#Edito : Sainte, l’Église… ?


Les siècles de l’histoire de l’Église sont tellement remplis de défaillances humaines, que nous pouvons comprendre l’effroyable vision de Dante, voyant la prostituée babylonienne assise dans le char de l’Eglise.


Nous trouvons compréhensibles les paroles terribles de l’évêque de Paris, Guillaume d’Auvergne (XIIIe siècle), qui disait que tout homme, à la vue de la dépravation de l’Eglise, devait se sentir glacé d’horreur. « Ce n’est plus une épouse, mais un monstre effrayant, difforme et sauvage… »

Aucune théorie ne peut venir à bout de ce réalisme.  Alors que faire, comment aimer l’Église ? En considérant que sa sainteté consiste dans la diffusion de l’amour de Dieu en elle, malgré les péchés des hommes. Car elle est l’expression de l’amour de Dieu qui ne se laisse pas vaincre par l’incapacité de l’homme. Amour de Dieu qui se montre malgré tout et toujours à nouveau favorable à l’homme. Dieu qui l’accueille inlassablement comme l’enfant prodigue, qui se tourne vers lui, le sanctifie et l’aime. Grâce au don du Seigneur, qui s’est livré sans plus se reprendre, l’Église est pour toujours la communauté sanctifiée par lui, celle en qui la sainteté du Seigneur est rendue présente au milieu des hommes. Mais c’est vraiment la sainteté du Seigneur qui y est présente et qui, dans un amour paradoxal, choisit sans se lasser, comme réceptacle de sa présence, les mains sales des hommes. Ainsi le visage contradictoire devient pour les croyants un signe du « malgré tout » de l’amour de Dieu, qui est toujours le plus fort. En ce sens l’on pourrait dire que c’est dans sa structure paradoxale de sainteté et de péché, que l’Église est le moyen d’action de Dieu dans ce monde.

Faisons encore un pas de plus. La sainteté, dans le rêve que font les hommes d’un monde intègre, est conçue comme une immunité par rapport au péché et au mal, sans mélange aucun ; il y a là toujours une certaine façon de penser noir et blanc, qui écarte et rejette impitoyablement le côté négatif des choses. L’Église n’est-elle pas simplement le prolongement de cette insertion de Dieu dans la misère humaine, n’est-elle pas simplement la continuation de la communauté de table de Jésus avec les pécheurs, de cette solidarité qui lui fait partager la détresse du péché, au point de paraître s’anéantir en elle ? Dans cette sainteté si peu sainte de l’Eglise ne voit-on pas se manifester, la véritable sainteté de Dieu, qui est amour, un amour qui ne se tient pas à distance dans une pureté intouchable, mais qui se mêle à la boue du monde pour la surmonter ? Dès lors, la sainteté de l’Eglise peut-elle être autre chose que le fait de nous porter les uns les autres, ce qui d’ailleurs n’est possible à chacun d’entre nous que parce que le Christ nous porte tous ?

Allons, ne nous scandalisons pas du péché des hommes, quels qu’ils soient. Renouvelons notre foi au Christ Sauveur qui seul enlève le péché du monde.  Convertissons-nous en vérité et de façon responsable. Marchons à sa suite sans trop d’états d’âme, mais avec des états de service.

 

Père Antoine d’Augustin

Source supplémentaire : Foi chrétienne hier et aujourd’hui, Joseph Ratzinger, 1968


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