La Basilique à travers les âges

Saints et Visiteurs illustres

 
 

 

 François Libermann 

Lettre adressée par le vénérable Libermann*
à son frère, médecin à Strasbourg,
pour défendre l'Abbé Desgenettes sujet à des calomnies en Alsace,
de la part d'un prêtre anciennement attaché à l'église Notre-Dame des Victoires


François Libermann
 

« Mon cher frère,
 

j’ai appris ces jours-ci une chose qui m’a fait de la peine ; c’est une calomnie qu’on répand en Alsace contre le vénérable curé de Notre-Dame des Victoires et contre l’oeuvre de l’Archiconfrérie.

Je puis te parler de ce respectable prêtre et de sa sainte oeuvre, de science certaine ; je le connais depuis longtemps et très particulièrement. C’est un saint et un homme d’une grande sagesse. Tout ce qu’il y a de mauvais prêtres à Paris est déchaîné contre lui ; il les laisse dire sans jamais faire la moindre démarche pour se justifier. Tous les hommes vraiment saints et sages l’estiment beaucoup. Je pourrais te nommer tous les Messieurs de Saint-Sulpice qui le connaissent assez pour en juger, et plusieurs curés respectables de la capitale. Il y en a d’autres qui, par jalousie ou d’autres raisons d’intérêt, reçoivent volontiers tous les faux rapports que les méchants répandent contre lui.

Pour l’Archiconfrérie, la jalousie fait dire que c’est pour amasser de l’argent que ce saint homme a établi cette oeuvre. Si tous les ecclésiastiques amassaient de l’argent comme lui, ce serait un grand bonheur pour les pauvres. Je puis assurer qu’il n’y a pas de prêtre à Paris qui fasse autant de bonnes oeuvres. Il donne des 1 000 et des 1 800 francs à la fois, quand cela est nécessaire.

Il m’a montré les lettres qui venaient de toutes parts, et qui annonçaient les miracles opérés par les prières de l’Archiconfrérie ; ce ne sont pas des lettres anciennes, mais celles qu’il venait de recevoir. J’en ai lu une foule, et plusieurs de ces miracles sont du premier ordre : des maladies désespérées subitement guéries, des conversions désespérées subitement opérées, sans que les sujets sussent pourquoi ils se convertissaient ; ils étaient poursuivis et comme pour ainsi dire forcés, sans rien savoir des prières faites pour eux par l’Archiconfrérie.

D’ailleurs, pour l’autorité de l’Eglise, ce concours immense de personnes qui s’y font inscrire de tous côtés en disent assez ; à Paris seulement, il y a plus de 80 000 hommes, et des femmes, je crois plus de 200 000 ; le Général des Jésuites a fait agréger tout son ordre ; le Général des Capucins y a fait inscrire 19 000 religieux, c’est-à-dire tout son ordre probablement ; plusieurs autres chefs d’ordre en ont fait autant. Un des premiers Pères de la compagnie de Jésus est le Directeur de l’Archiconfrérie établie à Rome. A Naples, on y a incorporé, dès les premiers jours, 10 000 associés et on en a envoyé le nombre à Paris, à Notre-Dame des Victoires.

Cette confrérie s’établit dans toutes les parties du monde, avec des fruits extraordinaires. Plusieurs Evêques ont mis leurs diocèses sous sa protection et tous sont venus eux-mêmes à Notre-Dame des Victoires, soit pour en faire la demande, soit pour remercier la sainte Vierge des grâces reçues. Je ne te dis que les choses principales qui se présentent en ce moment à ma mémoire ; je suis certain de tout ce que j’avance. Les grandes choses que Dieu a faites par cette oeuvre sont extraordinaires ; mais ce que j’expose doit suffire pour te les rendre certaines. Et après cela, faut-il croire un pauvre prêtre qui vient dire que ce ne sont que des fables ? C’est un indigne calomniateur qui sera puni d’une manière terrible s’il ne change pas, et s’il ne répare pas le mal qu’il a fait. Cet homme sait la vérité et parle certainement contre sa conscience, car il a dû avoir connaissance des lettres qui s’écrivaient au vénérable Curé en question ; il a dû connaître une multitude de circonstances qui devaient lui prouver évidemment la fausseté de son imputation. D’ailleurs, il doit assez connaître le vénérable M. Desgenettes, son bienfaiteur. Il s’attaque plutôt à la très-sainte Vierge, qu’à ce bon Curé ; cela ne peut rester impuni. Le mal qu’il a fait n’est que passager, tôt ou tard la vérité triomphera, comme cela est déjà arrivé, à Paris, à l’égard de plusieurs personnages remarquables d’abord trompés par des préjugés qui leur avaient été donnés par des prêtres hypocrites ; ils s’étaient brouillés avec M. Desgenettes et ils sont maintenant revenus de leur erreur, entre autres deux prédicateurs des plus célèbres, qui prêchent à présent cette dévotion avec ferveur.

Je t’ai donné ces détails, parce que j’ai lieu de présumer que cette calomnie est parvenue jusqu’à toi ; je pense aussi qu’étant en rapport avec des prêtres tu pourrais aider à la détruire dans l’esprit de plusieurs. »

 

*Extrait de la biographie rédigée par l’Abbé Desfossés, vicaire de la paroisse.
Ed A. Levesque Librairie du Saint Coeur de Marie, 1860, pp. 104 à 106.

 

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