MIEUX CONNAITRE LOUIS ET ZELIE MARTIN  
 

 

Nous publions ici quelques articles de la revue « Thérèse de Lisieux »
que nous remercions de son aimable autorisation.

La mort d’une maman
28 août 1877

Thérèse de Lisieux – n° 829 – janvier 2003

Cheveux de Zélie Martin

                  Dans la soirée du 26 août 1877, Louis Martin alla à Notre Dame chercher le prêtre et tint à escorter lui-même le saint Sacrement. Toute la famille était assemblée autour du lit d’agonie. Les cœurs se fondaient en une même prière. Thérèse a consigné ce funèbre souvenir : « La cérémonie touchante de l’extrême-onction s’est imprimée en mon âme ; je vois encore la place où j’étais à côté de Céline, toutes les cinq nous étions par rang d’âge et ce pauvre petit Père était là aussi qui sanglotait (1)… »

                  Le sacrement donné, les souffrances s’apaisèrent quelque peu. Mme Martin tomba dans une sorte de prostration. Elle était comme anéantie, les jambes et les bras enflés, impuissante à se remuer, incapable de se faire entendre. Il fallait épier sa pensée à l’imperceptible mouvement des lèvres. Mais ses yeux parlaient encore. Quand, le lendemain, appelés par une lettre de Marie, M. et Mme Guérin pénétrèrent dans sa chambre, elle les accueillit par un sourire, puis fixa longuement sa belle-sœur d’un regard profond et suppliant qui voulait dire tout l’espoir qu’elle mettait en elle et sa reconnaissance infinie.

                  Une hémorragie étant survenue, c’est au seuil du mardi 28 août 1877, exactement à minuit trente, après une très brève agonie, que Mme Martin s’éteignit doucement. Son mari et son frère, avertis par la sœur garde-malade, accoururent à temps pour recevoir son dernier soupir. Ils prévinrent aussitôt les aînées qui, rassurées par la religieuse, avaient quitté la mourante à neuf heures du soir. Pauline, qui s’était réfugiée dans la chambrette du jardin, au-dessus de la lingerie, se rendit tout en larmes auprès des deux petites, mais ne voulut pas troubler leur sommeil. Elle remit au lendemain la déchirante nouvelle.

                  M. Martin mena Thérèse auprès du lit mortuaire. Elle-même a conté cette scène. « Il me prit dans ses bras en me disant : « Viens embrasser une dernière fois ta pauvre petite Mère ». Et moi, sans rien dire, j’approchai mes lèvres du front de ma Mère chérie (2)… »

                  Elle semblait dormir. Bien qu’arrivée presque au terme de sa quarante-sixième année, on l’eût dite fauchée beaucoup plus tôt. Le visage, émacié et comme sculpté par la souffrance, avait pris, dans le trépas, une expression saisissante de majesté et de jeunesse. Une atmosphère impressionnante de recueillement et de calme surnaturel enveloppait la chapelle ardente. M. Martin et ses filles ne se lassaient pas de contempler la physionomie détendue de celle qui, après avoir tant travaillé, connaissait enfin le repos.

                  Quant à la benjamine, elle a livré, dans son autobiographie, son témoignage sur ces jours sombres ; elle avait alors quatre ans et demi :

                  « Je ne me souviens pas d’avoir beaucoup pleuré, je ne parlais à personne des sentiments profonds que je ressentais… Je regardais et j’écoutais en silence… personne n’avait le temps de s’occuper de moi aussi je voyais bien des choses qu’on aurait voulu me cacher ; une fois, je me trouvais en face du couvercle du cercueil… je m’arrêtai longtemps à le considérer, jamais je n’en avais vu, cependant je comprenais… j’étais si petite que malgré la taille peu élevée de Maman, j’étais obligée de lever la tête pour voir le haut et il me paraissait bien grand… bien triste (3) ».

 

L’enterrement à Alençon

                  Les funérailles, selon l’usage du temps, eurent lieu le lendemain même, c’est-à-dire le mercredi 29 août à neuf heures, en l’église paroissiale où parents et amis avaient été convoqués. En vertu de la coutume alors régnante, les filles de la défunte n’assistèrent pas à la cérémonie. L’inhumation se fit au cimetière Notre Dame à Alençon.

                  Ce n’est qu’en octobre 1894, après la mort de M. Martin, que M. Guérin, voulant unir dans la tombe ceux dont la vie commune avait été un modèle d’union conjugale, fit transférer le corps de sa sœur dans le caveau de famille à Lisieux. La dalle de granit qui portait l’inscription funéraire fut alors déposée à proximité sur un terrain libre. On l’y reconnut intacte, cinquante et un an plus tard, et on l’installa en bonne place dans le jardin du Pavillon.

                  Les éloges ne manquèrent pas à la mémoire de Mme Martin. Le curé de Montsort, déclara sans ambages « qu’il y avait une sainte de plus dans le ciel ».

                  Mme Guérin, qui avait, elle aussi, reçu les confidences de sa belle-sœur et tant de fois profité de son expérience et des délicats services, évoquera encore ses mérites éminents, dans une lettre qu’elle adressa quatorze ans plus tard, le 16 novembre 1891, à sa nièce devenue carmélite, Thérèse de l’Enfant-Jésus :

                  « Qu’ai-je donc fait pour que Dieu m’ait entourée de cœurs si aimants ! Je n’ai fait que répondre au dernier regard d’une mère que j’aimais beaucoup, beaucoup. J’ai cru le comprendre ce regard, que rien ne pourra me faire oublier. Il est gravé dans mon cœur. Depuis ce jour, j’ai cherché à remplacer celle que Dieu vous avait ravie, mais hélas ! rien ne peut remplacer une Mère !
                  Cependant, Dieu a voulu bénir mes faibles efforts, et aujourd’hui il permet que je recueille l’affection de ces jeunes cœurs. Il a voulu que cette mère qui avait guidé ta première enfance, fût enlevée à une gloire sublime et jouisse des joies célestes.
                  Ah ! c’est que tes parents, ma petite Thérèse, sont de ceux qu’on peut appeler des saints et qui méritent d’enfanter des saints ».

                  Non moins touchante est l’appréciation que donnait de son ancienne patronne celle qui avait vécu douze ans avec la famille Martin, Louise Marais. Cette servante fidèle entre toutes, avait été congédiée, on a vu dans quelles conditions. Elle demanda en grâce et obtint un sursis jusqu’à la mort de sa maîtresse, prétendant que nulle autre ne la soignerait comme elle. De fait, elle entoura jusqu’au bout la malade du dévouement le plus absolu. Elle s’éloigna ensuite, la rééducation de Léonie l’exigeant, mais non sans emporter l’ineffaçable regret de celle qui lui avait montré tant de douceur. En 1923, quelque mois avant de mourir, elle écrivait encore au Carmel de Lisieux :

                  « Dans mes souffrances aiguës, j’invoque ma Petite Thérèse et, en même temps, sa bonne et sainte maman, car, si la Petite Thérèse est une Sainte, sa maman, à mon avis, en est une grande aussi. Elle a été bien éprouvée pendant sa vie et elle a tout accepté avec résignation. Et puis, comme elle savait se sacrifier ! Pour elle, tout était toujours assez bon, mais, pour les autres, cela n’était pas la même chose… Je vous en dirais trop long sur toutes ses bontés et sa soumission à la volonté du bon Dieu ».

                  Plus haut que tous ces témoignages s’élève la voix de M. Martin qui ne parlera de son épouse qu’en lui attribuant le qualificatif de « sainte », la voix de ses filles qui ont, sous la foi du serment, affirmé les vertus maternelles dans leur déposition au Procès de Béatification de leur petite sœur. Plus haut encore parle la toute dernière. Fut-il jamais plus beau portrait d’une mère que cette strophe ciselée par Thérèse ?

De maman, j’aimais le sourire,
Son regard profond semblait dire :
« L’éternité me ravit et m’attire,
Je vais aller dans le Ciel bleu
Voir Dieu !

                       

(Poésie PN 18)

(1) Ms A, 12r° - v°
(2) Id.
(3) Ms A, 12v°



       

                

Un Père et une Mère de famille « incomparables »
Thérèse de Lisieux – n° 736 – Juillet-août 1994

                       

En cette Année de la Famille, alors que Louis et Zélie Martin ont été déclarés Vénérables pour le pape Jean-Paul II, il nous paraît important de leur consacrer quelques pages de la revue en ce mois où nous commémorons le centième anniversaire de la mort de M. Martin (29 juillet 1894).

 

                  Dans son exhortation apostolique « Familiaris consortio » du 22 novembre 1981, le pape Jean-Paul II nous rappelle que l’avenir du monde et de l’Eglise passe par la famille et que les époux sont appelés à la sainteté dans le mariage, dans ce foyer d’amour qu’il appelle « église domestique », « sanctuaire familial ». En ce début d’année 1994, consacrée à la famille, il renouvelle son appel : « agent privilégié de la transmission des valeurs, la famille porte en elle l’avenir de la société ». Enfin, le 2 février dernier, il a écrit une lettre très importante aux familles, « centre et cœur de cette civilisation de l’amour préconisé déjà par le pape Paul VI (13) », et le 26 mars il proclamait l’héroïcité des vertus du couple admirable de Louis et Zélie Martin.

 

Un foyer d’amour

                  Tout au long de leur vie conjugale, Zélie et Louis Martin, le père et la mère de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, ont construit ce foyer d’amour. Par leur vie exemplaire, leurs vertus, leur parfaite complémentarité, ils ont préparé une extraordinaire floraison de vocations religieuses dont celle de leur petite Thérèse qui a mérité d’être appelée « la plus grande Sainte des temps modernes » par Saint Pie X.

                  Dans son « Histoire d’une âme », à cinq reprises, une fois pour sa mère, quatre fois pour son père, Thérèse emploie le qualificatif « d’incomparables ». Son expérience des familles de son entourage à Alençon lui montrait qu’effectivement, il n’y avait pas autour d’elle de familles comparables.

                  Qu’ont-ils donc d’unique ces artisans de province, cet horloger-bijoutier et cette dentellière d’Alençon qui furent un temps mis en accusation au nom des mythes psychanalytiques ? Il est bon, comme l’a écrit l’abbé Laurentin, que cette question soit mise dans la pleine lumière de l’histoire et de l’Evangile.

 

Une vie conjugale réussie

                  Leur vie conjugale de 1858 à 1877 fut relativement courte, dix-neuf ans, en raison de la mort prématurée à quarante-cinq ans de Zélie.

                  N’ayant pu être admis dans la vie religieuse comme ils l’avaient souhaité, Louis et Zélie décidèrent d’un commun accord au début de leur mariage de vivre dans la chasteté absolue, voulant ainsi imiter la Sainte Famille et d’autres époux dont ils lisaient l’histoire dans la vie des Saints ; mais sur les conseils d’un confesseur clairvoyant, ils abandonnèrent cette voie, si généreuse qu’elle fut, pour réaliser l’appel de Dieu sur eux dans l’humble et amoureuse démarche d’un mariage consommé.

                  Désormais Zélie refait la prière de la Bienheureuse Aleth, la mère de saint Bernard : « Seigneur, je vous en prie, donnez-moi beaucoup d’enfants et qu’ils vous soient tous consacrés ».

                  Ils eurent neuf enfants. Quatre, dont deux garçons, moururent en bas âge. Les cinq filles qui survécurent se consacrèrent toutes au Seigneur.

                  Ils étaient très unis. Au cours d’un voyage à Lisieux chez son frère, où ont eu lieu des sorties et des réceptions, Zélie écrit : « Rien de tout cela ne m’intéresse ! Je suis absolument comme les poissons hors de l’eau. Il me tarde d’être auprès de toi, mon cher Louis, je t’aime de tout mon cœur et je sens encore redoubler mon affection par la privation que j’éprouve de ta présence » (CF. L159, p. 290-291).
                 
                  Louis était vraiment son appui, son réconfort. Tous deux s’épaulaient l’un l’autre dans les difficultés ou quand ils défendaient la cause des opprimés. Louis faisait partie de la confrérie du Saint Sacrement avec une adoration nocturne mensuelle et de la confrérie de Saint Vincent de Paul qui porte secours aux malheureux. Il suivait des retraites à la Grande Trappe de Soligny. Zélie appartenait au Tiers Ordre de Saint François et à d’autres œuvres pieuses.


Louis et Zélie Martin

 

                 
Un couple très uni

                  La vivacité naturelle de Louis lui faisait parfois refuser certaines propositions de Zélie, mais celle-ci, intuitive et patiente, savait faire accepter les décisions justifiées, toujours prises ensemble. Et Louis savait rassurer Zélie quand celle-ci se tourmentait « à tort ou à raison » comme elle l’a écrit.

                  Pour les Martin, l’enfant est un don de Dieu, un dépôt reçu du Créateur, dont la charge leur a été confiée par lui. A ce sens de la dépendance de la créature vis-à-vis du Créateur se joint une conception de la vie centrée sur la personne de Notre Seigneur Jésus Christ, l’unique Sauveur du monde à aimer et à imiter, dans un ferme refus de se compromettre avec le monde opposé à lui.

 

Un amour oblatif, essaim de vocations religieuses

                  Louis et Zélie élèvent leurs enfants dans un amour oblatif où ils donnent les premiers l’exemple. Ils savaient trouver le juste milieu pour éviter à la fois la carence d’autorité et son abus qui exaspère les enfants. Ils n’eurent d’ailleurs des difficultés d’éducation qu’avec leur troisième fille, Léonie, d’un caractère très difficile, mais ils eurent la joie, grâce à leur patience et à leur prière, de la voir s’épanouir en famille et elle devient après la mort de Thérèse, qui l’avait prévu, religieuse de la Visitation comme sa tante Marie-Dosithée.

 

Une éducation religieuse commencée au berceau

                  Zélie savait que le rôle de la mère était décisif dès la naissance et dans la première enfance pour la formation de la personnalité ; elle souffrira d’autant plus quand elle sera obligée de les confier à une nourrice, mais la mort de ses quatre enfants en bas âge fut aussi très cruelle.

                  Chez Louis et Zélie, imprégnés d’une foi profonde dans la grâce baptismale, les enfants sont baptisés dès leur naissance et, dès que l’enfant est capable de parler, la maman lui apprend une courte prière à dire le matin et le soir.

 

Une riche intimité familiale

                  Les Martin étaient convaincus que les relations des enfants ont une grande importance, et savaient préserver la pureté de leur cœur. Leurs filles devenues grandes n’allaient pas aux soirées dansantes, elles assistaient aux représentations théâtrales du Cercle Catholique dont Louis était un des fondateurs. Elles faisaient aussi des sorties en famille ou avec des jeunes filles amies. Les soirées étaient agrémentées par des lectures religieuses, des chants et des jeux. Monsieur Martin avait une belle voix et chantait les vieilles chansons françaises. Zélie s’attardait aux jeux de patience, ce qui faisait parfois veiller fort tard pour des tâches professionnelles urgentes. Elle illustre admirablement la « femme forte » du livre des Proverbes (ch. 31), cet idéal féminin qui nous vient du fond des âges : « La nuit sa lampe ne s’éteint pas, elle met la main à la quenouille et ses doigts saisissent le fuseau, elle ouvre sa main aux malheureux, elle tend ses bras à l’indigent. Son mari aussi fait son éloge… La femme qui craint Dieu, c’est elle qui sera louée ».
                  Zélie Martin assuma sa maladie très douloureuse et son passage à la vie éternelle le 28 août 1877, avec un grand courage. Elle écrivait à son frère : « Si je n’avais pas d’enfants à élever, je saluerais la mort avec joie, comme on salue la pure et douce aurore d’un beau jour » (CF. L20, p. 43).

                  Thérèse n’avait que quatre ans et demi. En évoquant ses souvenirs d’enfance, elle écrit : « Le bon Dieu m’a fait la grâce d’ouvrir mon intelligence de très bonne heure. Sans doute, Jésus voulait me faire connaître la mère incomparable qu’il m’avait donnée, mais que sa main divine avait hâte de couronner au Ciel » (MS A, 4r°).

 

Une croix humiliante

                  Dix ans plus tard, alors qu’il avait donné tous ses enfants au Bon Dieu, il dit à ses filles : « J’ai reçu de si grandes grâces, de telles consolations que j’ai fait cette prière : - Mon Dieu, c’en est trop. Oui, je suis trop heureux. Il n’est pas possible d’aller au Ciel comme cela. Je veux souffrir quelque chose pour vous - et je me suis offert » (Ms A, 71 v°, note 19).

                  Et la maladie mentale est venue le frapper comme une croix très humiliante : il devient l’image de Jésus souffrant sa Passion. Après trois ans d’hospitalisation au Bon Sauveur de Caen, il rendit paisiblement son âme à Dieu, en famille, le 29 juillet 1894.

                  Louis et Zélie, nous pouvons les unir tous deux dans une même vénération. Ils ont vécu l’absolu de Dieu dans leur vie de père et mère de famille et ils ont su le communiquer à leurs filles.

                  « Comme les petits oiseaux apprennent à chanter en écoutant leurs parents, de même les enfants apprennent, des âmes chargées de les former à la vie, la science des vertus, le chant sublime de l’Amour Divin » (Ms A, 53 r°).

Dr Robert Cadéot

 

N.B. : Le Docteur Cadéot est l’auteur de deux ouvrages sur les Parents Martin : Louis Martin, « Père Incomparable » de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (166 pages) ; Zélie Martin «Mère Incomparable » de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (206 pages), éditions V.A.L. En vente à l’Office Central de Lisieux.

 

 


 

Louis Martin le grand voyageur
Thérèse de Lisieux – n° 835 – Juillet-août 2003

 

                  On oublie parfois, ou on ne sait pas, que Louis Martin a été enfant de troupe. Son père étant militaire, l’enfant a connu les déménagements fréquents de garnisons en garnisons. Né à Bordeaux le 22 août 1823, il habita Avignon, Strasbourg, Alençon.

                  Bercé aux récits de l’épopée napoléonienne vécue par son père, élevé au son des tambours et des clairons, il gardera le goût des voyages. On sait qu’il aimait les pèlerinages, Chartres, Pontmain, les sanctuaires alençonnais.

                  Après la mort de sa femme, installé à Lisieux, il pensa enfin réaliser son rêve : faire LE pèlerinage par excellence ; aller en Terre Sainte. En fait, il ne l’atteindra pas. Mais en 1885, il fera quand même un grand voyage, dans les Balkans. En septembre 1885, Thérèse fit sur la côte, avec Céline, un second séjour d’une quinzaine de jours environ à Trouville, rue Charlemagne. Madame Guérin a profité de ce voyage de M. Martin pour offrir à ses nièces les mille agréments de la plage.

 

Vers Constantinople

                  Ces vacances n’eurent pour Thérèse qu’un médiocre attrait. Le papa était absent. L’abbé Charles-Marie, vicaire à Saint Jacques, avait tant fait qu’il se l’était adjoint comme compagnon dans un vaste périple en Europe centrale, aux rives du Bosphore et en Italie. M. Martin, nous l’avons dit, avait le culte de la route : il en aimait l’imprévu, le pittoresque et jusqu’à l’inconfort. C’est avec une joie presque enfantine qu’il entonnait à chaque départ un vieux refrain de jeunesse :

Roule, roule, ma diligence ;
Nous voilà sur le grand chemin ! (1)

                  Il fallut cette fois, pour le décider au voyage et vaincre de surcroît la répugnance de Marie à le laisse s’éloigner, les formels encouragements de Pauline, avec la perspective que l’avenir démentirait d’ailleurs, de prolonger la randonnée jusqu’aux Lieux Saints. Il emportait avec lui une lettre de recommandation du Père Godefroid Madelaine, Prieur de Mondaye, pour l’Abbé des Prémontrés de Schlüter, au diocèse de Linz, en Autriche.

                  Le 22 août, il n’a pas encore quitté Paris que la nostalgie des Buissonnets le saisit. « Si vous aviez trop de peine, mande-t-il à son aînée, écris-le moi franchement, adresse ta lettre à Munich, poste restante, et je laisserais en plan ce bon Abbé Marie ». De Munich, où il escalade la rampe de la Bavaria et explore les trésors des musées, il envoie maintes descriptions, où il glisse cette confidence : « Je voudrais bien vous avoir toutes les cinq ; sans vous, il me manque la plus grande partie de mon bonheur. En attendant, continuez de prier pour nous ».

                  A Vienne, c’est bien autre chose. Il y reçoit les vœux de la Saint Louis. Tous les ans, ce jour-là, c’était grande fête à la maison. Le Belvédère s’ornait de fleurs et de guirlandes. Les cinq sœurs montaient à pas feutrés surprendre leur père parmi ses chers livres. La benjamine y allait de son petit compliment, Marie, de son traditionnel cadeau : un splendide foulard de soie noire qui faisait ses quatre saisons. A midi, on arrosait la galette feuilletée accompagnée de confiture de groseille : tout était liesse et gratitude. Cette fois, c’est dans la capitale autrichienne que l’atteint l’épistole de sa Thérèse. « Mon petit père chéri, pour ta fête, Pauline m’avait fait de jolis vers, afin que je te les récite, mais, puisque je ne peux pas, je vais te les écrire ». Le morceau s’intitule : « Les souhaits d’une petite Reine pour la fête de son Papa-Roi ». Il s’achève sur ces strophes :

En grandissant je vois ton âme
Toute pleine du Dieu d’amour.
Cet exemple béni m’enflamme
Et je veux te suivre à mon tour.

Je veux devenir sur la terre
Ta joie, ta consolation.
Je veux t’imiter, petit père,
Toi si tendre si doux, si bon.
J’aurais bien autre chose à dire,
Mais il faut enfin s’arrêter.
Papa donne-moi ton sourire,
Sur mon front dépose un baiser.


                 
                  La lettre se termine par ces mots : « Au revoir mon Papa bien-aimé. Ta Reine qui t’aime de tout son cœur. Thérèse ». M. Martin lut et relut le tendre message, et, s’abandonnant aux souvenirs, laissa à son tour courir sa plume : « Il me semblait vous voir toutes autour de moi dans le Belvédère et ma petite Reine, de sa voix sympathique et douce, me gazouiller son petit compliment. Ca m’a tellement ému que je voudrais être à Lisieux, mais là tout de bon, pour vous embrasser toutes comme je vous aime… Enfin ma Marie, ma grande, ma première, continue à conduire ton petit bataillon le mieux que tu pourras et sois plus raisonnable que ton vieux père, qui a déjà assez de toutes les beautés qui l’entourent et qui rêve du Ciel et de l’infini. Vanité des vanités et tout n’est que vanité, hors aimer Dieu et le servir ! Celui qui vous aime toutes et vous porte dans son cœur » (lettre du 30 août 1885).

                  Constantinople, qu’il atteint avant la mi-septembre, l’éblouit par l’immensité de ses horizons, le prestige archaïque de ses mosquées, l’exotisme de ses bazars, le grouillement de ses foules dans la subtile atmosphère et le magique éclat du soleil d’Orient. Cette fête des yeux l’attire vers l’oraison : « Si je pouvais vous faire ressentir tout ce que j’éprouve en admirant les grandes et belles choses qui se déroulent devant moi ! Mon Dieu ! que vos œuvres sont donc admirables !... Je m’écrierais volontiers : c’est trop, Seigneur, vous êtes trop bon pour moi !... » (Lettre à Marie, 11/9/1885).

                  A travers tant de merveilles qu’il dépeint avec complaisance, l’image des Buissonnets le poursuit : « Dans quelques semaines, ce ne sera plus qu’un rêve, et nous serons de nouveau réunis pour le temps que Dieu dans sa bonté, veut bien nous réserver ». (Id.).

                  Après une escale à Athènes et une mélancolique méditation parmi les ruines de l’Acropole, le voici à Naples, « la ville enchanteresse », d’où il expédie ce billet : « Allons, chères filles, soyez toujours ma joie et ma consolation sur la terre et continuez à bien servir le Seigneur ; il est si grand et admirable dans ses œuvres ». (Lettre à Marie, 25/9/1885).

 

Rome

                  Enfin, le dimanche 27 septembre, il est à Rome. C’est l’une des dernières étapes de l’itinéraire ; c’en est, à coup sûr, pour M. Martin, le point culminant. Sur ce sommet spirituel où bat le cœur de la chrétienté, son esprit de louange, traversé par moments d’une étrange divination du calvaire qui l’attend, magnifie le Créateur :

                  « Saint Pierre est bien pour mois ce qu’il y a de plus beau au monde ; c’est certainement ici que j’éprouve le plus de  plaisir. Dis à ma Perle fine (ainsi désignait-il Pauline) que je suis trop heureux et que « je tends le dos, car cela ne peut pas durer… Je vous remets toutes à la grâce de Dieu et prie chaque jour pour vous à Saint Pierre. La pensée de votre mère me suit aussi constamment. A bientôt… bientôt… bientôt ! » (Lettre à Marie du 27/9/1885).

                  La captivité du Pape Léon XIII endeuille ses réflexions. « Cela fait tache confie-t-il à Marie, et cette ombre vous fait broyer du noir, malgré tout. Quand il quitte la Ville éternelle sans avoir pu goûter la faveur d’une audience pontificale, il avoue plaisamment se trouver « comme un chat borgne et noir, faisant son ronron au coin d’une borne par un temps de pluie ».

                  Au fond, il est saturé des spectacles d’ici-bas. Il vise plus haut et mieux. C’est avec un frisson de bonheur que, le 6 octobre, à la veille de regagner Lisieux via Alençon, il écrit de Milan : « Tout ce que je vois est splendide, mais c’est toujours une beauté terrestre et notre cœur n’est rassasié de rien, tant qu’il ne voit pas la beauté infinie qui est Dieu. A bientôt le plaisir intime de la famille, c’est cette beauté-là qui nous en rapproche davantage ».

Durant le voyage de son père à Constantinople, Thérèse, en guise de devoir de style, lui écrit une lettre fictive le 15 octobre 1885. L’orthographe et la ponctuation ont été respectées.

 

  Mon cher petit Père.

                  Voilà déjà trois semaines que tu nous a quittées, Trois c’est bien long pour ta petite fille quand elle est séparée de toi. Si tu savais comme je désire que tu reviennes. Souvent je me représente t’on arrivée : tout le monde est content on se dépéche pour arriver à la gare on a peur de ne pas y arriver en temps, et pour en finir on arrive un quard-heure trop tôt, enfin le train arrive et nous t’embrassons, tu est bien portant nous sommes ravies. Mais plus souvent encore le tableau est noir, je me figure que tu est retardé et qu’au lieu de quinze jours que nous avons à attendre ce sera un mois où plus encor. Ou bien tu est malade parceque tu ne te soignes pas assez. Mon petit père chéri tu vas me que je ne suis pas raisonnable, que je me crée des chimères. C’est peut-être un peu vrai mais enfin que veux-tu puisque je suis faite comme celà, et je crois je n’ai pas tout a fait tort car enfin ne peux-tu pas être retardé et puis avoue mon petit père que tu ne prends jamais assez de précaution pour ne pas malade ; tu dis toujours tu dis qu’il n’y a pas de danger, mais il y a un proverbe qui dit : Aide-toi et le ciel t’aidera ; mais voilà que je m’apperçois que je suis dans le chemin de te faire la morale mais pardonne-moi père chéri c’est la crainte qu’à ta petite fille que tu sois malade qui la fait parler ainsi.

                  Tout le monde à la maison désire aussi que tu rentre ; tu est criblé de prières nous invoquons je ne sais combien de saints et entre autres St Raphael pour qu’il guide t’on voyage comme celui de Tobie et qu’il te ramène à nous en bonne santé.

                  Nous désirons toutes que tu reviennes le plus-tôt possible, je suis (sûre) que Tom est de mon avis car il s’enue de ton absence et je suis sure qu’a ton arrivée il se prépare à remuer de la queue à la manière du chien de Tobie et à te fêter par ses bonds joyeux.

                  Au revoir Mon Papa Bien Aimé
                  Je t’embrasse de tout mon cœur
                  Ta fille qui t’aime autant qu’on peut aimer un papa comme toi.

                                                                                                            Thérèse
                                                                                                            enf. des Ss Anges

 

1. Deux ans plus tard, partant pour l’Italie dans le train quittant Lisieux, Louis Martin chantera son refrain. Thérèse l’a noté (MS A, 56 v°).

 

 


Louis Martin généreux et solitaire
Thérèse de Lisieux – n° 836 – Septembre 2003

« Donne, Donne toujours… »

                  Lui qui n’eût pas été normand, s’il n’avait eu le sens de l’économie dans la gestion de ses biens, se montre chaque jour plus avide de donner. Chaque lundi, on voit affluer aux Buissonnets la clientèle des pauvres accrédités. Ils ont leur jour : c’est une touchante tradition des aïeux. Cela n’empêche pas le chemineau désemparé de venir à tout moment quêter gîte ou repas. Thérèse est l’aumônière en titre : elle-même a brigué cette charge. D’une caresse, elle apaise Tom que met à rebrousse-poil ce défilé de gueux. Elle s’apitoie sur les mamans aux joues hâves, sur les bébés pâlots. Elle se fait gentiment leur avocate pour grossir l’offrande. Quelle émotion quand une mendiante lui répond : « Que Dieu vous bénisse, ma petite demoiselle ! », ou quant un pèlerin, hébergé par M. Martin et par lui comblé de secours, trace, d’un geste gauche, sur elle et sur Céline à genoux, un grand signe de croix, gage des faveurs divines.

                  Au cours des promenades, quelque malheureux tend-il la main à l’abri d’un porche ou à l’ombre d’un clocher, c’est encore elle qui mobilise en sa faveur le porte-monnaie du papa, lequel, faut-il le dire, s’exécute toujours de bonne grâce. On connaît l’épisode du vieil infirme qui refusa la pièce présentée par Thérèse et qu’elle craignit d’avoir froissé. Plus tard, c’est à domicile qu’elle débusque et soulage les misères. « Rien ne la rebutait ; elle embrassait et caressait les petits enfants pauvres, même s’ils étaient malpropres ». Léonie, qui témoigne ainsi, aurait pu ajouter que toute la famille obéissait aux impulsions de la charité. On la vit elle-même, domptant ses répugnances, visiter une femme qui se mourait dans la vermine, nettoyer son taudis, renouveler son linge, l’encourager de ses conseils et, quant elle eut trépassé, l’ensevelir.

                  Louis Martin donnait l’exemple de ces démarches où l’on paie de sa personne. A peine arrivé à Lisieux, il s’était inscrit aux Conférences de Saint Vincent de Paul. Il avait ses protégés et s’en occupait diligemment. Céline le vit entrer, aux abords de la ville, chez une femme pauvre qu’entouraient de nombreux enfants. Il lui remit une large aumône, s’informa de la santé de tous. Manifestement il était le bienfaiteur écouté dont on attendait tout : l’appui matériel et le réconfort moral. A une question de sa fille : « Tu la connais donc cette personne ? » il se borna à répondre : « C’est une femme très éprouvée que son mari abandonne pendant de longues périodes et à qui je tâche de faire un peu de bien ».

                  Il condescendait parfois à se prêter à des demandes indiscrètes. Les gens du quartier avaient été impressionnés par sa profonde piété et la flamme qui éclairait sa physionomie. Avec son front découvert, ses cheveux précocement blanchis aux tempes, sa barbe grisonnante, avec surtout son air vénérable qui alliait si bien la dignité et l’enjouement, il imposait le respect. Sans aller jusqu’à le béatifier de son vivant, plusieurs commerçants du quartier l’estimaient un peu comme leur « porte-bonheur ». Il fallait à tout prix qu’il leur fît quelque emplette pour inaugurer la journée. Et lui se laissait faire, se moquant finement de leur confiance superstitieuse, et chargeant sa musette d’un jambonneau ou de quelques fruits qui trouveraient bien vite amateur.

                  Avec l’âge, sa libéralité ne fit que croître. Ecrivant de Constantinople, le 16 septembre 1885, il ajoutera un post-scriptum à sa lettre pour ratifier les largesses de Marie. « Donne, donne toujours et fais des heureux ». Thérèse puisait à son école cette générosité sans mesure qui lui fera dire un jour : « Si j’avais été libre de mes biens, je me serais sûrement ruinée, car je n’aurais pu voir quelqu’un dans la misère, sans lui donner aussitôt tout ce dont il aurait eu besoin ».

                  La charité qui rend Dieu aux incroyants garde toutes les préférences de M. Martin. Il ne connaît pas de plus haute joie que la conversion d’un pécheur. Apprend-il qu’un ami très cher a franchi le pas décisif ? il lui manifeste aussitôt son enthousiasme : « Je sens le besoin de te féliciter ou plutôt, de remercier avec toi le Seigneur, et cela de tout mon pauvre cœur, de la grande faveur qu’il a bien voulu t’accorder en décembre dernier, époque à jamais mémorable !... De cette faveur, on n’en connaîtra au juste le prix que plus tard… Ta famille « file un bon nœud » ; espérons que le vent ne changera pas que tous ne soient rendus à bon port ». (1883, à la famille Nogrix).

                  C’est qu’il est devenu plus que jamais possédé du désir de la gloire divine. La mort de son épouse, l’exode loin d’Alençon, l’ont laissé, à cinquante-quatre ans, sauf de tout souci matériel, éloigné de ses vieilles relations, plus affamé encore de contacts surnaturels.

                  « Je ne vis guère que de souvenirs, écrit-il à ce même compagnon d’enfance. Ces souvenirs de toute ma vie sont si doux que, malgré les épreuves traversées, il est des moments où mon cœur surabonde de joie… Dernièrement, je t’ai parlé de mes cinq filles, mais j’ai oublié de te dire que j’ai encore quatre enfants qui sont avec leur sainte Mère, là-haut, où nous espérons aller les rejoindre un jour… » (Id.)

                  Il doit pourvoir à l’administration de ses biens et s’en acquitte avec un réel sens pratique, mais en s’écartant instinctivement des manœuvres boursières dans lesquelles il peut flairer une spéculation illicite. « Je sens, confiera-t-il à Céline, que, facilement, je prendrais goût à mes placements d’argent, mais je ne veux pas m’y laisser entraîner ; c’est une pente si dangereuse et qui conduit à l’agiotage ».

                  Au demeurant, dans ce domaine comme dans les autres, il se fiait à la Providence qui ne lui manquait pas. Il n’eût point pris de décision sans consulter Dieu dans la prière. Or, un jour qu’il s’apprêtait à partir en chemin de fer pour Bordeaux, afin d’engager une grande partie de ses fonds dans une entreprise qui semblait de tout repos, une entorse imprévue l’immobilisa en chambre. Il y vit une indication de son Conseil du ciel et, sur le champ, fit part de son dédit au notaire qui devait l’accompagner. Bien lui en prit. L’affaire fit promptement faillite. C’eût été pour les siens la ruine quasi-totale.

 

L’homme du belvédère

                  La majeure partie de ses temps libres, Louis Martin les passait au Belvédère. C’est là qu’il avait établi, son Quartier Général. Des fenêtres multicolores, par-delà les aubépines roses, les fleurs d’or des cytises et le vert rideau des sureaux et des sapins, le regard plongeait sur Lisieux, embrassait en une vaste perspective, ses hautes tours spirituelles, ses manoirs, ses cheminées panachées de suie, et découvrait là-bas, au sein d’une végétation luxuriante tapissant coteaux et vallons, le Refuge de Notre Dame de la Miséricorde, cette maison de rééducation où Thérèse eût aimé s’ensevelir parmi les jeunes déficients ou abandonnés. Nul étranger n’accède à ce temple du silence. M. Martin s’en fait un cloître, une cellule, un désert, où, à ses heures, il a l’illusion de vivre en ermite indépendant du monde.

                  Qu’y fait-il en ses longues retraites ? Il prie, il médite, il contemple. Il entonne quelque cantique où revit toute sa jeunesse. Il accueille ses filles et entend leurs confidences. Sur la table, à portée de la main, quelques livres de chevet : l’Evangile, l’Imitation, l’Horloge de sa Passion de saint Alphonse de Liguori, le Pensez-y bien, le Livre d’or ou l’Humilité en Pratique. Sur les rayons, des traités de spiritualité, des ouvrages de maîtres, l’Histoire du peuple de Dieu, les quatre tomes des Etudes Philosophiques sur le Christianisme, d’Auguste Nicolas, auxquels se joignent, empruntés à la bibliothèque paroissiale, l’Histoire de l’Empire, celle de la Trappe, la biographie de l’Abbé de Rancé, bref des volumes écrits par des saints ou qui narrent la vie des saints. Il lit, il commente, il annote. On n’est pas peu surpris de trouver dans ses papiers des citations choisies du Concile de Kiersy dénonçant les erreurs de Gotescalc. L’érudit et l’homme de culture se reconnaissent dans ce souci de butiner en tous les domaines.

                  Plus il avance dans la vie, plus la curiosité du chercheur recule devant la sainte avidité du croyant. « La grandeur s’écroule, la beauté s’efface, la joie s’évanouit. Connais-toi même ». Cette maxime, précieusement colligée, devient toute sa philosophie… ou cette autre, qu’il emprunte au Père de Pontlevoy : « Laissez les pourquoi et les comment curieux ; à cet égard, jamais vous n’aurez le dernier mot ! Mais sachez les pourquoi et les comment utiles : Pourquoi est-on sur la terre ? Comment va-t-on au Ciel ? » Sur cette hauteur où il s’abrite et où revient le visiter l’image du Grand Saint Bernard, Louis Martin se livre au souffle de l’Esprit. Il échappe aux contingences, rejoint son épouse et ses morts, et parfois, enivré d’une ineffable allégresse, achève son étude en glorifiant Dieu.