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Naissance de l’archiconfrérie 

Récit autobiographique de l’Abbé Desgenettes

 A LA GLOIRE, A L’HONNEUR DU TRES SAINT ET IMMACULE CŒUR DE MARIE 

 

 L’Archiconfrérie a pris naissance le 3 décembre 1836.

«Beaucoup de personnes, qui ne jugent que d’après les apparences, nous en appellent le fondateur. Nous ne pouvons pas laisser passer ce préjugé sans le combattre et le détruire. Nous ne sommes point le fondateur, à Dieu seul l’honneur et la gloire ; nous n’avions aucune des dispositions d’esprit et de cœur qui pouvaient nous y préparer. Loin de là ; nous devons confesser, en en demandant pardon à Dieu et à Marie, que nous, enfant de Marie, habitué, dès notre plus jeune enfance, à l’aimer, à la vénérer comme la plus tendre des mères, nous ne comprenions rien à la dévotion à son Saint Cœur ; que nous évitions même d’y penser. Nous ajouterons encore qu’un saint religieux, le P. Maccarthy, ayant un jour prêché dans notre église des Missions-Etrangères un sermon sur le saint Cœur de Marie, nous ne recueillîmes de son sermon aucun sentiment, donnant notre suffrage ordinaire à l’éloquence du prédicateur, mais fâché, tant était grand l’orgueil de notre prévention, qu’il eût traité un tel sujet que nous pensions n’être pas plus utile aux autres qu’à nous.

Telle a été notre disposition constante jusqu’au 3 décembre 1836fête de saint François-Xavier.

Ce jour, à 9 heures du matin, je commençais la sainte messe au pied de l’autel de la Sainte Vierge, que nous avons depuis consacré à son Très Saint et immaculé Cœur et qui est aujourd’hui l’autel de l’Archiconfrérie ; j’en étais au premier verset du psaume Judica me, quand une pensée vint saisir mon esprit. C’était la pensée de l’inutilité de mon ministère dans cette paroisse ; elle ne m’était pas étrangère, je n’avais que trop d’occasions de la concevoir et de me la rappeler. Mais dans cette circonstance elle me frappa plus vivement qu’à l’ordinaire. Comme ce n’était ni le lieu, ni le temps de m’en occuper, je fis tous les efforts possibles pour l’éloigner de mon esprit. Je ne pus y parvenir, il me semblait entendre continuellement une voix qui venait de mon intérieur et qui me répétait :

Tu ne fais rien, ton ministère est nul ; vois, depuis plus de quatre ans que tu es ici, qu’as-tu gagné ? Tout est perdu, ce peuple n’a plus de foi. Tu devrais par prudence te retirer.

Et malgré tous mes efforts pour repousser cette malheureuse pensée, elle s’opiniâtra tellement qu’elle absorba toutes les facultés de mon esprit, au point que je lisais, je récitais les prières sans plus comprendre ce que je disais : la violence que je m’étais faite m’avait fatigué, et j’éprouvais une transpiration des plus abondantes. Je fus dans cet état jusqu’au commencement du canon de la messe.

Après avoir récité le Sanctus, je m’arrêtai un instant, je cherchai à rappeler mes idées ; effrayé de l’état de mon esprit, je me dis :

Mon Dieu ! Dans quel état suis-je ? Comment vais-je offrir le divin Sacrifice ? Je n’ai pas assez de liberté d’esprit pour consacrer. O mon Dieu, délivrez-moi de cette malheureuse distraction !

A peine eus-je achevé ces paroles que j’entendis très distinctement ces mots prononcés d’une manière solennelle :

 Consacre ta paroisse au Très Saint et Immaculé Cœur de Marie.

A peine eus-je entendu ces paroles, qui ne frappèrent point mes oreilles, mais retentirent seulement au dedans de moi, que je recouvrai immédiatement le calme et la liberté de l’esprit. La fatale impression qui m’avait si violemment agité, s’effaça aussitôt, il ne m’en resta aucune trace.

 Je continuai la célébration des saints mystères sans aucun souvenir de ma précédente distraction. Après mon action de grâces, j’examinai la manière dont j’avais offert le saint Sacrifice ; alors, seulement, je me rappelai que j’avais eu une distraction, mais ce n’était qu’un souvenir confus, et je fus obligé de rechercher pendant quelques instants quel en avait été l’objet. Je me rassurai en me disant :

je n’ai pas péché, je n’étais pas libre.

Je me demandai comment cette distraction avait cessé, et le souvenir de ces paroles que j’avais entendues se présenta à mon esprit. Cette pensée me frappa d’une sorte de terreur. Je cherchais à nier la possibilité de ce fait, mais ma mémoire confondait les raisonnements que je m’objectais. Je bataillai avec moi-même pendant dix minutes. Je me disais à moi-même :

 Quelle fatale pensée ! Si je m’y arrêtais, je m’exposerais à un grand malheur, elle affecterait mon moral, je pourrais devenir visionnaire.

 Fatigué de ce nouveau combat, je pris mon parti, et je me dis :

Je ne puis m’arrêter à cette pensée, elle aurait de trop fâcheuses conséquences ; d’ailleurs, c’est une illusion : j’ai eu une longue distraction pendant la messe, voilà tout. L’essentiel pour moi est de n’y avoir pas péché. Je ne veux plus y penser.

Et j’appuie mes mains sur le prie-Dieu sur lequel j’étais à genoux. Au moment même, et je n’étais pas encore relevé (j’étais seul dans la sacristie), j’entends prononcer bien distinctement ces paroles :

 Consacre ta paroisse au Très Saint et Immaculé Cœur de Marie.

Je retombe à genoux, et ma première impression fut un moment de stupéfaction. C’étaient les mêmes paroles, le même son, la même manière de les entendre. Il y a quelques instants, j’essayais de ne pas croire, je voulais au moins douter ; je ne le pouvais plus, j’avais entendu, je ne pouvais me le cacher à moi-même. Un sentiment de tristesse s’empara de moi, les inquiétudes qui venaient de tourmenter mon esprit se présentèrent de nouveau. J’essayai vainement de chasser toutes ces idées, je me disais :

C’est encore une illusion, fruit de l’ébranlement donné à ton cerveau par la première impression que tu as ressentie. Tu n’as pas entendu, tu n’as pas pu entendre.

Et le sens intime me disait :

Tu ne peux douter, tu as entendu deux fois.

Je pris le parti de ne point m’occuper de ce qui venait de m’arriver, de tâcher de l’oublier. Mais ces paroles : Consacre ta paroisse au Très Saint et Immaculé Cœur de Marie, se présentaient sans cesse à mon esprit. Pour me délivrer de l’impression qui me fatiguait, je cède de guerre lasse, et je me dis :

C’est toujours un acte de dévotion à la Sainte Vierge qui peut avoir un bon effet ; essayons.

Mon consentement n’était pas libre, il était exigé par la fatigue de mon esprit. Je rentrai dans mon appartement ; pour me délivrer de cette pensée, je me mis à composer les statuts de notre association. A peine eus-je mis la main à la plume, que le sujet s’éclaircit à mes yeux, et les statuts ne tardèrent pas à être rédigés.

Voilà la vérité, et nous ne l’avons pas dite dans les premières éditions de ce Manuel, nous l’avons même cachée au vénérable directeur de notre conscience, nous en avons fait jusqu’à ce jour un secret même aux amis les plus intimes, nous n’osions pas le dévoiler, et aujourd’hui que la divine miséricorde a signalé si authentiquement son œuvre par l’établissement, la prodigieuse propagation de l’Archiconfrérie et surtout par les fruits admirables qu’elle produit, ma conscience m’oblige à révéler ce fait. Il est glorieux, disait l’archange Raphaël à Tobie,

il est glorieux de révéler les œuvres de Dieuafin que tous reconnaissent qu’à lui seul appartiennent la louange, l’honneur et la gloire.

Ainsi, la sagesse de Dieu a agi en cette circonstance, comme elle agit quand, dans ses grandes œuvres, elle veut employer le concours des causes secondes ; elle choisit ce qu’il y a de plus faible, de plus misérable, afin, dit le saint Apôtre, que personne ne se glorifie, et que tous reconnaissent, par l’insuffisance, l’incapacité de l’instrument mis en action, la puissance infinie, la souveraine sagesse du suprême Ouvrier. Ainsi nous ne sommes point fondateur, mais seulement instrument et serviteur. Plaise à la divine bonté que nous ne soyons pas infidèle !

  Approbation de l’Archevêque


Nos statuts dressés, nous fûmes, le 10 décembre, les soumettre au jugement et à l’approbation de notre Archevêque. Mgr de Quélen les approuva, nous permit de commencer nos prières et exercices dès le lendemain dimanche, 11 décembre. Le 16 du même mois, par son ordonnance, il érigea canoniquement l’Association. Nous ne devons pas cacher ici que c’était avec une grande défiance du succès que nous faisions cette entreprise. Pour expliquer ce sentiment de notre part, nous sommes forcés de tracer le tableau moral de notre paroisse.

 Tableau moral de la Paroisse en 1836


La paroisse de Notre-Dame des Victoires, située au centre de Paris, centre elle-même du commerce et des affaires, entourée de théâtres et de lieux de plaisirs, devenue le point central d’où partaient et où aboutissaient les mouvements politiques qui ont agité Paris pendant tant d’années, la paroisse de Notre-Dame des Victoires avait vu s’éteindre dans son sein presque tout sentiment, presque toute idée religieuse ; son église était déserte, même aux jours des plus grandes solennités ; les sacrements, les pratiques religieuses étaient abandonnés, rien ne semblait mettre un terme à ce déplorable état, qui avait déjà dix années d’existence, quand tout à coup la miséricorde divine éclate, et la grâce du Seigneur vient féconder un désert frappé de la plus affreuse stérilité.

 Première réunion


Le troisième dimanche de l’Avent, 11 décembre 1836, nous annonçâmes au prône de notre grand’messe, que le soir, à sept heures, nous célébrerions un office de dévotion pour implorer de la miséricorde divine, par la protection du Cœur de Marie, la grâce de la conversion des pécheurs. Nous exhortâmes les assistants à y venir. Il y avait si peu de monde présents, que nous n’attendions pas un grand résultat de cette convocation. Nous n’avions pas même la ressource d’espérer que la nouvelle s’en répandrait au dehors ; car dans cette paroisse, où l’on ne parle que d’argent et de plaisirs, jamais on ne s’entretenait dans les familles de ce qui se disait ou se passait à l’église. Nous descendîmes de chaire inquiet et affligé. La divine bonté daigna relever notre courage abattu. Nous fûmes suivis en rentrant dans la sacristie par deux négociants, pères de famille, nos paroissiens, que nous n’avions guère l’habitude de voir à l’église. Tous deux nous proposèrent d’entendre leur confession, tous deux ont persévéré, et sont aujourd’hui des chrétiens édifiants.

Voilà nos premières conquêtes, et c’est par elles que la miséricorde divine préludait aux grâces innombrables et prodigieuses qu’elle nous destinait.

Pendant tout le jour nous flottions entre la crainte, l’inquiétude et quelques lueurs d’espérance ; nous calculions ce que nous pourrions avoir de fidèles à l’office ; nous n’osions pas pousser nos conjectures au-delà des nombres cinquante ou soixante, et voilà qu’à sept heures du soir nous trouvons dans l’église une réunion de quatre à cinq cents personnes. Jamais, excepté aux offices de Noël et de Pâques, nous n’en avions vu autant. Et dans cette assistance, un nombre considérable d’hommes. Qui les avait amenés ? La plupart ne savaient pas de quoi il s’agissait. Peut-être la surprise de voir l’église ouverte contre l’usage à une heure aussi tardive.

Les vêpres de la sainte Vierge furent entendues avec tranquillité, mais avec indifférence. On ne savait pas pourquoi on était là. Elles furent suivies d’une instruction explicative des motifs et du but de la réunion, qui fut écoutée avec attention et recueillement. L’impression qu’elle avait faite se manifesta bientôt ; car cette foule de fidèles qui n’avait point semblé prendre part à l’office des vêpres, chanta avec sentiment et effusion de cœur les prières du salut. Il y eut surtout un redoublement d’ardeur pendant les litanies, au chant de l’invocation Refugium peccatorum, qui fut spontanément chanté trois fois, ainsi qu’au Parce Domine.

A ces cris de repentir et d’amour, notre cœur tressaillit de joie ; nous levâmes nos yeux baignés de larmes vers l’image de Marie, et nous osâmes lui dire :

O ma bonne mère ! vous les entendez ces cris de l’amour et de la confiance ; vous les sauverez ces pauvres pécheurs qui vous appellent leur refuge. O Marie ! adoptez cette pieuse association ; donnez m’en pour signe la conversion de M. Joly ; j’irai demain chez lui en votre nom.

 La conversion de M. Joly


M. Joly était un ancien et le dernier des ministres du roi martyr Louis XVI. Attaché à la secte des prétendus philosophes du dix-huitième siècle, il ne pratiquait depuis sa jeunesse aucune espèce de religion.

Agé de plus de quatre-vingts ans, aveugle et malade depuis plusieurs mois, ses facultés intellectuelles n’avaient subi aucune altération. Jurisconsulte profond, il était encore le conseil d’un grand nombre de familles dont il gouvernait les intérêts. Dix fois son pasteur s’était présenté à sa porte, et dix fois il avait été refusé. Le lundi 12 décembre, il se présente de nouveau, on veut encore l’éconduire, il persiste, il est introduit. Après quelques minutes d’une conversation de pure politesse, M. Joly dit à son pasteur sans aucun préambule :

« M. le curé, voulez-vous être assez bon pour me donner votre bénédiction ? » Il ajouta après l’avoir reçue : « Que votre visite me fait de bien, M. le curé ! Je ne puis vous voir, mais je sens votre présence. Depuis que vous êtes auprès de moi je goûte une paix, un calme, une joie intérieure que je n’ai jamais connus« .

Il ne fut pas difficile de faire entendre la parole du salut à cette âme que la grâce travaillait si visiblement. Aussi le curé ne quitta son malade qu’après avoir commencé à entendre sa confession. Dieu combla cette âme de grâces immenses ; elle en fit un saint usage.

Sa vie fut prolongée jusqu’au 10 avril 1837 ; et tous les jours qui s’écoulèrent, depuis sa conversion, furent consacrés à la foi, à une douce confiance dans la divine miséricorde, au repentir, à l’amour de Dieu et à la soumission à sa divine volonté.

On nous fait trop communément dans le monde, et par un langage impropre, on nous fait honneur des conversions que la miséricorde divine daigne opérer par la grâce attachée à notre saint ministère. On dit souvent : un tel a été converti par tel prêtre, par tel curé. on ne pourra pas, dans cette heureuse circonstance, commettre cette méprise : qu’on en examine bien tous les détails. M. Joly n’avait jamais eu aucun rapport avec son curé, ignorait les démarches antérieures qu’il avait faites pour le voir ; le curé n’avait pas même eu le temps de lui adresser une parole pieuse ; entièrement aveugle, il ne pouvait pas même l’apercevoir, il sentait sa présence, et elle était pour lui un sujet de joie, de paix et de calme intérieurs qu’il reconnaissait n’avoir jamais goûtés.

Rendons gloire à Marie et reconnaissons ici sa douce et si puissante intervention. Celle qu’on n’invoqua jamais en vain a été priée de donner un signe de sa protection ; et Marie qui est toujours propice à la confiance qui l’invoque, Marie, pour qu’il ne soit plus permis de douter de l’adoption qu’elle fait de cette pieuse Association, Marie convertit soudainement le pécheur que la confiance lui a désigné.

 L’association fut fondée dans ce jour et cette première grâce si manifeste devint, pour tous les fidèles qui en furent instruits, l’augure de toutes celles qu’ils devaient attendre de la protection assurée de celle qui peut tout dans le ciel et sur la terre, et dont le pouvoir ne le cède qu’à celui du Tout-Puissant lui-même.(…)

L’ouverture du registre de l’Association eut lieu, comme Mgr l’Archevêque de Paris l’avait ordonné, le 12 janvier.

Dix jours après, deux cent quatorze associés étaient inscrits, presque tous habitant la paroisse. C’était déjà beaucoup plus qu’on n’eût osé espérer en si peu de jours. Bientôt des habitants des autres paroisses de Paris vinrent se réunir à ce petit troupeau. Mais ce à quoi nous ne pouvions penser, c’est l’extension subite et prodigieuse qu’a prise cette œuvre qui ne semblait devoir être que paroissiale et, par conséquent, faible et chétive, à raison du terrain où elle avait pris naissance. C’est ici surtout que la protection, l’action de la divine Marie, sont sensibles et palpables. Ce n’était plus Paris seulement qui présentait des fidèles qui associaient leurs hommages au Très Saint et Immaculé Cœur de Marie pour obtenir, par ses mérites, la conversion des pécheurs ; il y eut bientôt peu de diocèses en France qui ne comptassent parmi leurs fidèles des associés au Saint Cœur de Marie.»

« Si cette oeuvre est une oeuvre humaine, disait Gamaliel aux anciens de Jérusalem, elle tombera ; mais si elle vient de Dieu, elle subsistera ; et vous devez craindre qu’en vous y opposant, vous ne vous opposiez aux desseins de Dieu. » (Act 5, 38,39)