Votre bonne grande lettre a été reçue
et lue avec joie par votre amie qui vous aime tant. J'aurais voulu vous répondre
de suite pour vous dire que le colonel a fait répondre de suite à maman par
madame Recoing, disant que monsieur Léon venait d'être nommé sergent et que le
colonel serait heureux de nous être agréable en cette circonstance en faisant
tout ce qu'il pourrait pour votre frère. Vous pensez bien, chère Marie-Louise,
si nous sommes heureuses de cela, dites-le à votre bonne mère que nous aimons
tant et à laquelle nous sommes bien contentes de pouvoir être agréables. Jamais
nous n'oublierons son accueil si bon, si affectueux, et bien souvent nous
pensons à ces délicieuses journées. Voyez-vous, chère amie, il me semble que
j'ai toujours connu vos chers parents !…
Nous avons passé deux jours à Paris
en rentrant à Dijon, chez une bonne amie que nous étions heureuse de revoir.
J'ai eu le bonheur d'aller à Montmartre et à Notre-Dame-des-Victoires ; oh !
comme j'ai prié pour vous, chère Marie-Louise, et pour tous ceux qui vous sont
chers !
Nous avons été deux fois à l'Exposition, c'est bien beau, mais je
déteste ce bruit, cette foule. Marguerite se moquait de moi et prétendait que
j'avais l'air de revenir du Congo ! En arrivant à Dijon mercredi soir, nous
avons trouvé nos amies de Rostang qui ne nous avaient pas dit le jour de leur
arrivée pour que nous n'avancions pas notre retour. Nous avons été bien
heureuses de les revoir, je leur ai bien parlé de vous, de notre délicieux
séjour à Labastide !…
Maintenant nous nous installons et ce
n'est pas une petite affaire, je vous assure, quand on rentre après une absence
de trois mois. J'ai retrouvé mon amie Marie-Louise ; elle a bien mauvaise mine
et a besoin de soins ; elle va déjà mieux depuis qu'elle est revenue, et elle ne
rentrera au Sacré-Cœur que lorsqu'elle sera tout à fait bien, de sorte que je
vais en jouir tout l'hiver. Je croix rêver en la voyant à côté de moi à la Messe
tous les matins, car je croyais bien ne plus la voir ici. Souvent je lui parle
de vous et elle vous connaît déjà, ma bonne Marie-Louise.
Aujourd'hui nous avons
été ensemble à une distribution de récompenses aux enfants du patronage dont je
m'occupe ; je ne les avais pas vues depuis trois mois et ces pauvres petites
étaient si heureuses de me revoir que j'en était touchée ! Que j'aimerais vous
emmener là avec moi, chère amie, nos pauvres petites vous aimeraient tant. Quel
malheur d'être si loin ! Souvent mon cœur et ma pensée sont près de vous, je
vous vois là-bas dans votre belle montagne ; je suis si contente de connaître
votre petit nid si délicieux !
Adieu, ma bonne Marie-Louise, pensez
toujours quelquefois à moi, surtout près du bon Dieu, là il fait si bon se
retrouver. Donnons-nous rendez-vous près de Lui, n'est-ce pas ? Parlez-Lui
quelquefois de votre amie Elisabeth qui, elle, aime tant Lui parler de sa chère
Marie-Louise ! Je vous envoie mes meilleures tendresses ainsi qu'à vos chers
parents, sans oublier mademoiselle Victorine.
Tout à vous, Elisabeth
"De misères... je suis si pleine. Mais
le bon Dieu m'a donné une mère, image de sa miséricorde, qui d'un mot sait
calmer toute angoisse dans l'âme de sa petite enfant et lui donner des ailes
pour s'envoler sous les rayons de l'Astre créateur." Elisabeth de la Trinité*
* Extrait du
livre sur Sr Elisabeth de la Trinité : "Vers le double abîme - Ses pensées
profondes à méditer et à vivre" recueillies et présentées par Alphonse
Lybaert o.c.d. - Editions Resiac