François Libermann (1802-1852), fils de Lazare Libermann,
rabbin à Saverne, fut ordonné prêtre en 1841, et vint célébrer sa deuxième
messe à Notre-Dame des Victoires ; une notice écrite par les missionnaires du
Saint-Esprit rend compte de cette célébration dans les termes suivants :« M. Desgenettes, l’ami, le
confident des missionnaires des noirs, ne voulut céder à personne la
consolation d’assister M. Libermann à l’autel du très saint et immaculé Cœur
de Marie.
Autour de ce vénérable pasteur, offrant au très saint et immaculé Cœur de
Marie le nouveau ministre du Seigneur, qui s’immolait lui-même à Jésus par
Marie pour le salut des âmes les plus pauvres et les plus délaissées, se
pressaient profondément émus et recueillis : MM Le Vavasseur et Tisserand, M
Collin, M Bessieux, depuis vicaire apostolique de la Guinée, et qui, dès lors,
se sentait attiré vers la société du Saint Cœur de Marie, et plusieurs autres
élèves de Saint-Sulpice, tous amis et disciples de M. Libermann, tous n’ayant
avec lui qu’un seul désir : glorifier Dieu par Jésus son divin Fils, et sauver
les âmes les plus pauvres et les plus délaissées, par Marie leur refuge et
leur mère.
Qu’était ce donc
que cette auguste cérémonie ? Sinon la première messe de communauté des
missionnaires du Saint-Cœur de Marie … Et l’acte même par lequel prenait
naissance, au pied même de l’autel de Notre-Dame des Victoires, la petite
société dont nous avons admiré naguère la formation merveilleuse dans
le plus intime du Cœur immaculé de l’auguste Mère de Dieu et des hommes.
Telle est la touchante
signification que les souvenirs traditionnels de l’Institut ont toujours
attachée à la première messe offerte par notre saint fondateur, dans le
sanctuaire à jamais béni de Notre-Dame des Victoires. »
(cité par l’Abbé G. Desfossés dans
sa notice biographique
sur M. Dufriche-Desgenettes - 1860)
Très proche du père Desgenettes et de
l'Archiconfrérie, le P. Libermann créa en effet lui-même une Société du Saint Cœur de Marie qui
fusionna après quelques années avec la Congrégation du Saint-Esprit. François
Libermann devint d'ailleurs le supérieur général des Spiritains avec lesquels
il mit en œuvre les instructions de Grégoire XVI sur la formation d'un clergé
indigène dans les terres coloniales. Ainsi travailla-t-il à calmer les esprits
quand les esclaves obtinrent l'affranchissement, en 1848, à l'île de la
Réunion.C'est par Marie, que le père Libermann,
eut la révélation de l'œuvre missionnaire qui l'attendait. En établissant sa
congrégation, il expliqua ainsi ses intentions : " Ce choix de la dévotion au
Cœur de Marie n'a point été l'effet du calcul, ni du raisonnement, mais d'un
attrait et d'une impulsion puissante... Nous sommes appelés à l'apostolat, et
pour exercer l'apostolat avec fruit, de quoi avons-nous besoin sinon de
l'esprit apostolique? Et cet esprit apostolique, où pourrons-nous le trouver
plus parfait et plus abondant, après Notre-Seigneur, que dans le Cœur de
Marie, qui en a été tout rempli, tout enflammé de désirs pour la gloire de
Dieu et le salut des âmes... "
" Appliquons-nous à modeler notre
intérieur sur l'intérieur de Marie; et alors, quand le temps sera venu d'agir,
nous n'aurons aucune peine à conformer notre action extérieure à celle des
saints apôtres, selon les desseins de Dieu sur nous... "