«
L'aventure de Mère Javouhey en Guyane n'est pas sans avoir laissé
de traces dans l'histoire. On sait que le roi Louis-Philippe a
qualifié de "Grand Homme" la Fondatrice de Mana, car elle a libéré
un peuple esclave en l'aimant et en l'aidant à faire valoir sa
terre, en lui révélant aussi Jésus-Christ.
En 1827,
Anne-Marie Javouhey est rentrée depuis trois ans du Sénégal. Elle
a 48 ans, "l'âge où les regards commencent à se tourner vers
l'arrière", écrit son dernier biographe. Forte de l'expérience
acquise sur la terre d'Afrique, elle peut réfléchir en
connaissance de cause à la proposition que lui fait le Comte de
Chabrol, Ministre de la Marine. Il s'agit de prendre en main avec
ses religieuses et des ouvriers agricoles une opération de
développement de la Guyane amorcée en 1823, sur le fleuve de la
Mana. Cette opération comme tant d'autres auparavant s'est soldée
par un échec !
Pour
tenter une nouvelle expérience, Mère Javouhey est pressentie. Mais
pour distinguer dans cette affaire quelle est la Volonté de Dieu,
elle prie et consulte. Après mûre réflexion, elle se sent poussée
de l'avant puisqu'il y va de l'avenir d'un peuple encore esclave.
La Guyane
sera pour elle comme l'étape de la "terre promise" ou la marche
d'un peuple vers la liberté. Bien des écrivains ont relaté la
fondation de Mana. Il importe cependant de souligner qu'en 1828, à
son arrivée, Mère Javouhey trouve sur les lieux quelques bicoques
et deux hectares de plantations. Quinze ans plus tard, à son
départ de Guyane, la localité de Mana comptait 800 habitants,
alignait ses maisons de bois au bord du fleuve, tandis que
rizières, champs de manioc, de canne à sucre et bananeraies se
succédaient sur une dizaine de kilomètres.
Bien que
ces résultats soient appréciables, ils ne constituent pas
l'essentiel de l'action de Mère Javouhey. Sa sollicitude s'est
portée sur 500 noirs esclaves qui lui ont été confiés pour les
préparer à la liberté. L'affranchissement de 185 d'entre eux, le
21 mai 1838, reste un évènement historique.
La Guyane
a été pour notre Fondatrice le cadre d'une rédemption qui lui a
coûté bien des souffrances : l'animosité des colons, les
oppositions de quelques membres du clergé à la vue courte, la
pesanteur du climat et de l'hostilité de la forêt équatoriale.
Elle a
connu aussi les progrès de ses "chers enfants noirs" devenus
libres pour une vie plus humaine et chrétienne.
Chaque
année, Mana célèbre solennellement sa "Chère Mère", le 15 juillet,
jour de sa fête. Depuis 1979, un nouveau maillon s'est ajouté à la
chaîne des peuples de couleur qu'Anne-Marie avait entrevus, à
Besançon, avec leurs outils de travail. Des réfugiés Hmongs, venus
du Laos, se sont établis sur la commune de Mana au Centre Javouhey.
Nouveaux agriculteurs de la Guyane, ils font prospérer des
hectares et des hectares de terre déforestés, sur ce même plateau
de l'Acarouany où Mère Javouhey avait établi son exploitation
agricole.
Comment la
communauté des soeurs qui vivent avec les Hmongs ne s'en
réjouirait-elle pas ? Notre Fondatrice conduit toujours le destin
de Mana. »
«... A
Notre-Dame des Victoires , on a voulu se souvenir des visites de
Mère Javouhey, puisque l'une des faces du nouvel autel représente
la fondatrice et son oeuvre missionnaire. »
Pour en savoir plus
sur sa relation avec Notre-Dame des Victoires, lire notre page
consacrée à la bienheureuse Anne-Marie Javouhey.