#Edito : Propos impromptus sur le repos 1


Fin juin, début juillet. Les vacances arrivent et avec elle des promesses de moments forts, recréateurs, reposant. Mais est-ce vraiment un repos… ?


Pour certains qui ne peuvent pas partir, pour de multiples raisons, y-a-t-il un repos possible ? Qu’est au juste le repos ? Quelle piste nous donne l’Evangile ? La Parole de Dieu et Dieu lui- même ?

Un peu d’étymologie. Dans le mot repos résonne très vite le verbe « re-poser ». Poser à nouveau, remettre à son bon endroit de stabilité une chose… La vie avec son rythme bouscule, déloge nos êtres et le repos nous remet « à l’endroit », dans le bon sens, à la bonne place.

Le repos selon l’Evangile

À de nombreux endroits, nous voyons Jésus partir à l’écart, renvoyer les foules, aller au désert pour y prier son Père. Il se re-pose dans son lieu-source, son lieu qu’Il ne quitte jamais comme Dieu, mais qu’il a besoin de préserver, voire de retrouver après de grands moments ou de grands bains de foule (Mt 14, 13.22-23 et parallèles).

Son exemple interpelle ses disciples qui veulent avoir la clé de ce repos en Dieu : « apprends nous à prier » Lc 11,1ss

Nous voyons aussi un trait signifiant lors de l’envoi des Douze en mission, lorsqu’ils « reviennent au rapport » !

Mc 6, 30ss « Les Apôtres se réunirent auprès de Jésus et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné.

Il leur dit « Venez à l’écart dans un endroit désert et reposez-vous un peu. »

Déjà, pour gouter le repos bien mérité, allons près de Jésus, et là annonçons nos ‘hauts faits’, qui sont les siens, puisque par l’envoi en mission ils ont reçu ce pouvoir de Jésus. (Mc 6, 7 ss).

Puis Jésus imprime le bon mouvement : « venez à l’écart. » Sortez du flot des activités, arrêtez le flux incessant habituel, sortez de vos clous, de vos chemins ou autoroutes et venez à l’écart, arrêtez-vous, prenez l’air, cueillez la fleur du bord du chemin que vous ne voyez pas d’ordinaire ! Il est donc bon d’aller à l’écart de nos lieux, activités, priorités ordinaires. C’est comme un pèlerinage : on change de rythme, de lieu, d’entourage… « Venez à moi vous qui peinez… » Mt 11

« …dans un endroit désert » : le désert est nu, aride, on ne peut pas se cacher, se rattraper aux branches. Il est silence des hommes, et vie pourtant. Il est lieu de l’Alliance de Dieu en passant par une mort à nous-même. Il est solitude immense er communion à l’Infini.

Dans ce double mouvement indiqué par Jésus, j’y vois un grand encouragement pour tous : dans nos journées, nous pouvons ménager des temps, même brefs, de mise à l’écart pour respirer, le temps d’une pause. Des lieux peuvent nous aider (comme la basilique Notre Dame des Victoires !). Et aussi une espérance : nous avons tous des déserts à notre portée : offrons les pour qu’ils deviennent ces lieux de repos que Dieu veut habiter de sa Présence.

Revenons à l’Evangile : de fait, ils sont bien occupés et n’ont même pas le temps (et même pas les moyens, avant que Jésus ne multiplie les pains !) de manger v 31.

Et les disciples passent à l’acte en suivant les conseils de Jésus : « alors ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart » (v.32)

Il y a donc une traversée, et une traversée « en église », pas en solitaire. Traversée qui rappelle le passage de l’esclavage à la liberté. Le repos n’est-il pas justement de nous libérer des préoccupations désordonnées, n’est-il pas appel à choisir Dieu, la vie, le plus important que le flot des jours veut nous masquer ? Traversée sans cesse à revivre, exode pascal permanent de nos vies. La traversée permet une mise à distance du quotidien.

L’étonnant est qu’ils partent pour un endroit désert (inverse de l’exode d’Israël) mais qui finalement ne le sera pas, puisque la foule se dépêche d’arriver avant eux !

De fait, changer de lieu ne nous vide pas de nos soucis, de nos tracas, ne nous dispense pas du travail…

Jésus va compatir, enseigner longuement en débarquant et nourrir la foule… avec service particulier des Apôtres ! Mais alors, les Douze auraient pu dire à Jésus « et notre repos ? » Il n’en est rien.

Alors, où est ce lieu du repos, quel est ce temps ? Existe-t-il vraiment ? Oui, il existe, puisque Jésus l’a conseillé aux Apôtres. Mais il a bien dit « venez vous reposer un peu ». C’est sûr que les Douze ne connaissaient pas les congés payés. Cela veut dire que ce n’est pas tant la durée qui compte que la profondeur de désert et de mise à l’écart dans notre cœur ; l’intensité mise dans cette traversée intérieure de nos agitations au silence où Dieu réside et où Il nous parle.

Et si le repos était le lieu de ce regard, de cette écoute de l’Unique, de la contemplation de ses merveilles qui nous re-posent à notre juste place dans les mains du Bon Père Créateur ?

à suivre…

 

Soeur Marie Macaire