il fit donc sa première conférence à
Notre-Dame des Victoires. La messe hebdomadaire pour la conversion des
pécheurs fut célébrée par Dom BOSCO le matin du samedi 28 avril 1883. Il était
assisté à l'autel par le Curé de la Paroisse et l'Abbé SIRE ; jamais, au dire
des assistants, on n'avait vu pour cette messe pareille assistance. La messe
était annoncée pour 9 heures, mais, dès 7 heures il n'y avait plus une seule
place libre ; le spectacle d'une pareille foule arrachait des lèvres des
fidèles, habitués à assister chaque samedi à cette cérémonie, des expressions
de stupeur et aussi de mécontentement de la part de ceux qui n'avaient pu
pénétrer dans l'église. On entendait une petite dame dire à quelqu'un qui
s'étonnait de pareille affluence : "C'est la messe des pécheurs célébrée
aujourd'hui par un Saint".
Dom BOSCO parla après l'Evangile, le
texte de son allocution ne nous est pas parvenu ; les journaux se contentèrent
de dire qu'il fit l'éloge de la charité et exposa le but de ses œuvres. Tandis
qu'il distribuait la communion, il lui arriva une chose extraordinaire :
l'apparition soudaine de Louis COLLE ; cette vision lui occasionna une
distraction ; table de communion, fidèles, clergé, tout s'éclipsa à ses yeux
et il demeura figé avec le pouce et l'index dans la position de prendre
l'Hostie dans le ciboire, mais sans qu'il levât jamais la main. Les assistants
ne voyaient rien et ne s'aperçurent pas de la conversation intérieure qui eut
lieu à ce moment. Les prêtres de la paroisse le croyant très fatigué se mirent
à distribuer la communion, tandis que d'autres s'approchaient de lui et le
reconduisaient à l'autel. Quant il revint à lui il se trouvait devant le
missel.
La foule ne remplissait pas seulement
l'église mais débordait aussi sur la place des Petits-Pères sur laquelle
donnait le grand portail. Quand Dom BOSCO sortit, la circulation y était
encore interrompue…
… Mais sans doute beaucoup de nos
lecteurs ignorent qui était Louis COLLE. Dom BOSCO avait à Toulon un ami qui
était aussi un grand bienfaiteur de ses œuvres, le Comte COLLE. Voici comment,
en février 1883, notre Saint fit la connaissance du Comte COLLE qui avait un
fils de 17 ans, tuberculeux au dernier degré. Le Curé de Notre-Dame de Toulon
supplia Dom BOSCO de bénir ce jeune homme. Or la lettre de ce prêtre
l'atteignit à Marseille. S. Jean BOSCO répondit que son itinéraire ne lui
permettait pas de s'arrêter à Toulon, mais qu'il prierait pour le malade. Sur
l'insistance du Curé de Notre-Dame, il céda cependant. Le 1er mars,
il était au chevet du mourant. Il le prépara à la mort. Le 3 avril, Louis
COLLE mourait avec ces mots sur les lèvres : "Je vais au ciel, Dom BOSCO me
l'a dit. Vous ne me verrez plus bientôt, mais vous me trouverez au ciel."
Louis COLLE apparut plusieurs fois à Dom
BOSCO. Il lui dit d'envoyer ses religieux évangéliser les Indiens de
Patagonie, de faire communier les petits enfants, etc…
Le 28 avril, ce fut chez nous. A la
minute où Dom BOSCO descendait communier les fidèles, il découvrit son petit
ami. Son émoi fut tel, qu'il resta là comme perdu en extase ; remonté à
l'Autel presque en titubant, le Saint poursuivit son colloque avec l'enfant
resplendissant de gloire.
- Pourquoi venir ainsi me troubler à l'heure de la communion, demanda-t-il. Vois quelle figure tu m'as fait faire !
- Ce
sanctuaire est la maison des bénédictions et des grâces, affirma alors
l'enfant, sans prendre garde au reproche.
- Mais
où suis-je ? Je n'aperçois plus rien. Que dois-je faire ?
- Donner la communion.
- Mais
où se trouvent ceux qui étaient à la Table Sainte, je ne vois plus personne ?
- Donnez la communion. Tenez, voici ceux que vous désirez voir.
A cette minute, l'apparition
s'évanouit et le Saint se retrouve à l'Autel pour achever sa messe.
Le 3 mai, à Ste-Clotilde, après sa messe, Dom BOSCO priait dans un petit
parloir, où il se trouva face à face avec son petit ami.
- Mais
que fais-tu comme ça ? interroge-t-il.
- Ce
n'est pas le moment de parler, mais de prier, dit l'adolescent.
- Parle-moi quand même. Dis-moi quelque chose comme à tes autres visites.
- J'aurais bien quelque chose à vous dire, mais ce n'est pas le moment.
- De
quelle commission me charges-tu pour tes parents, quand je les reverrai ;
quelle consolation leur apporter de ta part ?
- Ils
n'en manquent pas, de consolations. Dites-leur de persévérer dans la prière et
le service de Dieu. Je commence à préparer leur bonheur.
- Persévérer dans la prière, mais en faveur de qui ? De toi ? C'est bien
inutile. Nous te savons pleinement heureux.
- La
prière rend aussi grâces à Dieu.
- Pourquoi refuser à tes parents la joie d'une apparition ?
- N'insistez pas, ne cherchez pas à savoir ce que Dieu veut laisser dans le
mystère.
Notre Basilique a vraiment été honorée
par le pèlerinage d'un tel Saint visiteur !
Et voici ce que St Jean BOSCO a affirmé
sur la valeur de ces apparitions :
"En réfléchissant bien, en étudiant leur
nature, je suis persuadé qu'il n'y entrait aucune illusion des sens, ni de
l'imagination. Elles étaient réelles. Maintenant, dans quel dessein la
Providence m'adressait-elle si souvent ce cher enfant ? C'est ce que je ne
saurais dire. Un fait demeure toutefois : ce visiteur céleste est venu
m'instruire. Aussi bien sur le terrain de la science que sur celui de la
théologie, il m'a appris quantité de choses que j'ignorais."