#Edito : «J’aimerais être l’âne du Christ.»


Lorsqu’un roi entre dans Jérusalem, sa capitale, celle-ci est en émoi, en pleine agitation.


Il peut entrer sur un cheval de guerre ou un âne de paix. C’est la tradition. Son choix est important. Il prophétise la suite des évènements.
Aujourd’hui on hurle partout : Hosanna fils de David. On lance son manteau en signe de soumission. La poussière est partout comme une nuée. On crie : Sauve-nous !

Tout ce que Jésus avait fait et dit en Galilée se trouve, ce jour-là, rassemblé dans la joie et la reconnaissance, l’espérance éphémère d’un salut, personnel, communautaire ou national. Ainsi va l’humanité et les groupes humains, de la forte espérance à la déception. La foule est changeante, elle peut brûler ce qu’elle a adoré ; elle peut adorer ce qu’elle a méprisé. L’histoire des peuples est faite de ces renversements qui appellent à la prudence et à la retenue. Celle justement manifestée par Jésus. Il est singulièrement silencieux le jour des Rameaux, comme l’âne sur lequel il est juché.

L’âne, c’est la monture de Balaam le prophète étranger et étrange. Il est guidé par son ânesse qui sait où il ne faut pas aller pour maudire Israël. Elle sait aussi porter et supporter le prophète pour bénir. C’est un animal qui croit, qui sait et qui parle, il est bien humain… Cette ânesse, c’est le Seigneur qui nous voit sur la route et stoppe une marche entreprise à la légère. Peut-on réellement penser que Matthieu ne connaissait pas Balaam et son ânesse ?  Le jour des Rameaux, l’ânesse ne stoppe pas la route du Christ, comme au temps de Balaam. On dirait qu’elle dit : « En avant, ce sera dur, mais c’est la bonne direction ». La difficulté, n’indique pas que l’on se trompe. C’est peut-être l’ânesse qui rassure Jésus. J’aimerais être celle-là.

L’âne ou l’ânon, c’est aussi le prophète Zacharie et l’entrée modeste du roi Messie dont la marque originale sera de briser l’arc de guerre et de supprimer le char de combat : il proclamera la paix pour les nations. Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre et du fleuve jusqu’aux extrémités du pays. L’ânon tout jeune, souvenir de Zacharie, pourrait dire à son tour : le peuple demande qu’on prenne les armes ? Non, pas les armes. « En avant, ce sera dur, mais c’est la bonne direction ».

Jésus avait dit à ses disciples :  « Allez au village et vous trouverez une ânesse et un ânon et si on vous demande quelque chose, dites : le Seigneur en a besoin », comme en eurent besoin Balaam et le messie pacifique de Zacharie. La monture n’est pas brillante, mais elle est solide, commune, familière et elle fait la volonté de Dieu, même dans ce qu’elle a de plus surprenant pour les hommes : animal de bénédiction plutôt que de malédiction, animal de lucidité plutôt que de vanité, animal de service et de paix plutôt que de gloire et de conquête.

« Détachez-la, emmenez-les-moi, le Seigneur en a besoin ». Jésus a besoin d’ânes, plutôt que d’une foule versatile en liesse ! Et si vous et moi, nous étions ces ânes ? Moi en tout cas qui vous écris, je le suis, et ça ne date pas d’hier.

 

Père Antoine d’Augustin, Curé Recteur de la Basilique


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