« Mon cher frère,
j’ai appris ces jours-ci une chose
qui m’a fait de la peine ; c’est une calomnie qu’on répand en Alsace contre
le vénérable curé de Notre-Dame des Victoires et contre l’oeuvre de
l’Archiconfrérie.
Je puis te parler de ce respectable prêtre et de
sa sainte oeuvre, de science certaine ; je le connais depuis longtemps et très
particulièrement. C’est un saint et un homme d’une grande sagesse. Tout ce qu’il
y a de mauvais prêtres à Paris est déchaîné contre lui ; il les laisse dire sans
jamais faire la moindre démarche pour se justifier. Tous les hommes vraiment
saints et sages l’estiment beaucoup. Je pourrais te nommer tous les Messieurs de
Saint-Sulpice qui le connaissent assez pour en juger, et plusieurs curés
respectables de la capitale. Il y en a d’autres qui, par jalousie ou d’autres
raisons d’intérêt, reçoivent volontiers tous les faux rapports que les méchants
répandent contre lui.
Pour l’Archiconfrérie, la jalousie fait dire que
c’est pour amasser de l’argent que ce saint homme a établi cette oeuvre. Si tous
les ecclésiastiques amassaient de l’argent comme lui, ce serait un grand bonheur
pour les pauvres. Je puis assurer qu’il n’y a pas de prêtre à Paris qui fasse
autant de bonnes oeuvres. Il donne des 1 000 et des 1 800 francs à la fois,
quand cela est nécessaire.
Il m’a montré les lettres qui venaient de toutes
parts, et qui annonçaient les miracles opérés par les prières de
l’Archiconfrérie ; ce ne sont pas des lettres anciennes, mais celles qu’il
venait de recevoir. J’en ai lu une foule, et plusieurs de ces miracles sont du
premier ordre : des maladies désespérées subitement guéries, des conversions
désespérées subitement opérées, sans que les sujets sussent pourquoi ils se
convertissaient ; ils étaient poursuivis et comme pour ainsi dire forcés, sans
rien savoir des prières faites pour eux par l’Archiconfrérie.
D’ailleurs, pour l’autorité de l’Eglise, ce
concours immense de personnes qui s’y font inscrire de tous côtés en disent
assez ; à Paris seulement, il y a plus de 80 000 hommes, et des femmes, je crois
plus de 200 000 ; le Général des Jésuites a fait agréger tout son ordre ;
le Général des Capucins y a fait inscrire 19 000 religieux, c’est-à-dire
tout son ordre probablement ; plusieurs autres chefs d’ordre en ont fait autant.
Un des premiers Pères de la compagnie de Jésus est le Directeur de
l’Archiconfrérie établie à Rome. A Naples, on y a incorporé, dès les premiers
jours, 10 000 associés et on en a envoyé le nombre à Paris, à Notre-Dame des
Victoires.
Cette confrérie s’établit dans toutes les
parties du monde, avec des fruits extraordinaires. Plusieurs Evêques ont mis
leurs diocèses sous sa protection et tous sont venus eux-mêmes à Notre-Dame des
Victoires, soit pour en faire la demande, soit pour remercier la sainte Vierge
des grâces reçues. Je ne te dis que les choses principales qui se présentent en
ce moment à ma mémoire ; je suis certain de tout ce que j’avance. Les grandes
choses que Dieu a faites par cette oeuvre sont extraordinaires ; mais ce que
j’expose doit suffire pour te les rendre certaines. Et après cela, faut-il
croire un pauvre prêtre qui vient dire que ce ne sont que des fables ? C’est un
indigne calomniateur qui sera puni d’une manière terrible s’il ne change pas, et
s’il ne répare pas le mal qu’il a fait. Cet homme sait la vérité et parle
certainement contre sa conscience, car il a dû avoir connaissance des lettres
qui s’écrivaient au vénérable Curé en question ; il a dû connaître une multitude
de circonstances qui devaient lui prouver évidemment la fausseté de son
imputation. D’ailleurs, il doit assez connaître le vénérable M. Desgenettes, son
bienfaiteur. Il s’attaque plutôt à la très-sainte Vierge, qu’à ce bon Curé ;
cela ne peut rester impuni. Le mal qu’il a fait n’est que passager, tôt ou tard
la vérité triomphera, comme cela est déjà arrivé, à Paris, à l’égard de
plusieurs personnages remarquables d’abord trompés par des préjugés qui leur
avaient été donnés par des prêtres hypocrites ; ils s’étaient brouillés avec M.
Desgenettes et ils sont maintenant revenus de leur erreur, entre autres deux
prédicateurs des plus célèbres, qui prêchent à présent cette dévotion avec
ferveur.
Je t’ai donné ces détails, parce que j’ai lieu
de présumer que cette calomnie est parvenue jusqu’à toi ; je pense aussi
qu’étant en rapport avec des prêtres tu pourrais aider à la détruire dans
l’esprit de plusieurs. »
*Extrait de la biographie rédigée par l’Abbé
Desfossés, vicaire de la paroisse.
Ed A. Levesque Librairie du Saint Coeur de Marie, 1860, pp. 104 à 106.