Offerte par la 16ème Division Irlandaise en mémoire des morts de cette division durant l’année 1916, elle arrive dans la paroisse le soir du 25 mars 1917, jour de l’Annonciation qui tombe cette année un dimanche. Le même jour, la ville de Noeux- les-Mines est bombardée… Voici ce qu’écrit Georges Dehaine, historien local, dans son livre Noeux-les-Mines, mon grand village en Gohelle :
« Le 25 mars 1917, Noeux est bombardée dès 8h30 du matin par des obus autrichiens de 240 mm et explosion retardée. Ce dimanche là, vers 10h, un cortège funèbre se dirige vers l’église. En raison du danger, M. l’abbé Roussel, curé, juge prudent de gagner au plus vite le cimetière.
La décision s’avère prudente car à l’heure où la foule aurait dû prendre place dans la nef, un projectile pénètre dans l’édifice, heureusement vide de fidèles. L’explosion de l’engin ruine tout ce qui s’y trouve. Le Maître-Autel est en miettes, ses débris et ceux du catafalque dressé pour l’office mortuaire, forment un amas, sous lequel on retrouvera le tabernacle intact et fermé, contenant le ciboire et son pavillon, le vase sacré ayant gardé son précieux contenu : les hosties consacrées.
Les candélabres sont broyés, les chandeliers et le crucifix pliés et tordus. Dans le transept et la nef, dévastation complète : statues brisées, calvaire de Mission mutilé ; la traverse de la croix est tombée ; Saint Jean est très éprouvé, Sainte Marie-Madeleine étant la moins touchée. Les prie-Dieu en partie brisés et enchevêtrés, le plâtre de la voute écroulée encombrent le pavage. Si le buffet d’orgue a peu souffert, les tuyaux sont aplatis et le mécanisme détraqué ; les fenêtres sont béantes, les vitraux étant pulvérisés. La petite statue en bois, dans sa niche côté Evangile dans le choeur, a été épargnée : c’est la seconde fois qu’elle échappe à la destruction de manière miraculeuse. »
La petite statue de bois dont parle l’historien est justement, comme Notre-Dame-des-Victoires, une statue de la Vierge à L’Enfant. Elle est ancienne et elle a déjà auparavant échappée à la destruction et à un incendie. Elle est appelée par les Noeuxois, Notre-Dame-de-Noeux.
La paroisse a vu dans la préservation de la statue de Notre-Dame-de-Noeux et dans l’arrivée de Notre-Dame-des-Victoires, un signe évident de la protection de la Sainte Vierge Marie envers la paroisse et un signe de renaissance. Ce jour-là, certes l’église a été endommagée mais les chrétiens de la paroisse, membres de l’Eglise-Corps du Christ dont le bâtiment est l’image, ont été épargnés.
Après le bombardement de l’église, la statue de Notre-Dame-des-Victoires est déposée provisoirement dans l’église Saint-Martin de Bruay-en-Artois. Elle est finalement installée dans l’église Saint-Martin de Noeux-les-Mines en 1921 et bénie solennellement le 2 octobre 1921, jour de la dédicace de l’église restaurée.
La statue garnit un autel de marbre blanc (malheureusement disparu après la réforme liturgique). Ce jour-là, il manque néanmoins un invité : le Major Général Sir Hickie, ex-commandant de la 16ème Division Irlandaise. Il a décliné son invitation en raison de son état de santé.
Après cette renaissance, l’église Saint-Martin a connu un nouvel âge d’or et est devenue une des paroisses les plus dynamiques du diocèse. Le 8 décembre 1940, elle est consacrée à la Vierge-Marie par Edouard Caulier, nouveau curé de St-Martin.
L’église possède d’autres objets remarquables notamment une statue de St Joseph influencée par l’orientalisme et réalisée par le sculpteur Charles Desvergnes, un très grand tableau représentant la Résurrection du Christ de la seconde moitié du XIXème siècle, des boiseries néogothiques des ateliers Lefebvre-Lenclos, des beaux vitraux des années 20...