#Edito : Propos impromptus sur le repos 3


Après avoir parcouru l’évangile, après avoir écouté Jésus, les sages priants de l’ancien testament, osons regarder encore plus haut, au commencement.


 À la genèse de notre vie, à la source même de la vie qui est Dieu, Père Créateur… Demandons-lui humblement de nous guider vers le bon et vrai repos…

 

Le repos des origines

La Genèse commence par une explosion de vie que Dieu ordonne et organise peu à peu, au fur et à mesure des jours… qui sont pour lui comme mille ans ! (Ps 89,4 et 2P 3,8 !) Et voilà qu’après avoir créé l’homme et la femme à son image, le sixième jour, et les avoir plantés au cœur de sa création pour la continuer, la faire fructifier, le récit biblique nous dit que Dieu… se reposa le 7e jour.

« Dieu se reposa de toute l’œuvre qu’Il avait faite. » Gn 2,2-3

Le chiffre 6 nous dit l’état d’imperfection et tend vers le 7e qui dit perfection, achèvement. Cela veut dire que nous sommes en création perpétuelle, inachevée, continue,… bref, que le travail n’est pas fini. Et le premier à s’y mettre, c’est Dieu : « Mon Père est toujours à l’œuvre » dit Jésus ! Jn 5,17 Celui qui est la Vie et le Bien ne peut cesser de se diffuser, de se donner. Mais alors, qu’est-ce que cela veut dire qu’Il se repose ?

La tradition juive est très éclairante sur ce repos de Dieu le jour du sabbat. Écoutons nos frères aînés éclairer pour nous ce passage biblique :

« Le sabbat est un jour libérateur qui, dès le début de la vie, triomphe de la fatalité et proclame la liberté profonde du Divin Créateur… Au 7e jour, Dieu impose l’arrêt aux bouillonnantes forces créatrices…

Au 7e jour, Dieu élève la création du monde de la contrainte des forces matérielles à la manifestation de la liberté divine dont l’expression est le repos. Que manque-t-il au monde : le repos…

Le repos, œuvre du 7e jour donne toute sa valeur et sa dignité au travail des 6 jours qui le précèdent. Le sabbat remporte ainsi la victoire sur la servitude à laquelle le travail astreint inévitablement. En donnant le sabbat, Dieu a élevé la créature humaine au niveau de la liberté, de la dignité et de l’égalité pour tous. » (d’après un commentaire de la Genèse – La voix de la Thora – Élie Munk)

Le repos de Dieu le 7e jour est donc l’expression éminente de sa souveraine liberté par rapport à la création. Nous pourrions dire en quelque sorte que Dieu prend du recul, de la hauteur par rapport à son œuvre… Ce qu’il faisait déjà à la fin de chaque jour, de manière plus brève, « Dieu vit que cela était bon… Il y eut un soir, il y eut un matin… » scandent les premiers versets de la Genèse. Il s’agit d’une sorte d’arrêt sur image, de pause contemplative où Dieu s’émerveille comme un enfant ! Et au 6e jour, déjà il prend cette vue d’ensemble sur tout ce qu’il a fait, et c’est très bon ! (cf.Gn 1,31)

Alors, le repos est cet arrêt, cette pause dont nous avons déjà parlé dans notre 1ère partie, cette mise à l’écart du flot impétueux de la vie. Mais comprenons bien qu’il ne s’agit pas de la fuir ! Il s’agit au contraire, de l’accueillir à nouveau comme un don gratuit, de la re-cueillir dans le silence (Dieu ne parle pas le 7e jour !), dans la paix, dans l’amour. Nous ne sommes pas condamnés à suivre sans fin le tourbillon de la vie ; Dieu nous a donné cette possibilité, cette liberté de prendre du recul, de se mettre un peu au large.

Cependant, la Genèse nous donne une autre piste, car si nous nous arrêtions là, nous pourrions penser que Dieu s’est absenté de sa création, qu’Il l’aurait lancée dans l’existence, un peu comme un ‘grand horloger’ en la livrant à elle-même, comme le pensait Voltaire.

Or, en poursuivant notre lecture, nous voyons quelque chose d’incroyable en Gn 3,8, alors que l’homme et la femme viennent de désobéir à Dieu :

« Ils entendirent la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour. »…

Cela en dit tellement long sur l’intimité que Dieu a et veut avoir avec chaque personne humaine ! Non seulement Il l’a posée dans l’être, mais Il entre en dialogue avec elle, Il lui parle. Ce sont les prémices de l’Alliance avec ses dix Paroles, et de la Loi Nouvelle avec son appel au Bonheur (cf. Ex 20 et Mt 5)

Pour Dieu aussi, la création est un jardin où il aime flâner, se promener, et ce n’est pas pour rien que Jésus sera enterré dans un jardin, comme une semence de vie nouvelle, promesse de résurrection ! C’est pourquoi, nous aimons tant, quand c’est possible, aller nous promener dans la nature lors des temps de repos : c’est le lieu où Dieu nous a posés à l’origine et revenir aux racines nous re-pose dans notre statut de créatures.

Dans ce verset de la Genèse, on perçoit aussi quelque chose de cette communion que Dieu donne à celui qui s’ouvre à Lui, et que nous retrouvons exprimée en Ap 3,20 :

« Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. »

Le repos de Dieu est donc d’être avec l’homme, de demeurer en l’homme… et pour l’homme, il est d’accueillir ce don immense, de demeurer en Dieu. Et pour cela, nul besoin de faire des kilomètres pour trouver un Eden, un lieu parfait (qui n’existe que dans notre imaginaire !), mais simplement de rentrer dans notre chambre, de fermer la porte et d’ouvrir tout grand notre cœur à cette Présence aimante et vivifiante.

« Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. » (Mt 6,6)

Pour terminer, une petite réflexion sur le dimanche. Notre dimanche chrétien est ce nouveau sabbat, béni par Dieu ; ce dialogue avec Dieu qui nous parle et à qui nous apportons nos vies avec leurs joies et leurs soucis ;ce repos qui permet de nous refaire dans l’intimité divine à la table eucharistique… 

Gn 2,3 : « Et Dieu bénit le septième jour : il le sanctifia puisque, ce jour-là, il se reposa de toute l’œuvre de création qu’il avait faite. »

Vu sous cet angle de création et recréation, la pratique dominicale nous devient une nécessité vitale et non plus une obligation moralement pesante.

Au terme de ces réflexions qui se veulent simplement pistes ouvertes, et qui ne se prétendent pas du tout exhaustives, nous souhaitons à chacun de trouver ces temps de repos, ces pauses au large de nos préoccupations, pour nous ouvrir à plus grand et à l’Autre, aux autres et aux plus petits que nous ne voyons pas toujours… pour notre plus grande joie et celle de Dieu !

Bon été !

Les 10 commandements du Bon Repos !

  1. Chaque matin, un psaume de confiance tu prieras

  2. Dans la journée, une pause émerveillement, tu feras !

  3. Pour grandir en liberté, tous les jours au moins un acte bon tu poseras.

  4. Dans l’agitation de ta vie, des moments à l’écart tu prendras.

  5. Dans le bruit de la vie, au vrai et plein silence, tu veilleras.

  6. Chaque soir, sous le regard de Dieu, ta journée tu reliras.

  7. Le soir, sans retard, tu te coucheras.

  8. Dans l’épreuve, en silence, tu te souviendras que Dieu est là.

  9. Dans la paix de ton cœur, pour Dieu et pour les autres, un lieu de repos tu deviendras.

  10. Alors au repos éternel plein de vie, tu parviendras !

 

Soeur Marie Macaire