L’attachement de Thérèse de Lisieux à Notre Dame des Victoires


La maman de Thérèse, Zélie Martin tout comme son époux Louis, aimaient Notre-Dame des Victoires et leur confiance en elle se traduit pour nous dans plusieurs de leurs lettres. C’est donc par eux que Thérèse a fait sa connaissance.


Lorsqu’elle mentionne pour la première fois Notre-Dame des Victoires, c’est déjà pour elle une figure familière. Ce texte a été rédigé durant ses dernières années de vie, en 1897, dans ce qui deviendra Histoire d’une âme. Thérèse raconte sa guérison par Notre-Dame des Victoires, le 13 Mai 1883.

 

« Un jour je vis Papa entrer dans la chambre de Marie où j’étais couchée ; il lui donna plusieurs pièces d’or avec une expression de grande tristesse et lui dit d’écrire à Paris et de faire dire des messes à Notre Dame des Victoires pour qu’elle guérisse une pauvre petite fille.

Ah! que je fus touchée en voyant la Foi et l’Amour de mon Roi chéri ! J’aurais voulu pouvoir lui dire que j’étais guérie, mais je lui avais déjà fait assez de fausses joies, ce n’était pas mes désirs qui pouvaient faire un miracle, car il en fallait un pour me guérir…

Il fallait un miracle et ce fut Notre Dame des Victoires qui le fit.

Un Dimanche (pendant la neuvaine de messes), Marie sortit dans le jardin me laissant avec Léonie qui lisait auprès de la fenêtre, au bout de quelques minutes je me mis à appeler presque tout bas : « Mama…Mama »Léonie étant habituée à m’entendre toujours appeler ainsi, ne fit pas attention à moi.

Ceci dura longtemps, alors je l’appelai plus fort et enfin Marie revint, je la vis parfaitement entrer, mais je ne pouvais dire que je la reconnaissais et je continuais d’appeler toujours plus fort :

« Mama ! Je souffrais beaucoup de cette lutte forcée et inexplicable et Marie en souffrait peut-être encore plus que moi ; après de vains efforts pour me montrer qu’elle était auprès de moi, elle se mit à genoux auprès de mon lit avec Léonie et Céline puis se tournant vers la Sainte Vierge et la priant avec la ferveur d’une mère qui demande la vie de son enfant, Marie obtint ce qu’elle désirait…”

Ne trouvant aucun secours sur la terre, la pauvre petite Thérèse s’était aussi tournée vers sa Mère du Ciel, elle la priait de tout son coeur d’avoir enfin pitié d’elle…Tout à coup la Sainte Vierge me parut belle, si belle que jamais je n’avais vu rien de si beau, son visage respirait une bonté et une tendresse ineffable, mais ce qui me pénétra jusqu’au fond de l’âme ce fut le « ravissant sourire de la Sainte Vierge ». Alors toutes mes peines s’évanouirent, deux grosses larmes jaillirent de mes paupières et coulèrent silencieusement sur mes joues.”

Source :  Ms A-30r°

 

En 1887, Thérèse part en pèlerinage à Rome dans l’intention de rencontrer le pape pour demander son autorisation d’entrer au carmel à l’âge de 15 ans.

Elle passe par Paris. Accompagnée de son père Louis et de sa sœur Céline, Thérèse vient le 4 novembre remercier Notre Dame des Victoires de son intercession et lui demander de veiller sur sa vocation carmélitaine.

“Arrivés à Paris dans la matinée, nous commençâmes aussitôt à le visiter. Ce pauvre petit père se fatigua beaucoup afin de nous faire plaisir, aussi nous eûmes bientôt vu toutes les merveilles de la capitale. Pour moi, je n’en trouvais qu’une seule qui me ravît. Cette merveille fut : Notre-Dame des Victoires. Ah! Ce que j’ai senti à ses pieds, je ne pourrais le dire… Les grâces qu’elle m’accorda m’émurent si profondément que mes larmes seules traduisirent mon bonheur comme au jour de ma 1ère communion…

Le Sainte Vierge m’a fait sentir que c’était vraiment elle qui m’avait sourit et m’avait guérie. J’ai compris qu’elle veillait sur moi, que j’étais son enfant, aussi, je ne pouvais plus lui donner que le nom de Maman car il me semblait encore plus tendre que celui de Mère… Avec quelle ferveur ne l’ai-je pas prié de me garder toujours et de réaliser bientôt mon rêve en me cachant à l’ombre de son manteau virginal !…

Ah c’était là un de mes premiers désirs d’enfant… En grandissant, j’avais compris que c’était au Carmel qu’il me serait possible de trouver véritablement le manteau de la Sainte Vierge et c’était vers cette montagne fertile que tendaient tous mes désirs…”

Source : Ms A- 56 v°

Là ne s’arrêtera pas l’amour de Thérèse pour Notre-Dame des Victoires

Dans sa correspondance, on en retrouve une trace dans la lettre à la cousine Marie Guérin, qui se trouve alors à Paris; le courrier est daté du 30 mai 1889. Après l’avoir rassurée sur ses scrupules, elle dit sa prière pour sa cousine

 

J’espère que mon désir va être réalisé et que le dernier jour de son mois, la Sainte Vierge va guérir ma petite soeur chérie. Mais pour cela il faut prier, beaucoup prier, si tu pouvais mettre un cierge à Notre-Dame des Victoires … J’ai tant de confiance en elle ! … (LT n° 92 )

Puis, la connivence devient plus spirituelle

C’est en quelque sorte une communion de vocation qui s’établit entre la Vierge Refuge des pécheurs et Soeur Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte Face, voulant offrir sa vie pour la conversion des pécheurs .

 

Depuis les sacrifices de son adolescence pour le salut de l’assassin Pranzini, à l’offrande de sa dernière communion pour l’ex-prêtre Carme Hyacinthe Loison en passant par sa prière pour le mystificateur Léo Taxil, Thérèse sait que ce que Jésus lui demande, c’est de s’asseoir à la table des pécheurs :

 

« Aux jours si joyeux du temps pascal, Jésus m’a fait sentir qu’il y a véritablement des âmes qui n’ont pas la foi, qui, par l’abus des grâces perdent ce précieux trésor, source des seules joies pures et véritables.

Mais Seigneur, votre enfant l’a comprise votre divine lumière, elle vous demande pardon pour ses frères, elle accepte de manger aussi longtemps que vous le voudrez le pain de la douleur et ne veut point se lever de cette table remplie d’amertume où mangent les pauvres pécheurs avant le jour que vous avez marqué … Mais aussi ne peut-elle pas dire en son nom, au nom de ses frères : Ayez pitié de nous Seigneur, car nous sommes de pauvres pécheurs ! »

 

La conversion des pécheurs est pour Thérèse une oeuvre missionnaire

la sienne propre dans sa vocation de carmélite, la sienne associée à celle de ses frères missionnaires, l’Abbé  Bellière et le Père Rouland. C’est pour ce dernier, qui va s’embarquer le 2 août pour la Chine, qu’elle écrit, le 16 juillet 1886, son 35ème poème :

 

« A Notre-Dame des Victoires, Reine des Vierges, des Apôtres et des Martyrs »
Vous qui comblez mon espérance,
Ô Mère ! Écoutez l’humble chant;
D’amour et de reconnaissance
Qui vient du coeur de votre enfant !
Aux oeuvres d’un missionnaire,
Vous m’avez unie sans retour,
Par les liens de la prière,
De la souffrance et de l’amour.
A lui de traverser la terre,
De prêcher le  nom de Jésus,
A moi, dans l’ombre et le mystère,
De pratiquer d’humbles vertus.
La souffrance, je la réclame,
J’aime, je désire la croix,
Pour aider à sauver une âme,
Je voudrais mourir mille fois.
Je veux m’immoler au Carmel,
Et par lui, répandre les  flammes
Que  Jésus  apporta   du ciel.
Par lui, quel ravissant mystère,
Jusqu’au Su-Tchuen oriental
Je pourrai de ma tendre mère
Faire aimer le nom virginal.
Dans ma solitude profonde,
Marie, je veux gagner des coeurs,
Par votre apôtre, au bout du monde,
Je convertirai les pécheurs.
Par lui, l’eau sainte du Baptême,
Du tout petit enfant d’un jour,
Fera  le Temple, où Dieu lui-même
Daigne habiter dans son amour.
Je veux peuple de petits anges
Le brillant séjour éternel …
Par lui, d’enfantines phalanges
Prendront leur essor vers le ciel ! …
Par lui, je pourrai la cueillir,
Oh quel espoir ! Mère chérie
Je serai la soeur d’un martyr !!!
Après l’exil de cette vie,
Au soir du glorieux combat,
Nous jouirons dans la Patrie
Du fruit de notre apostolat.
A lui l’honneur de la Victoire,
Devant l’armée des bienheureux,
A moi le reflet de sa gloire,
Éternellement dans les cieux.

 

Sûrement savait-elle aussi que le jeune Théophane Vénard, ce jeune saint Martyr dont elle aimait beaucoup la figure et dont elle reçut une image et une relique peu de temps avant sa mort, avait consacré son sacerdoce et sa mission à la Vierge Missionnaire, celle dont la puissance convertit les pécheurs : « Notre-Dame des Victoires », précisément.

Enfin, en 1897, alors que Thérèse est déjà très malade, Mère Marie de Gonzague, la Prieure du Carmel, demande une nouvelle neuvaine de messes à Notre-Dame des Victoires pour obtenir de nouveau sa guérison.

La neuvaine a lieu du 5 au 13 juin. Une amélioration se produit, puis de nouveau la maladie reprend de dessus. Le 16 juillet Thérèse est descendue à l’infirmerie. On place près d’elle une petite statuette de Notre-Dame des Victoires.

Le dernier grand poème de Thérèse est un poème marial ( PN 54). Il est long (25 strophes de 8 vers) et reprend tout ce qu’elle appelle sa doctrine mariale. Retenons ici les strophes 22 et 25 où l’allusion est claire :

Tu nous aimes, Marie,
comme Jésus nous aime
Et tu consens pour nous
à t’éloigner de Lui.
Aimer, c’est tout donner
et se donner soi-même
Tu voulus le prouver
en restant notre appui.
Le Sauveur connaissait
ton immense tendresse
Il savait les secrets
de ton coeur maternel,

Refuge des pécheurs,

c’est à toi qu’Il nous laisse
Quand Il quitte la croix
pour nous attendre au ciel.
Bientôt je l’entendrai
cette douce harmonie
Bientôt dans le beau ciel
je vais aller te voir

Toi qui vins me sourire
au matin de ma vie

Viens me sourire encor…
Mère… voici le soir !…
Je ne crains plus l’éclat
de ta gloire suprême
Avec toi, j’ai souffert
et je veux maintenant
Chanter sur tes genoux
Marie, pourquoi je t’aime
Et redire à jamais,
que je suis ton enfant !…

 

Sa dernière prière aussi est mariale. ce sont ces quelques mots, tracés d’une main tremblante au crayon, précisément au dos de la petite image dont nous avons parlé. C’est aussi les derniers mots qu’elle trace de sa main, son dernier autographe.

La date est du 8 septembre 1897, anniversaire de sa profession religieuse :

 

Ô Marie, si j’étais la reine du ciel et que vous soyez Thérèse, je voudrais être Thérèse afin que vous soyez la Reine du Ciel ! …

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