#Edito : Cheminer avec le père Kolbe, notre frère de miséricorde, dans les pas de l’Immaculée


Si une vie et une œuvre peuvent nous toucher, comme fidèles de Notre-Dame des Victoires et membres de son archiconfrérie, c’est bien celles de saint Maximilien-Marie Kolbe (1894-1941), béatifié par Paul VI, canonisé par Jean-Paul II, et fêté le 14 août – où nous faisons donc mémoire, en 2018, du 77e anniversaire de son martyre.


En effet, le succès missionnaire que ce père franciscain polonais a connu au XXe siècle, parce qu’il avait tout simplement pris l’Immaculée Vierge Marie « chez lui », ce succès, l’abbé Charles Desgenettes le rencontra également cent ans plus tôt. L’un et l’autre ayant donc eu pour principal mérite d’accueillir de Dieu la même grâce : celle de gagner les âmes à Jésus, avec et par Marie immaculée.

 

Les deux couronnes

L’archiconfrérie du très saint et immaculé Cœur de Marie a voyagé jusqu’au bout de la terre. La milice de l’Immaculée aussi. Les prêtres des Missions étrangères ont porté l’association mariale du P. Desgenettes dans des centaines de paroisses, jusqu’en Extrême-Orient, les missionnaires du P. Kolbe ont ajouté une pierre insigne à cette couronne par l’implantation durable de leur Cité de l’Immaculée à Nagasaki, au Japon ; dans ce Japon quasi imprenable depuis saint François-Xavier, avec ses 0,36% de catholiques recensés en ce début de XXIe siècle, mais où l’imprimerie et le petit séminaire fondés par Maximilien Kolbe tracent toujours un chemin apostolique et marial à la suite de Jésus-Christ.

Sa vie, sa mort, son éternité : tout est amour et tout nous émeut chez le P. Kolbe. Tout juste âgé de 7 ans, Raymond (son nom de baptême) se consacre à Marie. Quatre ans plus tard, appelé à choisir entre les deux couronnes que la Vierge lui présente en vision, celle de l’amour pur et inconditionnel de Dieu, et celle du martyre, il choisit les deux. C’est dit : il ira jusqu’au bout de l’amour miséricordieux.

Aussi est-ce dans la conversion d’un vénérable fils du Cœur immaculé de Marie que le jeune profès franciscain de 23 ans, docteur en philosophie de l’Université grégorienne de Rome, puise l’inspiration qui marquera toute sa vie : fonder un mouvement marial de prière et d’action en vue de sanctifier le monde entier. L’idée lui vient le 20 janvier 1917, alors qu’il médite sur le 75e anniversaire de l’apparition de l’Immaculée à Alphonse Ratisbonne (le futur P. Alphonse-Marie Ratisbonne, juif de naissance qui, avec son aîné le P. Théodore, sous-directeur de l’archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires au moment de sa conversion, fondera l’œuvre de Notre-Dame de Sion).

 

Pèlerin et missionnaire

Neuf mois après l’inspiration reçue, le mardi 16 octobre 1917, la Milice de l’Immaculée est établie par le jeune religieux franciscain et cinq de ses frères, à Rome, dans la chapelle du Collègue séraphique. Retenons cette date, éminemment « spirituelle » du 16 octobre :

– jour où les chrétiens orientaux fêtent saint Longin, qui transperce d’un coup de lance le cœur de Jésus ;

– jour où l’Eglise fête sainte Hedwige de Silésie, si chère aux Polonais ;

– jour où, en 1917 déjà, il est fait mémoire de la bienheureuse Marguerite-Marie (canonisée en 1920), dépositaire des demandes du Sacré-Cœur ;

– enfin, jour inscrit dans l’octave de la dernière apparition de Fatima, où Marie vient d’inviter trois enfants – et à travers eux toute l’Eglise – à collaborer au triomphe de son Cœur immaculé.

En vérité, tout est grâce dans la vie du P. Maximilien qui dit sa première messe le 28 avril 1918 dans l’église sant’Andrea delle Fratte (toujours cette même filiation avec Alphonse-Marie Ratisbonne). Tout est grâce dans l’ordre de la pauvreté de cœur et de la miséricorde, y compris son combat contre la tuberculose (deux longs séjours en sanatorium).

Quand il décide d’exporter le succès de son couvent-maison d’édition au Japon (sa revue, « Le Chevalier de l’Immaculée » tire à 100 000 exemplaires en Pologne), où va-t-il puiser l’aide spirituelle à la Mission, en janvier-février 1930 ? A Lourdes, à Paris (rue du Bac) et à Lisieux, où il se fait pèlerin, dans les pas de la Sainte Vierge et de la petite Thérèse.

 

Martyr à Auschwitz

De 1930 à 1936, il est principalement au Japon, où sa revue tirera à 40 000 exemplaires ; de retour en Pologne, il voit venir la Guerre et propose et obtient la consécration de l’Ordre des Frères mineurs conventuels à l’Immaculée (8 décembre 1936).

La guerre éclate, il est arrêté par les nazis une première fois en 1939, une seconde fois en 1941. Conduit à Auschwitz, il donne sa vie pour sauver celle d’un père de famille, François Gajowniczek, déporté pour avoir secouru des juifs. Condamné à mourir de faim, enfermé dans un bunker, le P. Maximilien-Marie est finalement exécuté par les nazis – d’une injection létale – le 14 août 1941, et son corps est jeté au four crématoire pour y être brûlé.

La vie du P. Kolbe est presque trop simple, trop belle, trop riche. Apanage d’une sainteté profondément désirée, en Jésus, par Marie. Nous pouvons la méditer de multiples façons : dans ce fil secret de communion avec le peuple juif, qui naît avec les frères Ratisbonne de Sant’Andrea delle Fratte et de Notre-Dame des Victoires, et s’inscrit pour l’éternité à Auschwitz ; dans le déploiement évident de la Miséricorde divine pour celui qui a décidé de mettre chacun de ses pas dans ceux de l’Immaculée.

Nous pouvons méditer encore sa vie à travers les révélations accordées à sa contemporaine et compatriote sainte Faustine, explicitant les mystères de la Miséricorde divine. Marie avait présenté une couronne blanche et une couronne rouge à Maximilien. Jésus, quelques années plus tard, explique à sœur Faustine le sens des rayons qui sortent de son cœur : « Les rayons blancs représentent l’eau qui purifie les âmes, les rouges symbolisent le sang qui est la vie des âmes… Heureux celui qui vivra à l’ombre de ces rayons. Je promets que l’âme qui honorera cette image ne sera pas perdue ».

 

« Tout l’ordre de la Miséricorde »

Mais en définitive, la meilleure façon de marcher avec le P. Kolbe, notre frère de miséricorde, est peut-être de goûter sa plus belle prière, celle que Marie lui inspira pour notre bénédiction, notre conversion, notre salut. Et ainsi de redire aujourd’hui :

« Immaculée-Conception, Reine du ciel et de la terre, Refuge des pécheurs
 et Mère très aimante,

à qui Dieu voulut confier tout l’ordre de la Miséricorde,
 me voici à tes pieds, moi … pauvre pécheur.

Je t’en supplie, accepte mon être tout entier
 comme ton bien et ta propriété ; agis en moi selon ta volonté,

en mon âme et mon corps,
 en ma vie et ma mort et mon éternité. Dispose avant tout de moi comme
 tu le désires,
 pour que se réalise enfin ce qui est dit de toi :
 “La Femme écrasera la tête du serpent” et aussi
 “Toi seule vaincras les hérésies dans
le monde entier”.
 Qu’en tes mains toutes pures, si riches
 de miséricorde,
 je devienne un instrument de ton amour, capable de ranimer et d’épanouir pleinement
 tant d’âmes tièdes ou égarées.
 Ainsi s’étendra sans fin le Règne
 du Cœur divin de Jésus.
 Vraiment, ta seule présence attire
 les grâces
 qui convertissent et sanctifient les âmes, puisque la Grâce jaillit du Cœur divin
 de Jésus sur nous tous,
 en passant par tes mains maternelles. »

 

Denis Solignac, membre de l’Archiconfrérie


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