Le samedi 3 décembre 1836, méditant sur sa paroisse désertée et ce qu'il
considérait comme l'échec de tous ses désirs d'évangélisation et de
conversion des pécheurs, l'Abbé Desgenettes est saisi – tout son être en est
saisi : mémoire, volonté, intelligence ; cœur et esprit ; corps et âme – par
cette simple phrase qu'il entend deux fois, d'abord en montant à l'autel
pour célébrer l'Eucharistie, puis au moment de rendre grâces, alors qu'il a
rejoint la sacristie : "Consacre ta paroisse au Très Saint et Immaculé Cœur
de Marie".Cette phrase directe et concrète, Charles Desgenettes va
aussitôt la mettre en œuvre en s'appuyant sur deux piliers :
-
la "prière du cœur" catholique qu'est devenu, au fil
des siècles, le "Je vous salue Marie",
prière du Rosaire pour tant de pécheurs aux cœurs enflammés par
l'Amour divin ;
-
la vénération du Cœur Immaculé de la Vierge très sainte, étroitement uni au Cœur Sacré de Jésus, comme
les apparitions de la rue du Bac l'on révélé à une Fille de la Charité,
Soeur Catherine Labouré, en 1830.
Le lien avec Rome
Quand l'Abbé Desgenettes entend "Consacre ta paroisse…", c'est certes de sa paroisse qu'il
s'agit, c'est-à-dire le petit troupeau qui lui a été confié dans ce quartier
du centre de Paris, à lui, prêtre déjà expérimenté de 54 ans. Mais c'est
plus que cela encore – et c'est là notre chance !
Car la paroisse de l'Abbé Desgenettes, c'est aussi son cœur. Et, en
l'occurrence, dans son cœur de prêtre, il y a beaucoup plus que les quelques
milliers d'habitants du quartier. Il y a toute son âme de pasteur : le
catéchisme fait aux enfants quand il n'avait pas 20 ans, l'engagement pour
une France chrétienne, face aux ravages révolutionnaires, les années passées
comme prêtre à Alençon, où il se dévoue déjà pour les pauvres et les
familles, à Paris, où il se soucie des orphelins et a le souci de la mission
lointaine comme curé de Saint-François-Xavier. Il y a enfin le lien avec
Rome qui connaît sa fidélité et lui a confié, quelques années plus tôt, une
mission de conciliation entre les exigences du Pape et les vues de
l'Empereur Napoléon 1er, à propos de la nomination d'un évêque.Aussi, lorsqu'il arrive en 1832 à Notre-Dame des
Victoires, paroisse qui peine à se relever après le vent d'apostasie qui a
secoué Paris, le cœur de l'Abbé Desgenettes est rempli d'immenses désirs. Et Marie va répondre à ces désirs en faisant de
l'église de Notre-Dame des Victoires, la paroisse de son Cœur Immaculé. Faudra-t-il alors s'étonner que cette paroisse étende au loin ses limites,
sur tous les continents, avec les saints et les justes venus puiser leur
vocation et leur mission au pied de son autel ?
Le Cœur de Marie ne connaît pas
de frontières.
Fidèle à cette grâce, la prière des associés de
l'Archiconfrérie couvre aujourd'hui tous les continents, tant par les
intentions portées que par le lieu de résidence de ses membres. Ceux-ci sont
animés par un double souci : prier et mener une vie authentiquement
chrétienne, en union de cœur avec Marie Immaculée, pour la conversion des
pécheurs.Cet engagement de prière et de vie chrétienne est leur
réponse concrète à l'appel du Seigneur et à la grâce reçue au baptême. Il
est la traduction en actes de leur fidélité. En effet, tout baptisé a
vocation à offrir sa prière et sa pratique des vertus chrétiennes "pour la
gloire de Dieu et le salut du monde". Or, qui médite sur "le salut du monde"
en vient très vite à désirer "la conversion des pécheurs". Et cette
"conversion des pécheurs", l'Eglise nous enseigne que chacun peut y
contribuer par sa prière et sa vie de chrétien.
"Tout l'ordre de la Miséricorde"
Pour permettre au troupeau qui lui est confié d'accomplir
sa vocation chrétienne, l'Abbé Desgenettes a reçu la grâce que Marie
manifeste avec éclat dans son église : la richesse de son Cœur
miséricordieux. A Notre-Dame des Victoires, la Vierge Sainte ouvre son Cœur
Immaculé aux pécheurs. Oh, Elle ne leur demande pas des efforts surhumains ;
mais déjà, ce simple "Ave" quotidien de conversion, et si possible,
leur participation, le premier samedi du mois,
à la Sainte Eucharistie, montrant
l'amour et la confiance qu'ils placent dans son Cœur Immaculé.Et Marie se charge du reste :
conduire chacun au Cœur de Jésus,
le Fils aimé du Père,
par qui nous sommes sauvés.
Car telle est l'expérience que nous sommes invités à
vivre au sein de l'Archiconfrérie comme fils et filles de Marie : son Cœur,
Refuge des pécheurs, nous accueille, et il désire aussi accueillir ceux que
nous aimons et qui font notre joie, ceux qui nous sont confiés par le
Seigneur, ceux qui font saigner notre cœur, ceux qui nous persécutent… et
jusqu'à l'humanité tout entière !A l'Immaculée, selon l'expression de saint Maximilien
Kolbe, "Dieu a voulu confier tout l'ordre de la
Miséricorde". Marie, en effet, est Mère et Reine. Et nul ne
s'étonnera qu'en notre basilique, Elle agisse en souveraine. Oui, en vérité, à Notre-Dame des Victoires, avec Jésus
qui a
porté l'humanité tout entière dans sa mort et sa Résurrection et fait
toutes choses nouvelles, Marie enfante les pécheurs repentants et confiants
en son Cœur Immaculé, à la vie d'enfant de Dieu.