La Basilique à travers les âges

Les curés au service de Marie

 
 

L'Abbé Rataud
1897 - 1918

 

 
 
Extraits du Livre du Centenaire : "Un siècle à Notre-Dame des Victoires" de François Veuillot et préfacé par l'abbé Charles Jourdain, Curé de la Basilique Notre-Dame des Victoires, Directeur de l'Archiconfrérie, en la fête de la Présentation de la Sainte Vierge le 21 novembre 1936.
 
 

 

Le temps était loin, maintenant, où les contemporains du fondateur, à la vue de l'abbé Chanal, pouvaient s'écrier : "C'est Monsieur Desgenettes rajeuni". Mais, de l'abbé Rataud, comme de son prédécesseur, après un ministère de vingt et un ans, l'on a pu dire : "Ce fut Monsieur Desgenettes continué".  

Ce nouveau curé, que Benoît XV devait élever à la prélature et que la maladie abattrait à son poste, en 1918, épuisé par son intense apostolat de guerre, apportait à Notre-Dame des Victoires, avec l'expérience d'un ministère actif dans les paroisses populaires de la Maison-Blanche et du Petit-Montrouge, une piété profonde et, sous des apparences un peu froides, une délicate et généreuse bonté.

"Lui, distant et réservé, s'exclamait un jour un vieux pénitent, prévenu contre ce confesseur ! Il m'a embrassé avec l'effusion d'un père". En fait, au témoignage de ceux qui pénétrèrent l'intimité de sa personne et purent apprécier la valeur de son influence, c'était "un cœur d'apôtre et de prêtre", et c'était l'homme d'action, "tous les jours remonté par l'oraison". Très attentif aux intérêts de sa paroisse, où, multipliant les œuvres, il fonda notamment deux patronages, - de garçons sous l'égide de l'abbé Desgenettes et de filles, sous la protection de Jeanne d'Arc, - il intensifia, d'autre part, la vie intérieure et l'action rayonnante de l'Archiconfrérie. Comme ses prédécesseurs, il passait constamment de la chaire, où il avait lancé l'appel aux âmes pécheresses, à son confessionnal, où il les réconciliait avec Dieu.

Tour à tour, il ouvrait le sanctuaire marial aux plus petits de la famille humaine et aux intérêts supérieurs de l'Eglise et du monde. Un jour, comme le Christ en Palestine, il attirait à lui, c'est-à-dire à Jésus, tout un peuple d'enfants, la plupart portés sur les bras maternels, et, dans une souriante allocution, coupée de piailleries et de gazouillis, le vieux prêtre exhortait les jeunes mères à confier garçonnets et fillettes à la Maman du ciel ; et, depuis ce jour, d'ailleurs, un Livre d'Or, déposé constamment sur l'autel de la Vierge recommande à Marie ces petits consacrés.

Une autre fois, - c'était aux dernières heures de l'année 1900, - les plus hauts représentants de la société catholique, entraînant le peuple chrétien, rendaient grâces à Dieu, dans le sanctuaire de Marie, de tous les bienfaits accordés par la Miséricorde divine à la France du XIXe siècle.  Par ailleurs, avec l'approbation du Cardinal Richard, puis du Cardinal Amette, l'abbé Rataud multipliait les grandes initiatives. En cette même année 1900, il avait obtenu de Léon XIII que l'Archiconfrérie pût inscrire, au calendrier de ses féries solennelles, et la fête de Notre-Dame Auxiliatrice, et la révélation de la Médaille miraculeuse.

En 1904, afin de commémorer plus dignement la proclamation dogmatique de l'Immaculée Conception et pour offrir à la Très Sainte Vierge un permanent témoignage de gratitude, le Cardinal Richard, à sa prière, inaugurait dans l'église de Notre-Dame des Victoires, l'Union de perpétuelle reconnaissance à Marie, pour les bienfaits sans mesure et sans nombre, dont elle a comblé ses enfants, sous le signe de son Cœur Immaculé, dans ce sanctuaire et dans celui de Lourdes ; et, dix ans plus tard, à la veille de la guerre, cette opportune association qui, d'ailleurs, ne demande à ses affiliés qu'un Magnificat ou une dizaine de chapelet, suivi de la courte invocation popularisée par la Médaille Miraculeuse, avait déjà reçu 80.000 adhésions.

Cardinal Richard

Enfin, au mois d'août 1906, en réponse à une nouvelle prière de l'abbé Rataud, le Cardinal Richard autorisait l'apostolique continuateur de l'abbé Desgenettes à solliciter de Pie X, en vue de hâter les résultats de la Consécration du monde au Sacré-Cœur de Jésus, la Consécration du genre humain au Cœur Immaculé de Marie ; et, quand la guerre éclata, cette supplique, instamment recommandée par les Annales et soutenue, dans toutes les nations, par un grand nombre d'évêques, avait recueilli huit cent mille signatures.

Ainsi, rayonnant de plus en plus autour de l'ancienne église des Petits-Pères, l'Archiconfrérie, comptant alors 1.325.606 membres inscrits à Notre-Dame des Victoires et 20.060 confréries réparties entre tous les peuples, continuait de remplir, dans le monde entier, sa mission providentielle.