#Edito : Marchons plus lentement


Imaginez-vous Jésus, agité, pressé, courant à droite et à gauche …


Non, Jésus marche lentement. Il a du temps, parce qu’il le reçoit de son Père. D’ailleurs, tout ce que l’on a, on le reçoit, le temps comme l’espace.

On n’imagine pas Jésus inquiet ! Il reçoit ce que le Père lui donne à l’instant. C’est cette capacité réceptive qui, pour le Fils incarné, fonde le temps. Jésus obéit à son Père et cette réceptivité le garde dans l’humilité. Tout est donné, tout va être donné. Je reçois et je participe à la vie donnée.

Celui qui « n’a pas le temps » court, court. Comme il reçoit peu, il doit gagner beaucoup. En plus, il craint de tout perdre. Il a raison, il va tout perdre à la fin.

L’attention au moment présent est peut-être aujourd’hui le grand secret de la vie spirituelle, comme son exigence la plus haute. Car elle suppose une désappropriation permanente de la volonté propre, un renoncement à l’instinct de maîtrise, sans lequel il est impossible de consentir à agir en présence de Dieu.

Difficile exigence, ascèse propre de notre époque tourmentée.
Elle seule rend possible la présence à soi, aux autres et à Dieu. Voilà pourquoi il arrive que, voulant maîtriser le temps, on ne saisisse que du sable et il coule entre nos doigts.

Mais celui qui connait le don de Dieu porte du fruit à chaque heure.

« Jésus ne veut pas me donner de provisions, écrivait Thérèse de Lisieux, il me nourrit à chaque instant. »

L’un sème, l’autre moissonne, mais Dieu seul donne la croissance. Certes, il faut travailler et se donner du mal.

Mais « les choses de Dieu se font d’elles-mêmes » disait Saint Vincent de Paul, cet entrepreneur de génie. C’est qu’il se gardait bien d’enjamber la Providence : alors même qu’il agissait comme si tout dépendait de lui, il attendait tout comme si Dieu devait tout faire.

Attendre, demeurer attentif à ce qui advient au cœur même de l’action, ici et maintenant, c’est se rendre souple à l’Esprit. Car, si l’impatience est bien la mère de toutes les imperfections, la patience, elle, à en croire saint Paul (1 Co 13,4), est la première qualité de l’amour.

 

Père Antoine d’Augustin