Dans l'ordre de la révélation, le message reçu dans
cette église par l'abbé - une locution intérieure - n'est pas le premier. La
Vierge Marie s'est manifestée au frère Fiacre, dès 1637, pour annoncer la
naissance prochaine de Louis XIV et la protection qu'elle accordait à la
famille royale.
Les deux Cœurs
Reine de la France en 1638 (Louis XIII lui a
consacré son royaume), Marie l'est avec une ferveur renouvelée après 1830.
En apparaissant à Catherine Labouré rue du Bac, en inaugurant l'alliance et
le culte des deux Cœurs, la Mère du Christ suscite un courant de piété
irrésistible.
L'Archevêque de Paris, Monseigneur Hyacinthe de Quélen,
informé des grâces réservées à la novice des Filles de la charité, ne s'y
est-il pas soumis aussitôt ? Il manifeste le premier son désir de recevoir
une des médailles de l'Immaculée, frappée sur le modèle présenté en vision à
Catherine Labouré, et qui porte au revers les Cœurs de Jésus et de Marie.
Le 3 décembre 1836, le message reçu par l'abbé
Desgenettes à Notre-Dame des Victoires s'inscrit dans cette nouvelle ferveur
pour la Mère de Dieu. Marie, Refuge des pécheurs, offre son Cœur Immaculé
pour notre conversion.
Pour la conversion
Dans ce quartier des affaires, symbole de la montée du
capitalisme et du pouvoir de la presse, la dévotion au Cœur Immaculé de
Marie vient comme un signe de contradiction. Après la Révolution, après
l'échec de la Restauration, certains ont vite fait de présenter le curé
Desgenettes comme un illuminé, un intrigant ou un arriéré.
Mais l'abbé avance. L'association qu'il établit en
quelques jours à Notre-Dame des Victoires en l'honneur du Saint et Immaculé
Cœur de Marie renouvelle la vocation particulière de son église (depuis
Frère Fiacre) pour la conversion des pécheurs. " Le but de l'Association,
écrit Charles Desgenettes, est d'obtenir de la divine miséricorde, par la
protection et les prières de Marie, la conversion de tous les pécheurs. " La
force qui meut le bon curé éclate dans les deux articles préliminaires et
les douze courts chapitres des statuts.
Toutes ses douleurs
Charles Desgenettes ne se contente pas d'attirer le
monde entier dans sa prière à Marie " médiatrice toute puissante entre Dieu
et les hommes, et refuge assuré des pécheurs ". Il attend de chacun des
associés qu'il considère les liens l'attachant personnellement à tant de
pécheurs. Il désire que chacun offre toutes ses douleurs et ses craintes
pour lui-même et pour autrui " à Marie qui, à la parole de Jésus, nous a
tous conçus spirituellement au pied de la Croix ".
Dans sa dévotion, le curé de Notre-Dame des Victoires
inclut le signe offert par la Vierge à Catherine Labouré : cette médaille
miraculeuse et la prière qui y est gravée : " O Marie, conçue sans péché,
priez pour nous qui avons recours à vous ". Les statuts disposent ainsi que
chaque associé recevra la médaille au moment de son admission " pour la
porter sur lui avec respect et dévotion ".Dès lors, les associés vont prier, et les fidèles se
multiplier. Par faveur pontificale, l'association devient Archiconfrérie (24
avril 1838). Elle va affilier au cours du 19ème siècle près de
14.000 communautés laïques ou religieuses (21.163 au 31/12/1960) parmi
lesquelles on comptera, dès 1843, la paroisse du saint curé d'Ars,
Jean-Marie Vianney, et une multitude de congrégations sur tous les
continents.Malgré les épreuves, et notamment celle de la Commune
(1871), où Notre-Dame des Victoires connaît le pillage, l'église du Cœur
Immaculé ne cesse plus d'annoncer, par les grâces qu'elle dispense, celles
du Cœur Sacré de Jésus, établi en 1875 dans un sanctuaire digne de sa
gloire.
Cent vingt ans plus tard, les deux basiliques renforcent ce lien de
charité. En 1995, les Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre, qui servent
depuis 1992 le Cœur Immaculé de Marie à Notre-Dame des Victoires, sont de
nouveau appelées au Sacré-Cœur pour y exalter la louange divine et y
accueillir les pèlerins.