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Charles Desgenettes (1778 – 1860)

(d’après les biographies rédigées en 1860 par les abbés Desfossés et de Valette)*

Charles-Eleonore Dufriche-Desgenettes naît le 10 août 1778 à Alençon (Orne). Son père magistrat, entraîne toute la famille à Séez en 1783 lorsqu’il est nommé procureur du roi. Sa mère est le point d’ancrage des jeunes années : l’enfant, vif et turbulent, réclame beaucoup d’attention. Mme Desgenettes, que son fils décrira toujours comme « bonne et pieuse », « un ange terrestre », s’efforce très tôt de corriger la nature ardente, voire batailleuse, du petit Charles, en l’invitant à demander pardon quand cela est nécessaire.

Cette piété maternelle produit ses effets : vers l’âge de raison, Charles fabrique et décore de petites chapelles et des autels en modèle réduits où la Vierge tient généralement la première place. Il va même jusqu’à figurer la sainte messe devant ces autels où il convie tout un chacun et prie avec entrain.

L’enfant, plutôt doué, a une vive intelligence et une mémoire remarquable. Il sait lire à 3 ans, est initié au latin dès l’âge de 6 ans. Sensible, généreux et franc, souvent résolu, il a de l’ascendant sur les autres enfants. Il lui arrive aussi de s’obstiner et s’enferrer. Pour dompter ce caractère bouillant, Mme Desgenettes et le précepteur de l’enfant, l’abbé Prud’homme, obtiennent que sa première communion soit décalée de six semaines. Bien que premier en catéchisme, Charles a besoin d’être un peu mortifié. Aussi voit-il ses camarades le devancer à l’autel. Il n’oubliera pas la leçon.

A 12 ans, le jeune garçon pense déjà à la prêtrise. La Révolution est en marche, aussi est-il bien vite confronté aux premières persécutions et violences antireligieuses. En 1791, M. Desgenettes père devient juge à Dreux.Charles a 18 ans ; il reprend son activité apostolique, pourvoyant aux besoins des prêtres cachés dans la région et les assistant au besoin pour un baptême ou une extrême-onction. Il obtient de sa mère qu’elle accueille à domicile une petite assemblée de femmes, qu’il se charge de catéchiser. Assez rapidement, il manque de place, aussi demande-t-il la réouverture de l’église du village pour y proposer un catéchisme pour tous. Au nom de la liberté des cultes, et moyennant un loyer de 2 écus, l’autorisation lui est donnée. Le vicaire général, M. Lefrançois, lui accorde également la liberté de lire la Parole de Dieu et chanter les offices. Le jeune homme chante avec les fidèles « toutes les parties de la messe ».

Aux rapports qui lui sont faits, le préfet de l’Orne s’inquiète, craignant une agitation subversive. Aussi convoque-t-il le jeune homme à Alençon. Avec énergie et rondeur, Charles proteste de sa loyauté.

1798 : l’année de ses 20 ans. Son père l’envoie chez un de ses frères, à Alençon, pour y étudier les mathématiques. L’épisode scientifique dure deux ans. Là n’est pas la voie de Charles. De retour à Saint-Lomer, il commence à étudier secrètement la théologie, avec M. Desprez, curé de Trémont (et docteur en théologie).

Charles veut être prêtre, mais son père lui ordonne d’entreprendre des études de médecine, et le confie à l’un de ses cousins. Retour à Alençon. Bientôt, l’étudiant tombe malade. Guérit, le 24 août 1803, il entre au grand séminaire. Dans ce temps de grâce, un souci le taraude : la conversion de son père. Il sait combien M. Desgenettes souffre dans ces premières années de l’Empire, et à un double titre : car comme royaliste fidèle aux Bourbons, il suscite la méfiance des Bonapartistes et des héritiers de la Révolution, et comme chrétien ayant perdu la foi et abandonné toute pratique religieuse, il fait de la peine à son entourage. Aussi, dans les premiers jours de 1804, Charles écrit à sa mère pour l’engager à s’unir à lui, ainsi que sa soeur. Il leur propose de réciter pendant trente jours, pour la conversion du chef de famille, le Veni Creator, l’Ave Maris Stella, le Salve Regina et une prière à l’ange gardien ; de se confesser et de communier toutes les semaines. Peu de jours après la fin de ces exercices pieux, madame des Genettes reçoit de Mortagne une lettre dans laquelle son mari lui annonce qu’après mûre réflexion, il s’est décidé à accomplir désormais avec exactitude ses devoirs religieux.

L’étudiant, le jeune clerc, continue de faire le catéchisme à l’église Saint-Pierre avec la bénédiction du vicaire général, M. Levavasseur. Et lorsqu’il visite les siens à Courtomer, il est réclamé par les familles qu’il a catéchisées depuis l’époque du Directoire, tant et si bien que l’évêque l’autorise à prêcher dans le diocèse, aussi bien à Séez qu’à Mortagne ou Courtomer, bien qu’il soit encore séminariste.

Enfin, le dimanche 9 juin 1805,
en la fête de la Sainte Trinité, Charles est ordonné prêtre.

Tout naturellement, l’évêque le maintient d’abord auprès de ceux qui l’aiment pour le bien qu’il a fait : le voici curé de Saint-Lomer, vicaire de Courtomer. Mais le P. Desgenettes est bientôt nommé, au printemps 1806, dans la paroisse Saint-Martin d’Argentan.

Et voici qu’en 1809, on lui propose la direction d’un collège de L’Aigle. Il saute le pas. La première année assoit solidement une oeuvre naissante pour la jeunesse… jusqu’au décret impérial du 11 novembre 1810 qui supprime tous les collèges et institutions ecclésiastiques. Tirant rapidement la leçon de l’événement, le jeune directeur ferme le collège et le met en vente, puis rentre à Argentan.

Avec la fin de règne de Napoléon Ier, un peu partout en France, les troubles s’accentuent. En 1813, Argentan voit déferler de nombreux blessés de guerre, mais aussi des prisonniers, et parmi ceux-ci, quelques dizaines de prêtres espagnols. Le typhus s’étant déclaré dans la ville, les hommes de Dieu sont particulièrement menacés. Desgenettes obtient qu’ils soient mieux traités et puissent même contribuer à la vie des paroisses. Lui-même est frappé du typhus qui est à deux doigts de l’emporter.

L’abbé Desgenettes décide de se fixer à Séez  où une partie de ses élèves sont entrés au séminaire ; il continue d’enseigner les plus jeunes, pourvoyant à leur logement, et à l’heure de la Restauration, il aspire à rejoindre la Compagnie de Jésus. Après uner encontre avec le père jésuite Pierre-Joseph de Clorivière, chargé de la réinstallation de la Compagnie en France, il renonce à ce projet et accepte la paroisse Saint-Pierre de Montsort, à Alençon.

De là, après un temps d’apreuves, Desgenettes donne sa démission, et s’est installé chez sa soeur, à Mortagne.

Une nouvelle fois, l’abbé s’interroge sur sa capacité à remplir sa vocation pastorale. La tentation de se consacrer à d’autres oeuvres le reprend. Mais un ami, passe par là, M. de la S… Etrange providence que celle de l’ami qui vous veut du bien contre votre volonté et vos souhaits les plus chers… Toujours est-il que M. de la S… écrit à un de ses amis parisiens, le docteur Récamier qui soigne plusieurs curés de Paris. Et de lui parler de M. Desgenettes, de célébrer ses vertus de prêtre et de pasteur…

Le médecin, frappé par l’éloge, passe le mot à l’un de ses patients, curé des Missions Etrangères (paroisse officiellement reconnue en 1802), l’abbé Desjardins, qui s’emballe : il veut Desgenettes comme vicaire ! Quand celui-ci découvre la conspiration, l’affaire est quasiment faite ; l’évêque de Séez accepte. Charles Desgenettes s’incline, attiré sans doute par le bien à faire dans la capitale, où il arrive en plein Carême, le 26 mars 1819. En octobre, il devient Curé, développe alors rapidement le catéchisme des enfants pauvres, et casse sa tirelire pour fonder une nouvelle oeuvre d’éducation : l’école de la Providence ouvre en octobre 1820, rue Oudinot, avec une classe de 14 petites filles, placées sous la direction de Soeur Madeleine, une Fille de la Charité.

Sa paroisse des Missions Etrangères salue ses mérites. On l’invite. On l’écoute. Mais les circonstances politiques l’obligent à prendre le chemin de l’exil en Suisse pour dix-huit mois.

De retour à Paris, Mgr de Quélen, son évêque, le nomme curé de Notre-Dame des Victoires.

La Révolution est passée. L’église a été donnée à la loterie, à un club révolutionnaire, puis à la Bourse des valeurs. Quand Desgenettes s’installe, le 27 août 1832, il mesure vite le combat qui l’attend. Selon l’expression de François Veuillot (« Livre du Centenaire de Notre-Dame des Victoires »), le voici confronté à « la tranquille indifférence d’une bourgeoisie enlisée dans les intérêts matériels au lieu de la brutale hostilité d’un peuple intoxiqué par la révolution » – cette révolution dont il eut tant à souffrir, d’Alençon à Paris.

L’Abbé Desgenettes va se trouver comme au désert, pendant quatre ans.

Fin novembre 1836, l’abbé Desgenettes est tenté par le découragement. Il pense remettre sa démission à Mgr de Quélen. Tentation insistante. Elle le poursuit au matin du samedi 3 décembre 1836, alors qu’il commence à célébrer la messe en l’honneur de la Vierge Marie, à l’autel dit aujourd’hui « de l’Archiconfrérie ».

« Consacre ta paroisse au très saint et immaculé Coeur de Marie ». Ces paroles adressées au Père Desgenettes, deux fois, à l’autel, pendant qu’il célèbre cette messe, et dans une locution intérieure, vont faire le tour du monde. Mais l’émouvant témoignage du fondateur de l’Association du très saint et immaculé Coeur de Marie pour la conversion des pécheurs se suffit à lui-même. Récit prodigieux où l’on sera peut-être touché par ces mots qui résument la première assemblée convoquée en l’honneur du Coeur immaculé de Marie, pour lui consacrer la paroisse, au soir du dimanche 11 décembre 1836 : « On ne savait pas pourquoi on était là »…

On ne savait pas… Sait-il toujours le pécheur repentant qui s’agenouille pour la première fois sur le marbre de la basilique pourquoi il est là ?

Le 11 décembre, pour le curé de Notre-Dame des Victoires, il n’est plus question de ses 50 paroissiens. Il en a 500 !

L’oeuvre qui naît est prodigieuse. Sous la direction de l’Abbé Desgenettes, jusqu’à sa mort le 25 avril 1860, 800 000 personnes vont prendre leur inscription individuelle à l’Archiconfrérie, et 14 000 communautés chrétiennes (paroisses, congrégations, écoles, associations pieuses…) s’agrègent à la prière pour la conversion des pécheurs. Ces chiffres ont depuis lors quasi doublé.

1838 : le statut d’Archiconfrérie est accordé à l’association naissante par le Pape Grégoire XVI. Elle  prend alors une extension universelle. Confrérie mère et maîtresse, elle reçoit la capacité d’orienter et diriger, en union avec le Coeur de Marie, la prière pour la conversion des pécheurs, et ce pour le monde entier. Par ce statut, Grégoire XVI fait oeuvre de missionnaire et de pédagogue. Il donne à l’Archiconfrérie, la sainte mission, bien accordée au Coeur de la Très Sainte Vierge, d’inspirer à tous les coeurs chrétiens le désir et le vœu de la conversion des pécheurs.

L’Abbé Desgenettes déploie son activité dans un quartier de presse.

Nous l’avons dit : les vingt premières années de l’Archiconfrérie sont une course de géants ; l’Abbé voit la grâce bouleverser des coeurs innombrables dont témoignent les très nombreux ex-voto. Lui-même mène une vie propre à répondre aux demandes des fidèles. Levé chaque matin à 5 heures, il commence sa journée par un temps de prière et de méditation. A 6 heures, il se rend à l’église où il confesse jusqu’à 9 heures, puis il célèbre la messe, suivie d’une longue action de grâce. Un petit déjeuner de lait et de biscuits refait ses forces pour les audiences qui vont se succéder jusqu’à midi, audiences qui l’entraînent parfois tout de go jusqu’au confessionnal. A la mi-journée, l’abbé déjeune (il « dîne » selon le terme employé à l’époque, le petit-déjeuner étant alors déjeuner). L’après-midi, il reçoit chez lui ou travaille dans son cabinet à la sacristie – là où il écrit les nombreux textes parus dans les Annales de l’Archiconfrérie. A 18 heures, le curé est chez lui, et il soupe. Il s’endort en général entre onze heures et minuit.

Comme curé de Notre-Dame des Victoires, l’abbé Desgenettes s’accordera peu de repos. Cédant aux instances du fidèle Rivard, il finit par accepter deux à trois semaines de congé par an.

Charles Desgenettes est un pasteur entièrement donné à la tâche que le Seigneur lui a confié. Il n’a certes pas l’extrême austérité de vie du curé d’Ars, s’il en a les inspirations et en partage, sous bien des aspects, l’éloquence, ainsi que la charité : le comte de Germiny, gouverneur de la Banque de France et du conseil de fabrique de Notre-Dame des Victoires, aura l’occasion de s’en apercevoir. Mais ce qu’il montre de générosité dans ses oeuvres et ses prêches trompe parfois le pèlerin. Car M. Desgenettes est souvent réservé avec les fidèles mêmes qui lui désirent lui témoigner le plus de respect et d’affection. Ainsi d’une dame qui célèbre un jour devant lui ses vertus de prêtre – blessant sa pudeur et son humilité – face à ceux sans doute qui reprochent au même homme trop de distance et de froideur  : « Madame, lui lance-t-il, on m’appelle “rude abord”. Je ne suis qu’un pauvre pécheur. Et vous, Madame, qui êtes-vous ? »

Aux esprits simples et sincères, Desgenettes révèle bien vite le fond de son coeur, qui est aimant et compatissant. Un coeur d’or, pour ceux, si nombreux, qui lui confient joies et peines.

Un coeur ferme et généreux, mais aussi obéissant.

C’est au jour de sa fête, le 4 novembre 1858, qu’il célèbre pour la dernière fois la messe dans son église de Notre-Dame des Victoires. Il a 80 ans et éprouve de grandes difficultés pour se déplacer. Il va vivre dix-huit mois encore l’extrême dépouillement de la vieillesse. Célébrant la messe dans une pièce contiguë à sa chambre. Ou communiant parfois comme un simple fidèle, lorsqu’il ne peut plus célébrer.

Les derniers mots du prédicateur sont marqués par la simplicité et l’audace qui ont marqué toute sa vie :

« Priez, persévérez et vous triompherez.

La dévotion au saint et immaculé Coeur de Marie est le principe et le centre de toute dévotion ».

Le 25 avril 1860, Charles-Eleonore Dufriche-Desgenettes rend son âme à Dieu. Puis, le 27, une foule immense vient lui rendre un dernier hommage dans l’ancienne sacristie. Son coeur sera déposé à la chapelle de la rue Oudinot, tout près de cette « Providence » qu’il a fondée pour des enfants pauvres, à l’instar de celle que fonda également, à la même époque à Ars, son contemporain, Jean-Marie Vianney.

*OEuvres inédites de M. Ch.-E. Dufriche-Desgenettes En quatre tomes.  Publié sous la direction de M. l’Abbé Desfossés, vicaire de la paroisse. Ed A. Levesque Librairie du Saint Coeur de Marie. 1860. Notice sur la vie de M. Dufriche-Desgenettes, par E.-A. de Valette, 1860. D’après un article de Denis S