#Edito : Propos impromptus sur le repos 2


Le repos n’est donc pas une fin en soi, un but pour ici-bas. Il est un passage de l’agitation, du tumulte, au silence, à l’apaisement.


 « Notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi, Seigneur ! » dit Saint Augustin.  Et les psaumes pourraient bien nous orienter dans ce chemin jusqu’au repos promis par Dieu, qui passe par notre corps (pause, sommeil…) mais touche principalement l’âme.

 

Le repos selon les Psaumes

Dans la Bible, le sommeil est souvent une évocation de la mort (cf. Ps 12,4),
mais il est possible de dormir couché dans la paix !  cf.Ps 3,6 ; 4,9) ce qui est un pré-annonce de la résurrection. Ps 15,9 : « ma chair elle-même repose en confiance, … tu ne peux m’abandonner à la mort… »

Il y a même un psaume qui nous encourage… à nous coucher à l’heure !

Ps 126, 2 : « En vain tu retardes le moment de ton repos : Dieu comble son bien-aimé quand il dort. ».

Cependant, les psaumes, comme toute la Parole de Dieu, sont réalistes : les soucis et les angoisses peuvent prendre le pas sur le repos nocturne :

« Même la nuit, je n’ai pas de repos. » (Ps 21,3)

Est-ce une question indifférente à Dieu ? Il ne semble pas, car

« que je marche ou me repose, tu le vois. » (Ps 138, 3)

D’aucuns pourraient voir là l’œil inquisiteur de Dieu qui nous scrute jusque dans le détail et nous empêche de vivre, ou qui nous attend au tournant ! Et là, ce n’est plus du repos, mais la peur du juge implacable. Or les Psaumes ne nous donnent pas ce visage de Dieu, (même s’il peut être évoqué en Ps 38,14, ou en Job 7,17-20 ou Lamentations 3) mais, au contraire, ils nous invitent à la confiance et à un regard juste sur Dieu :

« Repose-toi sur le Seigneur et compte sur Lui… » Ps 36,7.

Mais est-ce à dire que nous sommes invités à une confiance aveugle ?

Certainement pas, car Dieu invite sans cesse à se souvenir des merveilles qu’Il a faites : c’est donc une confiance fondée sur l’expérience de la bonté qu’est Dieu, bienfaisant pour nous, à travers toutes les apparences qui voudraient nous faire croire le contraire :

« Retrouve ton repos mon âme, car le Seigneur t’a fait du bien ! »Ps 114,7

À ce stade de notre réflexion, arrêtons-nous un instant et laissons monter à notre mémoire au moins trois bonnes choses que Dieu nous a données gratuitement et qui nous ont fait du bien…

Le Seigneur nous conduit à travers les aléas et les vicissitudes de notre vie, tel un berger qui guide ses brebis, même à travers la mort, vers des prés reposants. (cf. Ps 22,2) Il étend sur nous sa Présence protectrice, telle une mère-poule (cf. Mt 23,37) C’est ce que chante le Ps 90 :

« Quand je me tiens sous l’abri du Très-Haut, et repose à l’ombre du Puissant…. tu trouves sous son aile un refuge. »

C’est dans ce repos en Dieu, de Dieu que nous trouvons et affirmons notre foi et notre confiance

« Tu es mon Dieu –comme St Thomas dira Mon Seigneur et Mon Dieu ! »- Ps 90,2

 « Je n’ai de repos qu’en Dieu seul, mon espoir vient de Lui. » Ps 61,2.6

Allons encore un peu plus loin… Le chemin des Psaumes nous fait saisir peu à peu que ce repos de l’âme rejoint la paix du cœur, et qu’il est donné aux petits et aux pauvres qui s’en remettent totalement à Dieu (cf. Ps 36,5.7.11…)

« Dirige ton chemin vers le Seigneur, fais-lui confiance, et lui, il agira…Repose-toi sur le Seigneur et compte sur lui… Les doux posséderont la terre et jouiront d’une abondante paix. »

Dans ce psaume 36, d’ailleurs, nous pouvons trouver les pistes d’un vrai repos, d’un vrai bonheur en Dieu. Il prépare les Béatitudes que Jésus nous laissera avec cet appel :

« Venez à moi, vous tous qui peinez…, et vous trouverez le repos de vos âmes, … car je suis doux et humble de cœur. » Mt 11, 28-29

Oui, nous pouvons vraiment nous reposer sur Dieu, en Dieu, si nous acceptons et reconnaissons notre faiblesse, car alors il se fait notre force.

Ps 9b,14 : « Mais tu as vu : tu regardes le mal et la souffrance, tu les prends dans ta main ; sur toi repose le faible, c’est toi qui viens en aide à l’orphelin. »

Cependant, rien d’automatique à cela : notre liberté, notre choix, nos refus devant notre faiblesses, devant les épreuves, de nous en remettre à Lui, peuvent retarder, éloigner de nos cœurs ce repos.
Nous le voyons dans l’expérience d’Israël au désert, qui n’a pas osé la confiance en Dieu, alors que les signes de sa Présence et de son action étaient là (avec la part d’épreuve inhérente à toute vie). Ceux qui ont douté ne sont pas entrés en Terre Promise. Le Ps 94,11 nous en laisse un écho, à lire en parallèle avec He 3,7-4,11

Notre Bible traduit le psaume 94,11 :

« Jamais ils n’entreront dans mon repos. »

Or, Dieu veut donner à chacun la Terre Promise, le repos. Cependant, il ne le fera pas sans note coopération libre et aimante à sa grâce. C’est pourquoi, la traduction de He 3,11 est plus juste :

« On verra bien s’ils entrent dans mon repos. »

Demandons au Seigneur la grâce de la confiance en lui, la grâce de nous re-poser en lui.

Alors, ô merveille, en agissant avec Dieu, en le laissant agir, nous pouvons nous-même devenir le lieu de son repos ! Notre cœur devient sa demeure, une petite, une nouvelle Jérusalem, cité de paix où il vient résider :

« Monte, Seigneur, vers le lieu de ton repos, toi, et l’arche de ta force ! » Ps 131,8

et il pourra nous dire :

« Voilà mon repos à tout jamais, c’est le séjour que j’avais désiré. » Ps 131,14

Car Dieu aussi se repose… ce sera la prochaine partie !

 

Soeur Marie Macaire