La Basilique à travers les âges

Les curés au service de Marie

 
 

L'Abbé Fernbach
1815 - 1832

 

 
 
Extraits du Livre du Centenaire : "Un siècle à Notre-Dame des Victoires" de François Veuillot et préfacé par l'abbé Charles Jourdain, Curé de la Basilique Notre-Dame des Victoires, Directeur de l'Archiconfrérie, en la fête de la Présentation de la Sainte Vierge le 21 novembre 1936.
 
 

 

L'abbé Fernbach, précéda immédiatement le fondateur de l'Archiconfrérie et fut même un peu, par un geste matériel au moins, son précurseur ; car c'est lui qui, pour remplacer l'introuvable effigie de Notre-Dame de Savone, installa, sur l'autel de Marie, la statue, désormais connue du monde entier, que la Vierge adopterait bientôt comme le symbole de sa maternité miséricordieuse.

Or, dans la personne de l'abbé Fernbach, la Mère compatissante avait choisi, pour ériger cette image invoquée partout aujourd'hui pour les pécheurs, un pécheur repentant. Ce fils d'Alsace, au cœur loyal, à la bonté généreuse, au tempérament robuste et parfois impétueux, n'était autre, en effet, qu'un ancien Frère Prêcheur qui, ayant dépouillé le froc en 1791, avait commis la double faute de prêter le serment constitutionnel et de s'enrôler sous les drapeaux pour cacher son sacerdoce. Arraché plus tard à son erreur par les souvenirs d'une solide formation religieuse, une nature droite et la grâce de Dieu, il consacra le reste de sa vie à la pénitence, à la prière et au dévouement pastoral.

Pendant les dix-sept années de son ministère, il s'efforça, malheureusement en vain, de reconstituer la vie spirituelle de sa paroisse. Il employait tour à tour à cette œuvre, une autorité forte, quelquefois un peu rude, et une bonté inépuisable.

 Une savoureuse anecdote, recueillie d'un témoin par l'abbé Lambert (vicaire alors à Notre-Dame des Victoires), suffit à le peindre :

Un soir, dans une rue solitaire, deux soldats peut-être avinés l'injurient et le bousculent. Le curé, dont la soixantaine n'a pas amolli la vigueur, saisit le plus proche à pleins bras, le soulève, aux yeux de son camarade éberlué, le colle au mur, et lui décoche cette menace : "Dédis-toi et fais-moi des excuses, sinon "confringam ossa tua". Ce latin scripturaire échappa sans doute à l'insulteur ; mais celui-ci comprit le geste et se hâta de demander grâce.
Alors, l'abbé Fernbach le lâcha, lui dit son nom… et l'exhorta à venir se confesser.

 En 1832, pendant l'épidémie de choléra, ce prêtre original et bon mourut à soixante seize ans, victime du fléau… ou, peut-être, insinua-t-on, empoisonné par des misérables qui, sous les apparences de la maladie foudroyante, étaient parvenus à masquer leur crime.

Et, le 27 août de la même année, l'abbé Charles-Eléonore Dufriche-Desgenettes était installé à Notre-Dame des Victoires.