L'église Notre-Dame des Victoires de Trouville, dans le diocèse de Bayeux et Lisieux, présente une statue originale de Notre-Dame des Victoires : l'enfant Jésus se trouve à droite de la Vierge au lieu d'être à gauche, par contre il est bien debout sur le globe étoilé. Il bénit les fidèles de sa main droite, au lieu de tendre les bras pour les accueillir ; l'attitude de la Vierge est aussi un peu différente. Il s'agit pourtant bien d'une « Notre-Dame des Victoires », comme en témoigne, outre le nom de l'église, et celui placé sur le socle de la statue.
C’est en 1843 que la construction de cet édifice fut commencée, sur un terrain appartenant au Père Biais, alors curé, qui en fit don à la ville. Au commencement des travaux, l'Abbé Bourgeois ne possédait pas d'argent. Il se mit alors en relation avec Monsieur Vallée, premier adjoint du Comte d'Hautpoul, Maire à l'époque. Monsieur Vallée était parisien, et paroissien de Notre-Dame des Victoires. Comprenant les problèmes du Père Bourgeois, il organisa, dans notre église parisienne, des conférences de charité au profit de la future église de Trouville. C'est en mémoire de cet acte de charité que celle-ci fut donc nommée Notre-Dame des Victoires.

L'église fut terminée en 1848. Entre temps, l'abbé Bourgeois. demandera l'affiliation de sa paroisse à notre Archiconfrérie à la date du 17 mars 1847. Elle porte l'inscription n° 7555 (1er registre, page 560).

A la fin de 1860, le Comte d'Hautpoul céda à la ville une pièce de terre pour compléter le presbytère. Il fut aussi terminer les travaux de l'église, offrit le maître-autel, ainsi qu'une des cloches, et la décoration picturale (œuvre de Baranton, de l'atelier d'Ingres).
Ce n'est que le 22 août 1871 que l'église sera consacrée par l’évêque de Bayeux.
Le bâtiment est de style néo-renaissance. On peut, entre autre, y découvrir un orgue, instrument de 16 jeux, construit en 1870 par Cavaillé-Coll.
Cette église était bien connue de la petite Thérèse Martin qui passa plusieurs fois ses vacances d’été à Trouville, chez sa tante, jusqu’à son entrée au Carmel de Lisieux. (Trouville n'est qu'à 30 km de Lisieux)
C’est le 8 août 1878, à l’âge de cinq ans et demi que Thérèse découvre pour la première fois la mer à Trouville où son père l’a emmenée. Elle nous livre ses réflexions dans le manuscrit A (22 R° et V°) :
« J'avais 6 ou 7 ans lorsque Papa nous conduisit à Trouville. Jamais je n'oublierai l'impression que me fit la mer, je ne pouvais m'empêcher de la regarder sans cesse ; sa majesté, le mugissement de ses flots, tout parlait à mon âme de la Grandeur et de la Puissance du Bon Dieu.
Je me rappelle que pendant la promenade que nous faisions sur la plage, un monsieur et une Dame me regardèrent courant joyeusement autour de Papa et s'approchant, ils lui demandèrent si j'étais à lui, et dirent que j'étais une bien gentille petite fille. Papa leur répondit que oui, mais je m'aperçus qu'il leur fit signe de ne pas me faire de compliments... C'était la première fois que j'entendais dire que j'étais gentille, cela me fit bien plaisir, car je ne le croyais pas ; vous faisiez une si grande attention, ma Mère chérie, à ne laisser auprès de moi aucune chose qui pût ternir mon innocence, à ne me laisser surtout entendre aucune parole capable de faire glisser la vanité dans mon coeur. Comme je ne faisais attention qu'à vos paroles et à celles de Marie (et jamais vous ne m'aviez adressé un seul compliment), je n'attachais pas beaucoup d'importance aux paroles et aux regards admiratifs de la dame.
Le soir, à l'heure où le soleil semble se baigner dans l'immensité des flots laissant devant lui un sillon lumineux, j'allai m'asseoir toute seule sur un rocher avec Pauline... Alors je me rappelai la touchante histoire «Du sillon d'or !...» Je contemplais longtemps ce sillon lumineux, image de la grâce illuminant le chemin que doit parcourir le petit vaisseau à la gracieuse voile blanche... Près de Pauline, je pris la résolution de ne jamais éloigner mon âme du regard de Jésus, afin qu'elle vogue en paix vers la Patrie des Cieux !... »

En 1885, Thérèse fait un séjour à Deauville du 3 au 10 mai au chalet des Roses (lieu privé : ne se visite pas) qu’elle a surnommé le chalet Colombe, situé au 17 quai de la Touques. :elle aime les longues promenades le long de la grève, l'animation du petit port de pêche, mais aussi bien sûr, la messe à laquelle elle assiste chaque matin en ce séjour plus long, à l'église Notre-Dame des Victoires de Trouville, de l'autre côté du quai de la Touques, séparant Trouville de Deauville.
En 1886, début juillet, elle vient seule à Trouville au chalet des Lilas (lieu privé : ne se visite pas). Elle n’y restera que trois jours, tombant malade parce qu’elle avait « la nostalgie des Buissonnets ». Du 20 au 26 juin 1887, elle retournera à ce même chalet en vacances, au 29 rue de la Cavée.

Thérèse raconte :
« Ma tante nous invitait tous les ans à venir les unes après les autres chez elle à Trouville, j'aurais beaucoup aimé y aller, mais avec Marie ! Quand je ne l'avais pas, je m'ennuyais beaucoup. Une fois cependant, j'eus du plaisir à Trouville, c'était l'année du voyage de Papa à Constantinople ; pour nous distraire un peu (car nous avions beaucoup de chagrin de savoir Papa si loin) Marie nous envoya , Céline et moi, passer 15 jours au bord de la mer. Je m'y amusai beaucoup parce que j'avais ma Céline. Ma Tante nous procura tous les plaisirs possibles : promenades à âne, pêche à l'équille, etc... J'étais encore bien enfant malgré mes 12 ans et demi, je me souviens de ma joie en mettant de jolis rubans bleu ciel que ma Tante m'avait donnés pour mes cheveux ; je me souviens aussi de m'être confessée à Trouville même de ce plaisir enfantin qui me semblait être un péché...
Un soir je fis une expérience qui m'étonna beaucoup. Marie (Guérin) qui était presque toujours souffrante, pleurnichait souvent ; alors ma Tante la câlinait, lui prodiguait les noms les plus tendres et ma chère petite cousine n'en continuait pas moins de dire en larmoyant qu'elle avait mal à la tête. Moi qui presque chaque jour avais aussi mal à la tête et ne m'en plaignais pas, je voulus un soir imiter Marie, je me mis donc en devoir de larmoyer sur un fauteuil dans un coin du salon. Bientôt Jeanne et ma Tante s'empressèrent autour de moi, me demandant ce que j'avais. Je répondis comme Marie : «J'ai mal à la tête.» Il paraît que cela ne m'allait pas de me plaindre, jamais je ne pus les convaincre que le mal de tête me fît pleurer ; au lieu de me câliner, on me parla comme à une grande personne et Jeanne me reprocha de manquer de confiance en ma Tante, car elle pensait que j'avais une inquiétude de conscience... enfin j'en fus quitte pour mes frais, bien résolue à ne plus imiter les autres et je compris la fable de «L'âne et du petit chien.» J'étais l'âne qui ayant vu les caresses que l'on prodiguait au petit chien, était venu mettre sa lourde patte sur la table pour recevoir sa part de baisers ; mais hélas ! si je n'ai pas reçu de coups de bâton comme le pauvre animal, j'ai reçu véritablement la monnaie de ma pièce et cette monnaie me guérit pour la vie du désir d'attirer l'attention ; le seul effort que je fis pour cela me coûta trop cher !...
L'année suivante qui fut celle du départ de ma chère Marraine, ma Tante m'invita encore mais cette fois, seule, et je me trouvai si dépaysée qu'au bout de deux ou trois jours je tombai malade et il fallut me ramener à Lisieux ; ma maladie que l'on craignait qui fut grave, n'était que la nostalgie des Buissonnets, à peine y eus-je posé le pied que la santé revint... Et c'était à cette enfant-là que le Bon Dieu allait ravir l'unique appui qui l'attachât à la vie !... »
(Manuscrit A 42 V°)

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Pour contacter la paroisse Notre-Dame des Victoires de Trouville :
Groupement paroissial Saint Thomas de la Touques
Père Michel MARIE, curé.
18 avenue Florian de Kergorlay, 14800 DEAUVILLE
Tél.: 02 31 88 33 01
Nous remercions le Père Michel Marie et Madame Isabelle Mignon,
de leur aide pour écrire cet article
et de la documentation qu'ils nous ont fournie.