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LAISSONS-NOUS
EMERVEILLER...
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Présence du passé
Extraits du livre du Père Breffy
Curé de Notre-Dame des Victoires :
"Les Grands Pèlerinages"
édité par Letouzey et Ané en 1925.
Certains récits, concernant les ex-voto, sont très
émouvants
et confirment la vocation de la Basilique :
Un refuge pour les pécheurs.
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La chapelle la plus voisine de celle de l’Archiconfrérie,
est dédiée à Sainte Anne. Pieuse et touchante pensée qui a voulu relier
ainsi le culte de la Mère à celui de la Fille, mais pensée toute moderne,
hâtons-nous de le dire. Il ne semble pas qu’Anne d’Autriche, si fidèle à
visiter son sanctuaire de prédilection, ait jamais songé à y établir le
culte de sa sainte patronne. C’est le conseil de l’Archiconfrérie qui, en
l865, fit restaurer et consacrer à Sainte Anne cette chapelle autrefois
dédiée à Saint Nicolas de Tolentino.
Pourquoi Saint Nicolas de Tolentino, à Notre-Dame des
Victoires ? Tout simplement parce que la dévotion à ce saint, ermite de
Saint Augustin, était chère aux Petits-Pères. Chaque année, le 10 septembre,
la fête de Saint Nicolas était célébrée en grande solennité. Même, une
cérémonie curieuse rappelait un prodige raconté dans la vie du Saint. Malade
d’une fièvre violente et en danger de mourir, Saint Nicolas « aimant mieux
s’adresser à la Sainte Vierge qu’aux médecins, fut guéri par un petit
morceau de pain trempé dans l’eau que lui présenta la Vierge. »
En souvenir de ce prodige, des petits pains étaient bénis
tous les ans le 10 septembre et distribués aux fidèles qui s’en servaient
contre la fièvre et beaucoup d’autres maux.
De l’ancienne chapelle Saint-Nicolas, bâtie par le
Président de Metz, en 1702, pour la sépulture de sa famille, il ne reste que
les deux colonnes ou piliers carrés, à chapiteaux d’ordre ionique, qui
soutiennent la menuiserie de chaque côté de l’autel.
De la restauration effectuée en 1865, il ne reste rien.
Trouvant l’autel indigne de Saint Anne, M. Chevojon décida le reconstruire,
en 1879. Les artistes s’inspirèrent du style Louis XIV, sans viser à
l’originalité. Le bas-relief qui domine l’autel représente Sainte Anne
assise, faisant lire la Vierge debout auprès d’elle : un beau sujet, mais
dont les personnages, disproportionnés et sans grâce, pèsent lourdement sur
l’autel.
(Plan)

Dans le sanctuaire du Cœur Immaculé, il est de
convenance, très douce et très haute à la fois, que le Sacré-Cœur de Jésus,
Fils de Dieu et Fils de Marie, ait son autel spécial.
Aussi bien « Dieu a uni si étroitement ces deux cœurs,
qu’on peut dire, en vérité, qu’ils ne sont qu’un cœur… Les cœurs de Jésus et
de Marie étaient comme deux harpes mystiques. Telle était, en effet, leur
ressemblance, telle était l’intimité de leur union qu’ils ne faisaient
entendre qu’un même chant de douleur ou qu’un même cantique d’amour ou de
louanges. Il y avait entre ces deux cœurs une harmonie, une correspondance
parfaites : les pensées, les volontés, les goûts et les répulsions étaient
les mêmes. » (P. Le Doré, Les Sacrés-Cœurs)
Et voilà comment, en sortant de la chapelle de
Sainte-Anne, le pèlerin, entrant tout droit dans la chapelle du Sacré-Cœur,
ne quitte point la Sainte Famille.
La chapelle du Sacré-Cœur, dédiée, avant 1793, à Saint
Eusèbe, devait son vocable et sa décoration aux soins de Eusèbe Chaspoux de
Verneuil, introducteur des ambassadeurs, qui y fut inhumé en 1745.
En 1844, M. Desgenettes attribua cette chapelle au culte
de Notre-Dame des Sept-Douleurs. Mais, en 1874, M. Chevojon, plaçant
Notre-Dame des Sept Douleurs dans l’ancienne chapelle de Saint-Jean-Baptiste,
alors sans destination déterminée, voua au Sacré-Cœur de Jésus, la chapelle
rendue disponible.
Les boiseries datant des Augustins ont été conservées.
L’ordonnancement général de la chapelle est de style Louis XIV,
s’harmonisant ainsi avec les chapelles de Sainte Anne et de Notre-Dame des
Sept Douleurs ; l’exécution des travaux avait été d’ailleurs, comme pour les
susdites chapelles, confiée à MM. Francis et Aimé Jacquier, de Caen. Le
bas-relief du retable en pierre de Caen, disposé en hauteur, a plus
d’élégance que le retable de Sainte Anne. Mais il est regrettable que
l’apparition de Notre-Seigneur à la bienheureuse Marguerite-Marie ne soit
pas plus nettement caractérisée. On la pourrait aussi bien nommer :
« Manifestation de Jésus à Marie-Madeleine, au matin de la Résurrection. »
La statue du Sacré-Cœur est moderne et quelconque. A
gauche, un reliquaire garde nombre de croix d’honneur et des médailles
miraculeuses. A droite, un expressif Ecce Homo dans un cadre de bois
sculpté. De chaque côté, des cœurs d’or montent sur les vieilles boiseries.
Parmi les ex-voto qui, du haut en bas, tapissent les piliers, nous en
relevons un dont l’accent pénétrant raconte une touchante histoire d’âme :
Qu’on est humble dans ses douleurs !
Le cœur brisé, j’étais en pleurs.
Je vous implorai, Sainte Vierge,
Agenouillé, j’offris un cierge
A votre autel et j’espérai.
Je fus exaucé ; je croirai.
(Plan)

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La Chapelle suivante est dédiée à Saint Joseph. C’est la
plus spacieuse et la plus riche de toutes celle des bas-côtés. Elle est de
style ionique, avec deux lourdes colonnes en angle et une profusion de
bronzes dorés. Retable, médaillons, statuettes, tout est doré dans cette
chapelle, jusqu’à Saint Joseph, lui-même, que tout ce luxe gêne visiblement.
L’autel, construit en 1883 par les soins de M. Chevojon, est de marbre avec
montants et motifs de bronze.
Très probablement, au temps des Petits Pères, cette
chapelle était consacrée à Notre-Dame des Sept-Douleurs. En 1822, nous la
voyons, d’après un rapport daté de cette année, placée sous le patronage de
Sainte Hélène.
C’est M. Desgenettes qui l’offrit à Saint Joseph et avec
juste raison. Il convenait souverainement de faire fleurir la dévotion à
Saint Joseph dans un sanctuaire désormais consacré au Cœur Immaculé de
Marie. « Il ne faut pas, » dit l’Ecriture, « séparer ce que Dieu a uni. »
Or, entre Joseph et Marie, l’intimité fut ineffable. Ils n’eurent, ils n’ont
toujours qu’un cœur et qu’une âme. Et ce cœur et cette âme, nous devons les
retrouver au sein d’une Archiconfrérie pour la conversion des pécheurs. Un
pécheur converti, n’est-ce pas Jésus retrouvé, Jésus ressuscité !
La dévotion populaire ne s’y est pas trompée. Bien peu de
pèlerins quittent notre sanctuaire sans avoir fait une prière à Saint Joseph
et, tous les ans, la fête du Saint Epoux de la Vierge est le grand événement
du mois de mars. Il y a, ce jour-là, comme un déplacement de la dévotion
dans notre sanctuaire : « Allez à Joseph », semble dire la Vierge à ses
fidèles, et les fidèles désertant pour un jour la chapelle de Notre-Dame des
Victoires, s’en vont porter à l’autel de Saint-Joseph leurs cierges avec
leurs prières. Pour un étranger, le coup d’œil est magnifique et presque
inquiétant de toute cette foule agenouillée dans le buisson ardent des
cierges.
Deux souvenirs historiques se rattachent, non pas à la
dévotion, mais à la chapelle de Saint Joseph. Un mausolée d’une belle
composition se détache au-dessus de la petite voûte qui donne accès dans la
chapelle. C’est celui de Jean Vassal, secrétaire du roi Louis XIV. Deux
anges pleureurs, dans une pose et avec une expression infiniment touchantes,
se penchent sur une pyramide en marbre noir. Au-dessous, sur le cénotaphe,
un médaillon du défunt avec l’inscription : D. D. Joanni Vassal, regiis a
secretis, parenti dilectissimo, viro pietate in Deum, obsequio in regem,
meritis in patriam Commendatissimo, filii maerentes posuere.
Sur la paroi opposée, une pleureuse est assise sur une
dalle de marbre blanc. C’est tout ce qui reste d’une autre mausolée, celui
du marquis de l’Hôpital placé, avant la Révolution, dans la chapelle qui
sert aujourd’hui de confessional.
(Plan)

Avant la Révolution, la chapelle de Saint-Joseph n’était
pas la dernière. Il y en avait une autre dédiée nous ne savons plus à quel
saint. Sans destination spéciale, depuis la réouverture de l’église, cette
chapelle toute délabrée servait de décharge quand, en novembre 1861,
l’idée vint de la supprimer et de mettre à la place de l’autel une statue
de Saint Pierre. Offrir à la vénération des fidèles l’image du prince des
apôtres et du premier des papes, n’était-ce pas la meilleure manière de
remercier la papauté si généreuse d’indulgences en faveur de
l’Archiconfrérie ?
Le 22 février, sa
statue était solennellement inaugurée. C’est la reproduction exacte de la
statue vénérée dans la basilique de Saint-Pierre à Rome. Le prince des
apôtres est assis dans un fauteuil de marbre. De la main gauche, il tient
les clés, symbole de son pouvoir spirituel, et de l’autre il bénit. Un
baldaquin de velours rouge, renouvelé il y a quelques années, domine la
statue avec ces mots brodés en lettres d’or : « Tu es Christus. Tu es
Petrus ».
Cette statue de Saint Pierre est l’objet, depuis son
érection , d’une dévotion incroyable. La plupart des pèlerins de
Notre-Dame des Victoires ne manquent pas en sortant, de s’arrêter là faire
une prière et un geste d’obédience au chef de l’Eglise catholique. Ils
touchent de leur front et de leurs lèvres le pied de bronze qui est devenu
tout brillant sous les baisers des fidèles.
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Assurément, la Vierge assiste à tous les baptêmes. C’est
son privilège d’Immaculée de présider au sacrement qui purifie. C’est sa
revanche de nouvelle Eve de voir Satan confondu, d’entendre les exorcismes
de l’Eglise. « Va, Satan maudit, courbe-toi sous la sentence divine… »
Mais nulle part, dans aucune église du monde, Marie n’est
présente, triomphante, miséricordieuse comme à Notre-Dame des Victoires.
C’est le sanctuaire de sa puissance et de son cœur. Le baptisé y est deux
fois son enfant. Elle est sa marraine et sa mère. Et quels gages de
protection maternelle, suppliante et victorieuse, il doit emporter de nos
fonts baptismaux !
De l’autre côté de la nef, au point exactement
symétrique, se trouve la statue de Saint Antoine de Padoue, et tout près on
remarque un bénitier, que surmonte une inscription en langue grecque,
inspirée, par une ingénieuse et subtile fantaisie. Elle a été rapportée de
Constantinople, où, gravée sur une colonne de l’église Sainte Sophie, elle
proposait aux Grecs une espèce d’énigme, un de ces jeux d’esprit tant goûtés
de l’école alexandrine. C’est un vers rétrograde, c’est-à-dire qui se
lit indifféremment de droite à gauche et de gauche à droite. Le centre de la
phrase est marqué par un T, auquel aboutissent les deux files de caractères
ordonnées d’une façon identique de chaque côté du T.

Soit, direz-vous, le dessin est curieux, mais ne peut
réjouir que des yeux lisant le grec. Cependant, à tout pèlerin qui n’a pas,
et pour cause, l’amour du grec, il est loisible d’entendre, grâce à la
traduction latine, le précepte enfermé dans les caractères damasiens : Ablue peccata non solam faciem.
Mais à ceux que le latin aussi laisse indifférents, on ne
saurait conseiller d’adopter la traduction française qui suit et qui trahit
jusqu’au contresens l’inscription grecque aussi bien que son équivalence
latine : C’est l’âme et non le corps qu’il faut purifier. Ce « non le
corps » laisse rêveur et pourrait scandaliser quelque pharisien, ami des
ablutions. Mieux vaut sacrifier ce mauvais alexandrin et dire tout
simplement en prose : « Lave tes péchés et pas seulement ton visage. »
Au-dessus de cette inscription, signalons-en une autre,
une de celles qui célèbrent le couronnement de Notre-Dame des Victoires.
Elle en marque la date, bien chère à tout cœur catholique et français :
« Pie IX pape ordonna que la cérémonie du couronnement de
l’image de Notre-Dame des Victoires fût faite le jour de la Visitation de la
Sainte Vierge. Ce même jour, en 1849, l’armée française, aidée de la
protection de la très douce Mère, avait délivré la ville de Rome, et préparé
la rentrée prochaine du souverain pontife. »

Cette chapelle est dédiée à Saint Jean l’Evangéliste.
Assurément, le fils adoptif de la Vierge Marie, l’enfant
de sa douleur, avait sa place toute marquée dans le sanctuaire du Cœur
Immaculé. Au disciple qui, après le Calvaire, l’avait recueillie dans sa
maison, Marie devait bien à son tour l’hospitalité. Il faut convenir qu’il
l’a attendue longtemps.
La chapelle de Saint Jean, primitivement dédiée à Sainte
Geneviève, garda son vocable après la Révolution. Les archives de Notre-Dame
des Victoires font mention, en 1822, de trois tableaux de différentes
grandeurs représentant la patronne de Paris.
Quand, en 1844, M. Desgenettes, après avoir rendu au
sanctuaire son âme et son culte, entreprit de restaurer l’édifice, les
tableaux avaient disparu et la chapelle était dans un état lamentable. Il
fallut renouveler toutes les boiseries et construire un autre autel. Alors
le pieux curé, dans son zèle, donna trois patrons à la chapelle au lieu
d’un, et, dans le retable, fit placer trois statues : au milieu, le pape
Saint Pie V, à gauche Saint Charles, à droite Sainte Geneviève.
Mais Saint Charles était le patron de M. Desgenettes ; en
outre, les prêtres de Notre-Dame des Victoires avaient grande dévotion au
saint évêque de Milan, le zélé réformateur du clergé. Aussi, peu à peu,
cette chapelle, vaguement encore appelée chapelle de Sainte Geneviève ou de
Saint Pie V, garda le vocable de Saint Charles. C’est à M. l’abbé Chevojon,
que revient l’honneur d’avoir enfin compris les intentions de la Sainte
Vierge et fait, par un juste retour, du disciple que Jésus aimait, de
l’apôtre qui aima la Vierge, l’hôte de son sanctuaire.
Tout d’abord, Saint Jean ne fut pas le seul titulaire de
sa chapelle. Préoccupé de faire, dans son église, une place aux patrons que
le pape avait donnés à l’Archiconfrérie, et aussi, sans doute, de la
disposition du retable, M. Chevojon partagea les honneurs entre Saint Jean
l’Evangéliste, Saint Jean-Baptiste et Sainte Marie-Madeleine, dont les
statues remplacèrent celles de Saint Pie V, de Saint Charles et de Sainte
Geneviève. Mais en 1878, un nouvel autel ayant été substitué à l’ancien, les
statues de Saint Jean-Baptiste et de Sainte Marie-Madeleine disparurent à
leur tour, et Saint Jean resta seul titulaire de la chapelle. Il n’y avait
plus qu’à la rendre digne de son patron, c’est ce que fit à grands frais M.
l’abbé Chevojon en l’année 1885, et il faut lui rendre cette justice qu’il a
pleinement réussi.
La chapelle de Saint Jean, telle que nous la voyons
aujourd’hui, est tout simplement une petite merveille, un bijou
d’architecture et d’art, de l’art le plus riche, sinon le plus pur.
Rien aux murs que nos ex-voto, toujours si
impressionnants. Aux angles, deux larges colonnes de l’ordre corinthien
semblent supporter la gracieuse coupole cerclée de bronze doré. Mais, tout
de suite, le regard est arrêté, retenu par le retable monumental qui
surmonte l’autel.
Dans un cadre renaissance, de la plus jolie composition,
il y a là une profusion de marbre et de bronze sur fond de mosaïque aux tons
chauds, aux gracieux dessins.
L’autel est tout de marbre avec devant de mosaïque coupé
de pilastres en carrare à chapiteaux ioniques. Quatre petits panneaux de
mosaïque, deux de chaque côté du tabernacle, forment la partie inférieure du
retable. La partie supérieure comprend à droite et à gauche deux autres
panneaux coupés, au milieu, de deux motifs en bronze doré représentant une
légende et un miracle de la vie de Saint Jean. A droite, le serpent qui
s’élance de la coupe empoisonnée ; à gauche, l’apôtre dans la chaudière
d’huile bouillante où Domitien l’a condamné à être plongé, sans dommage, du
reste, selon la parole du Maître à Saint Pierre qui l’interrogeait sur Saint
Jean : « Lui, je veux qu’il demeure ; toi, suis-moi. »
Ces panneaux sont fermés de chaque côté par de petits
pilastres doriques du plus beau carrare, aux reflets de nacre, noués de
jolis pendentifs en bronze doré. Au-dessus et de chaque côté, deux anges
assis en console présentent les médaillons de M. Desgenettes et de Mgr de
Quélen.
Au centre du retable, deux colonnes corinthiennes
soutiennent un entablement surmonté d’un fronton triangulaire au-dessous
duquel on lit : Sancte Joannes. Et, sous un arc intérieur, sur fond
de mosaïque semé d’étoiles, se détache la statue en bronze de Saint Jean.
Le saint est debout, le regard au ciel, perdu sans doute
au sein du mystère de l’Adorable Trinité. De la main gauche, il tient un
rouleau sur lequel il va écrire tout à l’heure les premiers mots de son
sublime Evangile : In principio erat verbum. A ses pieds, l’aigle
symbolique de ses visions grandioses.
L’ensemble est d’un goût très sûr, d’une harmonie
parfaite : on ne manquera pas de l’admirer.
(Plan)

En quittant la chapelle Saint-Jean, pour entrer dans la
chapelle de l’Enfant Jésus, on découvre, non sans étonnement, au-dessus du
cintre de la travée, dans l’entablement, le tombeau de Lully.
C’est un sarcophage de marbre noir, surmonté du buste en
bronze du grand musicien, modelé par Coysevox et accosté de deux pleureurs,
sculptés par Cotton, un des meilleurs élèves de Michel Anguier, l’auteur des
bas-reliefs de la Porte Saint-Denis. Au-dessous du buste, deux génies : la
Musique profane et la Musique sacrée.
De l’autre côté de la travée, sur la paroi opposée, dans
la chapelle voisine, un autre buste en marbre blanc complète le mausolée.
C’est, dit-on, le portrait authentique de Lully, dû au ciseau de Coysevox
et, dit l’inventaire de 1822, « d’un prix inestimable ».
Pourquoi le grand musicien de Louis XIV
fut-il enterré à
Notre-Dame des Victoires ?
Son talent et même sa mort chrétienne ne
suffiraient pas à justifier ce choix.
L’explication est toute simple : c’était l’église la plus
proche : Lully habitait rue Neuve-des-Petits-Champs, au coin de la rue
Sainte-Anne, dans la maison qui porte actuellement le n° 45, maison
construite dans le style de la place des Victoires et décorée des attributs
de la Musique. Or nous lisons sur le mausolée : Madeleine Lambert (dame
Lully), ayant acquis des RR. PP. religieux de cette maison, le 5 mai 1688,
cette chapelle et la cave au-dessous, pour sa sépulture et celle de ses
descendants, elle a fait dresser ce monument à la mémoire de son époux,
comme une marque de son affection et de sa douleur.
« Priez Dieu pour le repos de son âme. »
Citons enfin l’épitaphe imposante, mais religieuse, que
la pieuse épouse fit graver sur le tombeau :
« Ici repose Jean-Baptiste de Lully, écuyer, conseiller,
secrétaire du roi, maison et couronne de France et de ses finances,
surintendant de la musique de la Chambre de Sa Majesté, célèbre par le haut
degré de perfection où il a porté les beaux chants et la symphonie, qui lui
ont fait mériter la bienveillance de Louis le Grand et les applaudissements
de toute l’Europe. Dieu, qui l’avait doué de ces talents par-dessus tous les
hommes de son siècle, lui donna pour récompense de ces cantiques inimitables
qu’il a composés à sa louange, une patience vraiment chrétienne dans les
douleurs aiguës de la maladie, dont il est mort le XXII mars MDCLXXXVII
(1687) dans la LIVe année de son âge, après avoir reçu tous les sacrements
avec une résignation et une piété édifiantes. »

LULLY ou LULLI
(Jean-Baptiste)
Violoniste et compositeur français, né
à Florence (1632-1687).
Il passa la plus grande partie de sa vie en France,
obtint une sorte de monopole de la production musicale. Son œuvre est
surtout dramatique. Oubliant son origine italienne, il se fit le
défenseur du style français. Il fut le créateur de l’opéra français et
composa une douzaine de tragédies lyriques (Alceste, Armide), des
ballets, des divertissements pour les comédies de Molière (Le
Bourgeois gentilhomme), enfin de la musique religieuse, plus proche de
l’art italien (Miserere).
(Dictionnaire Larousse)
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La Chapelle de l’Enfant Jésus n’est pas aussi riche que
cette de Saint Jean. Mais elle est plus légère, dégagée des pilastres
d’angle qui soutiennent les autres chapelles, et plus gracieuse d’aspect
avec ses lambris de chêne où courent des moulures Renaissance.
L’autel, en tombeau, est un peu massif, surmonté d’une
statue de l’Enfant Jésus. Mais le retable, avec ses colonnettes blanches
cerclées de bronze doré, se détachant sur le marbre rouge, présente un
ensemble assez harmonieux. Il est terminé par des modillons d’ordre ionique
sur lesquels des anges dorés sont gracieusement assis.
En somme, il est permis de regretter l’ancienne
ornementation de cette chapelle : deux palmiers gigantesques en bronze doré
encadraient un curieux tableau de la Nativité formant retable : dans la
grotte de Bethléem, sur la paille, l’Enfant Jésus adoré par les anges.
Le souci exagéré d’une symétrie coûteuse a fait
disparaître ce décor peu banal.
C’est Mgr de Forbin-Janson, fondateur de l’œuvre de la
Sainte-Enfance, qui suggéra à M. Desgenettes l’heureuse idée de dédier à
l’Enfant Jésus cette chapelle placée, avant la Révolution, sous le vocable
de Saint-Martin et, depuis, sous celui de Saint-Charles Borromée.
(Plan)

Notre-Dame des Sept-Douleurs a toujours eu à Notre-Dame
des Victoires sa chapelle et son culte.
Le culte, lui, est venu des Petits Pères, fondateurs de
l’église et surtout de la reine Anne d’Autriche, qui avait grande dévotion
aux douleurs de la Vierge.
« Déchargée des soins de la régence, cette pieuse reine
voulut employer le reste de sa vie à honorer le deuil de la Sainte Vierge.
Elle résolut donc d’établir une société occupée non seulement à honorer les
douleurs de cette divine Mère, mais encore à consoler les affligés, et elle
choisit l’église Notre-Dame des Victoires pour en faire le siège de la
confrérie. »
Par lettres patentes en date du 20 décembre 1656, Anne
d’Autriche fonda cette confrérie qui, le 24 mars de l’année suivante, en la
fête de Notre-Dame des Sept Douleurs, fut érigée solennellement. « L’église
fut parée magnifiquement. La reine se rendit ce jour-là à l’église de
Notre-Dame des Victoires, accompagnée d’un grand nombre de princesses,
duchesses et autres dames de la cour. Après le discours de Pierre Berthier,
évêque de Montauban, sur les douleurs de la Vierge et l’établissement de la
confrérie, Anne d’Autriche voulut être reçue avec les formalités ordinaires
et elle fut admise par le R.P. Victor-de-la-Vierge-Marie en qualité de
protectrice et de souveraine régente de la confrérie. Plusieurs dames de sa
suite et un grand nombre de personnes de conditions différentes suivirent
son exemple. »
La tradition rapporte que la confrérie, - comme
aujourd’hui l’Union de perpétuelle reconnaissance, - avait son insigne : un
cordon de couleur sombre.
Mais la volonté d’une reine et l’éclat d’une fête ne
suffisaient point à fonder une confrérie. Les lettres patentes d’Anne
d’Autriche ne remplaçaient pas l’érection canonique et la confrérie de
Notre-Dame des Sept-Douleurs ne survécut pas à sa royale fondatrice.
C’était une autre confrérie que la Vierge voulait à
Notre-Dame des Victoires, une confrérie de son Cœur Immaculé ouvert, non pas
aux consolateurs, mais aux pécheurs, comme un refuge.
La chapelle de Notre-Dame des Sept-Douleurs a été maintes
fois déplacée au cours des siècles. La première, bâtie en exécution d’un
décret du chapitre général des Augustins en 1642, se trouvait dans un des
cintres du premier cloître de l’ancienne église. C’est dans cette chapelle
qu’Anne d’Autriche assistait aux solennités de Notre-Dame des Sept-Douleurs.
Dans la nouvelle église, une autre chapelle fut érigée là
où se trouve aujourd’hui la chapelle des Catéchismes.
Après la Révolution, cette chapelle devint celle de
Saint-Augustin. En 1844, M. Desgenettes, qui avait pris Notre-Dame des
Sept-Douleurs pour la patronne de son Archiconfrérie, voulut lui consacrer
une des chapelles de son église ; il choisit la troisième, du bas côté
droit, il y fit placer une Mater addolorata devant laquelle, pendant
trente-deux ans, les fidèles vinrent prier avec grande dévotion.
Enfin, M. Chevojon, ayant cru devoir réserver au
Sacré-Cœur la chapelle de Notre-Dame des Sept-Douleurs, la transporta où
elle se trouve maintenant dans l’ancienne chapelle de Saint-Jean-Baptiste,
restée sans autel et sans vocable depuis la Révolution. Souvenir émouvant :
c’est dans cette chapelle que M. Desgenettes avait placé son confessionnal,
vrai refuge des éheurs auxquels la Vierge avait dit, comme Jésus au lpreux,
après l’avoir touché : « Va, montre-toi au prêtre ! »
Cette chapelle devait être très belle. Les pilastres de
marbre rouge à rayures blanches qui encadrent encore l’autel, laissent
deviner une ornementation splendide. L’autel actuel a été placé en 1876 par
les soins de M. Chevojon, il est en marbre blanc avec incrustations en
couleurs et enrichi d’ornements en bronze doré. Le retable est en pierre de
Caen décorée de laves émaillées. Au-dessus de la corniche, deux anges
tiennent les instruments de la Passion. Le bas-relief qui occupe le milieu
du retable est du statuaire Charles Gautier ; il représente comme l’ancien
tableau de la Mater addolorata, le corps de Jésus descendu la croix
et reçu par sa Mère.
(Plan)

La Chapelle de Saint-Augustin, qui fait face à celle de
la Vierge, occupe tout le transept de gauche. On y accède par une petite
voûte, obscure naturellement, et c’est grand dommage, car les ex-voto les
plus touchants de notre sanctuaire semblent s’être donné rendez-vous là,
comme une escorte d’honneur au grand saint qui fut converti par sa mère.
Les Annales de Notre-Dame des Victoires ont
pieusement conservé l’histoire, toujours émouvante, de quelques-uns de ces
marbres.
A Marie
Un jeune prêtre reconnaissant
26 mai 1866
Ce prêtre était un converti de Notre-Dame des Victoires.
Depuis des mois, il résistait à sa vocation, demandant au plaisir ses
diversions coupables, s’efforçant, au bruit des fêtes, de ne plus entendre
l’appel de Dieu. Mais il n’éprouvait qu’ennui et dégoût.
Un jour, passant sur la place des Petits-Pères, un
mouvement irrésistible le pousse vers notre sanctuaire, il entre… « A la vue
de cette foule recueillie et agenouillée, en présence de ces hommes, de ces
femmes, de ces enfants priant avec tous les sentiments de l’amour et de la
confiance, je sentis des larmes mouiller mes yeux et je tombai à genoux.
Alors, tout mon coupable passé se dressa devant moi, avec ses doutes, ses
fautes, ses désordres. J’en eus frayeur et je pleurai. Avant de sortir de la
chapelle, je fis à Marie la promesse de changer de conduite et de lui
consacrer un ex-voto si jamais Dieu me faisait la grâce de monter au Saint
Autel. Comment cela se fit-il ? Je n’en sais rien. Je ne voulais pas être
prêtre et voici que je venais de demander cette grâce dont j’étais
indigne ! »
Le 26 mai 1866, ce prêtre disait sa première messe.
Un peu plus loin, toujours à droite, un autre marbre porte l’inscription
suivante :
Converti par l’intercession de la
Très Sainte Vierge,
Le 25 janvier 1863,
Jour de la conversion de Saint Paul
Et de la Fête de l’Archiconfrérie,
Dont les membres ont beaucoup prié pour moi
Je rends grâce à Dieu
Et Lui demande repentir et miséricorde
A.S.
Sous ce titre : Histoire d’un Trappiste, les Annales de juin 1863 racontent longuement l’histoire de cette
conversion :
Pendant plus de vingt ans, M. X… avait abandonné toute pratique
religieuse et cédé à tous les entraînements des passions. Mais il avait
conservé une médaille miraculeuse, don de sa mère et souvenir du passé. De
plus, sa sœur, carmélite, ne cessait de prier pour cette âme si chère, et la
recommandait souvent aux prières de l’Archiconfrérie.
Le 25 janvier 1863, vers 9 h 30 du soir, au moment précis
où se terminait l’exercice de l’Archiconfrérie, pendant lequel on avait
encore prié pour lui, M. X sortait de chez un ami quand, au seuil même de la
maison, une voix, l’appelant deux fois par son nom, lui criait : « La
miséricorde de Dieu est sur toi. » - « C’était la voix de ma sœur »,
écrivait plus tard le converti. Pendant huit jours, M. X. lutte encore
contre cette miséricorde. Vaincu enfin, le dimanche suivant, il entra dans
une église. Or, cette église était affiliée à l’Archiconfrérie. A ce moment
même, les associés récitaient une dizaine de chapelet pour la conversion des
pécheurs, et le directeur de la confrérie, s’arrêtant un instant selon la
coutume, prononça à haute voix ces paroles : « Nous allons dire cet Ave
Maria pour le pécheur le plus près de sa conversion, et que la grâce de
Dieu aurait conduit dans cette église. »
« Ce pécheur, c’est moi », se dit aussitôt M. X. Et,
tombant à genoux, il promettait à Dieu de se convertir sincèrement. Une
retraite de huit jours acheva l’œuvre de cette conversion et, le 27 mars,
après avoir communié à l’autel de l’Archiconfrérie, M. X. allait s’enfermer
à la Trappe.
Dix-huit ans plus tard, aux premiers jours de février
1881, un trappiste à cheveux blancs célébrait le saint sacrifice à l’autel
de la Vierge et demandait à voir l’ex-voto 2260. Le vénéré sous-directeur de
l’Archiconfrérie, M. Dumax, conduisit le trappiste sous la petite voûte de
Saint-Augustin : « Le voilà », dit-il. Avec une attention recueillie jusque
dans l’au-delà du souvenir, le religieux lut l’inscription : « C’est bien
cela, » et leva un regard ému vers le ciel, il serra les deux mains tendues
vers lui et s’éloigna.
Au sortir de la voûte, trois marches donnent accès à la
chapelle de Saint-Augustin. Sur les piliers qui forment la croisée du
transept, deux inscriptions encadrées de marbre rouge attirent d’abord les
regards. La première, à gauche, reproduit la dédicace que le roi Louis XIII
fit composer en 1629 pour la première pierre de l’église, dont nous avons
parlé précédemment. L’inscription est en latin ; mais quelques lignes en
français la résument :
L’inscription qui précède
fut gravée, lors de la fondation de cette Eglise,
sur la première pierre que posa Louis XIII,
le 9 décembre 1629, deuxième dimanche de l’Avent,
en présence de Mgr
Jean-François de Gondy, Archevêque de Paris
et des religieux
du couvent des PP. Augustins déchaussés
qui devaient desservir l’Eglise.
La deuxième inscription, sur le pilier de droite, est une notice du
sanctuaire, résumée aussi en français pour le commun des lecteurs :
Cette église dédiée à Notre-Dame des Victoires,
fut fondée en 1629, par Louis XIII,
en action de grâce de la prise de La Rochelle.
Considérablement agrandie plus tard,
elle fut consacrée, le 13 novembre 1740,
Par Mgr Hyacinthe Leblanc, évêque de Joppe,
Mgr Charles de Vintimille étant archevêque de Paris ;
profanée en des temps malheureux,
elle fut réconciliée en 1809
par Mgr Jean-Baptiste de Chabot, ancien évêque de Mende.
Elle devint en 1836 le berceau de l’Archiconfrérie
du Très Saint et Immaculé Cœur de Marie
pour la conversion des pécheurs.
La disposition de la chapelle Saint-Augustin est la même
que celle de la Vierge ; deux grands tableaux encadrent l’autel : le premier
est une Immaculée Conception dans la gloire du ciel. La Vierge, vêtue de
blanc, enveloppée d’une lumière éblouissante, joint les mains dans l’extase
de son Magnificat. Autour d’elle, des anges contemplent, ravis, leur
Reine. Au-dessous, les deux archanges Saint Michel et Saint Gabriel, offrent
à l’Immaculée : l’un, le sceptre et la couronne ; l’autre le lis de
Nazareth.
Le tableau de droite représente la proclamation du dogme
de l’Immaculée Conception. Debout sur son trône, dans la basilique vaticane,
Pie IX, les yeux levés au ciel, les bras étendus, promulgue le décret du 8
décembre 1854. Les cardinaux Antonnelli et Patruzzi se tiennent à droite et
à gauche du pape ; et, à genoux, des évêques représentent l’Eglise
catholique tout entière.
De l’avis de tous ceux qui l’ont connu, Pie IX est très
ressemblant. C’est bien l’attitude sublime, le regard inspiré qui frappèrent
les spectateurs d’une admiration émue.
Entre ces deux tableaux, au-dessus de l’autel, un
magnifique vitrail, aux tons riches et chauds, rappelle encore l’histoire de
notre sanctuaire.
Il est composé de trois panneaux. Le premier, beaucoup
plus grand représente Louis XIII consacrant la France à Notre-Dame des
Victoires. Le roi, à genoux, revêtu du manteau fleurdelisé, offre à Marie
son sceptre et sa couronne. A côté de lui, Saint Louis, son aïeul et son
patron ; en face, Anne d’Autriche, à genoux sous l’égide de Sainte Anne,
s’unit à l’acte solennel de Louis XIII.
Les deux autres panneaux se rapportent à deux faits
connexes à la naissance de Louis XIV. A droite, un religieux en prière, le
F. Fiacre et sa fameuse vision : la Vierge lui montrant le dauphin accordé à
ses prières. Sur le panneau de gauche, le cardinal de la Rochefoucauld vient
féliciter la reine de sa maternité. Ce beau vitrail est un don du duc de La
Rochefoucauld dont il porte les armes, accolées à celles des Polignac.
L’autel, retiré de la chapelle de la Sainte-Vierge en
1863, est encadré de deux colonnes ioniques qui supportent un fronton
triangulaire. Avant la Révolution, on voyait au-dessus de la corniche les
quatre Evangélistes, peints par Robbin, peintre du roi. La statue de Saint
Augustin occupe tout le retable creusé en berceau. C’est une statue en
pierre qui remplace, hélas ! le chef-d’œuvre de marbre exécuté par Pigalle.
La dévotion à Saint Augustin est grande à Notre-Dame des
Victoires, et c’est justice. Il est le patron des religieux qui bâtirent
cette église. Il est, dans le sanctuaire du Cœur Immaculé de Marie, Refuge
des pécheurs, le plus illustre des convertis. Et c’est assurément par un
dessein mystérieux de la Providence que la statue de Saint Augustin se
trouve aujourd’hui placée en face de celle de la Vierge, comme pour dire au
pécheur : « Va sans crainte ! le fils de tant de larmes ne saurait périr ! »

(Plan)

Jusque dans son dernier sommeil, le vénéré
fondateur de l’Archiconfrérie reste voisin de l’autel où il avait
entendu la voix inspiratrice. Son tombeau a été creusé face à la
Vierge en avant de la table de communion. Il lui fut préparé en son
absence, un peu par surprise, trois ans avant sa mort. Son humilité
s’émut d’abord de cet honneur, mais la joie l’emporta bientôt, et le
saint vieillard aimait à penser qu’il reposerait un jour aux pieds de
Notre-Dame des Victoires.
Ce repos fut tristement troblé aux mauvais jours de
la Commune, et au tombeau de M. Desgenettes se rattache une des pages
les plus douloureuses de l’histoire de notre sanctuaire.
Chose étrange, et qui scandalise un peu notre
dévotion, la grande Révolution n’avait fait que désaffecter l’église :
en 1793, le club du Mail y tient ses séances, et le 8 janvier 1796, un
arrêté du Directoire y installe la Bourse de Paris ; la Commune de
1871 la profana odieusement. En vain des quêtes avaient-elles été
autorisées aux portes de l’église pour venir en aide aux
braves fédérés. Très différentes d’ailleurs
de celles qui ont lieu aujourd’hui, et peu abondantes ! L’historien de
Notre-Dame des Victoires nous dit pourtant que ces quêtes « eurent
lieu avec assez d’ordre, les citoyennes quêteuses furent convenables,
il y en eut même parmi elles qui savaient comment l’on doit se tenir
dans une église. »
En vain le maire du IIe arrondissement avait-il
affirmé qu’on « n’inquièterait point les églises » de son
ressort pourvu qu’on ne se mêlât pas des affaires politiques et des
actes de son administration. Le mercredi 17 mai, veille de
l’Ascension, en plein exercice du mois de Marie, l’église est envahie
par le 159e bataillon des fédérés. Brutalement, les fidèles
sont expulsés, les prêtres arrêtés, et le pillage commence suivi d’une
orgie sans nom.
Au cours des fouilles pratiquées dans toute
l’église, les sépultures très nombreuses avaient été violées ; seul le
tombeau de M. Desgenettes restait intact. Un fédéré avait eu le
courage de le défendre. « Oh ! pour celui-ci, vous n’y toucherez pas ;
il m’a élevé, il a donné du pain à mes enfants, il était pour moi un
père. Faites des autres ce que vous voudrez, mais vous ne profanerez
pas celui-ci tant que je serai vivant. »
Mais, le 19 mai, à midi, d’autres fédérés vinrent
remplacer les premiers et s’acharnèrent sur ce corps, le seul qui leur
restait à profaner. Comme si la palme du martyre manquait à la gloire
de M. Desgenettes, les misérables lui coupent la tête et la promènent
au bout d’une pique autour de la place des Petits-Pères. Mais
l’horreur et le dégoût qu’ils inspirent les ramènent bientôt dans
l’église, et ils rejettent la tête vénérable dans le cercueil, refermé
avec soin par de pieux fidèles au soir du 24 mai.
Après cette violation, une restauration complète du
tombeau était devenue nécessaire ; elle fut achevée en 1873. La pierre
tumulaire qui le recouvre date de cette époque. Elle porte une
inscription composée par M. le commandeur de Rossi.
(Plan) |
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