« Louis
Roussel est né au sein d'une famille modeste le 5 décembre 1825, à
Saint-Paterne, dans la Sarthe. Il est le dixième enfant. Son père exerce
le métier de tisserand. M. Roussel, qui a un frère et un demi-frère
prêtre, mourra en 1836. Joseph Roussel, curé de Neufchâtel-en Saosnois,
prend en charge Louis et sa sœur Rosalie. Celle-ci deviendra la
supérieure de la maison de Billancourt.
Louis est un enfant vif et intelligent.
Son oncle décide de l'envoyer en apprentissage à Paris en 1844. Il entre
chez M. Letaille, fondateur d'une petite maison d'imageries pieuses,
place Saint-Sulpice. Homme profondément chrétien, M. Letaille est membre
de la toute nouvelle conférence de Saint-Vincent-de-Paul, fondée par
Frédéric Ozanam en 1833.
Malgré la différence d'âge, l'entente
est parfaite entre Louis Roussel et son patron. Chacun travaille, la
journée, dans le rôle qui est le sien. Mais c'est ensemble, en frères,
qu'ils vont après le travail, à la rencontre des sans-abri dans les rues
de Paris.
Tenant d'une main l'action et de l'autre
la prière, comme il fera tout au long de sa vie, le jeune Louis Roussel
participera avec M. Letaille à la première nuit de l'Oeuvre de l'Adoration Perpétuelle fondée par Hermann Cohen (le futur Père Augustin Marie du Très Saint Sacrement dans l'Ordre
du Carmel). Louis Roussel puisera là une des intuitions de la fondation de l'Oeuvre de la Première Communion qui
verra le jour quelque vingt ans plus tard.
Dès son arrivée à Paris, Louis Roussel rencontre aussi l'abbé
Desgenettes, curé de Notre-Dame-des-Victoires. Son autre
oncle prêtre, l'abbé Louis Fouchet, qui connaissait vraisemblablement le
curé parisien, lui a fait obtenir une lettre de recommandation de la
marquise de Perrochel. L'abbé Desgenettes remarque tout de suite la
qualité du jeune homme et le prend sous son aile.
Cette rencontre va orienter sa vie. Le
voilà en de bonnes mains. Il vient de fêter ses 19 ans et l'abbé Desgenettes en fait son fils spirituel.
Arrivent les terribles journées de 1848.
Encore une fois, Louis Roussel et M. Letaille se dévouent sans compter,
allant sans crainte sous la mitraille porter secours aux blessés. Les
mois passent et c'est presque naturellement que Louis Roussel entre, le
18 octobre 1849, au séminaire de Saint-Sulpice.
"Vous voyez, ô mon Dieu, Vous voyez
le désir que j'ai d'être à Vous et rien qu'à Vous ! Donnez-moi la
force et le moyen de satisfaire cette faim de Vous qui me dévore…", écrit-il.
Il pressent, en effet, que ce temps de
séminaire ne sera pas facile. Plus âgé que ses camarades, il est aussi
moins cultivé. Les efforts qu'il devra fournir sont importants. Mais il
a déjà beaucoup vécu et sait par l'expérience le prix des hommes.
Il sera ordonné
cinq ans plus tard, le 23 décembre 1854 en l'église
Saint-Sulpice par Mgr Sibour,
archevêque de Paris. Et, c'est à
Notre-Dame-des-Victoires qu'il célèbre sa première messe.
L'abbé Desgenettes l'assiste. Celui-ci aimerait bien le retenir comme
vicaire, mais le jeune prêtre se sent attiré par une autre forme de
ministère.»
Louis Roussel sera aumonier militaire de
1859 à 1865 et fondera parallèlement une petite association pour les
jeunes : la Congrégation de Jésus-Ouvrier.
Elle lui permet de réunir les jeunes apprentis du quartier. C'est à ce
moment-là que germe l'idée de l'Oeuvre de la
Première Communion destinée à recueillir tous les jeunes
enfants ignorants et à les préparer à la Première Communion.
L'œuvre naquit le 3 mars 1866 lors de la rencontre de Louis
Roussel avec Mgr Darboy, archevêque de Paris.
"Votre Œuvre est bonne, mon fils, très bonne. Non seulement je
l'approuve, mais je veux être le premier bienfaiteur. Voici deux mille
francs pour les premiers frais. Commencez dès demain, Dieu fera
certainement le reste…"
«L'abbé
Roussel, qui attendait cette parole depuis qu'il a envoyé à l'évêché un
dossier de constitution, s'agenouille aux pieds de l'évêque et lui dit :
"
Monseigneur, nous serons installés dans une pauvre petite maison
d'Auteuil dans 15 jours, à la Saint-Joseph, le père des orphelins…".
A peine est-il sorti de l'évêché qu'il
se rend rue La Fontaine à Auteuil. Là, au fond d'un jardin, une petite
masure abandonnée semble l'attendre. Les murs sont lézardés, la toiture
crevée et les quelques arbres, dans le jardin, sont morts pour la
plupart. Le lieu pourrait paraître repoussant. L'abbé Roussel a
l'intuition que là se construiront de grandes choses. Dans la pièce dont
il souhaite faire la chapelle, il dépose une statuette de la Sainte
Famille qu'il avait l'habitude de porter sur lui, en s'adressant au père
nourricier :
"Saint Joseph, vous y êtes
maintenant, tâchez d'y rester."
Il signe le bail et quinze jours après,
exactement, il s'y installe avec ses enfants.»
Extraits
tirés du supplément du journal "A l'Ecoute" de février/mars 1998
(journal des Orphelins Apprentis d'Auteuil)