Quelles activités avec mes enfants pour les vacances d’été ?


Comment trouver une alternative ludique pour contrer l’ennui de ses enfants tout en leur permettant de grandir en s’amusant?

La littérature jeunesse ! Cela peut sans aucun doute vous paraître simpliste, mais la lecture constitue un pilier fondamental d’apprentissage pour développer la curiosité et l’imaginaire de nos enfants.


Goûter
les mots

Il existe de nombreux moyens pour éveiller chez l’enfant le goût des mots. Qui d’entre nous ne s’est pas amusés de la série du Prince de Motordu de Pef étant plus jeune ?

Quel adulte ne s’est pas régalé de le faire partager à des enfants ? Aussi l’album pour enfant, voire pour adolescent, ne doit-il pas être trop vite considéré comme une littérature pour dilettante. Elle recèle ses leçons et ses ferments pédagogiques. Ces dernières années, l’album s’ouvre à un public de moins en moins enfantin. Si l’on pense au soin accordé au texte d’albums comme Le Journal secret du Petit Poucet et des Graines de cabane de Philippe Lechermeier (illustrés respectivement par Rebecca Dautremer et Eric Puybaret), on verra aisément qu’ils regorgent de mots à double sens, qui excluent un lectorat trop jeune. Le succès des romans d’Eric Orsenna (La Grammaire est une chanson douce, La Fabrique de mots…) ont remis à l’honneur cette saveur de la langue il y a quelques années et, après une certaine surprise, de jeunes lecteurs peuvent prendre plaisir à cette manière toute imagée de célébrer la langue française. D’une manière toute différente, c’est cette encore ce goût des mots que cherche à transmettre Flore Vesco dans son roman De Cape et de mots : avec beaucoup d’humour, la jeune et rebelle Serine se tire de tous ses mauvais pas grâce au duel verbal et l’intérêt lexical.


Déchiffrer
l'implicite

Tout aussi important, si ce n’est plus, la littérature pour la jeunesse permet d’exercer le sens de l’implicite chez l’enfant.

C’est ce que propose un auteur comme Timothée de Fombelle, notamment dans Vango et Tobie Lolness, avec beaucoup de finesse et de sensibilité. Chaque non-dit est une invitation à la compensation sémantique. Cet écrivain brille dans l’art de la suggestion, à tel point qu’un roman comme Vango est même difficile à aborder pour un élève de début de collège. Dans le même ordre d’idée, j’évoquerai également les trois romans de Cornelia Funke, Cœur d’encre, Sang d’encre et Mort d’encre. Pour commencer, l’intrigue elle-même est un hommage à la vie des mots puisque le personnage principal a le don, par sa lecture à voix haute, d’incarner dans la réalité les personnages fictifs qu’il sollicite. De plus, ici, chaque chapitre est précédé d’une phrase en épigraphe, issue elle-même d’une œuvre de la littérature jeunesse. Le lecteur est engagé implicitement à faire résonner ensemble la phrase et le contenu du chapitre, voire à chercher dans cette épigraphe une clé de lecture de l’intrigue. Le roman Le Dernier songe de Lord Scriven d’Eric Senabre, quant à lui, se présente comme une enquête policière très singulière : le détective résout les énigmes en rêvant ! On peut déjà imaginer comment le lecteur va chercher à interpréter les images symboliques proposées par les songes pour réussir à deviner l’assassin.


Découvrir l'autre

Les œuvres pour la jeunesse sont bien sûr également un lieu où l’enfant ou l’adolescent apprend à aimer s’intéresser à l’autre, dans tout ce qu’il a de dissemblable à soi.

J’aimerais ici évoquer une très belle expérience de lecture avec l’album numérique L’Herbier des fées de Sébastien Perez, illustré par Benjamin Lacombe. Téléchargeable sur tablette, cet « herbier » invite le lecteur à partir à la recherche d’un explorateur qui a disparu, après, semble-t-il, avoir découvert des fées. Toutes les découvertes de ces créatures sont présentées au lecteur comme un récit, mais également comme un ouvrage documentaire, avec des légendes, des vidéos d’archives, des schémas explicatifs… Une étonnante approche de l’altérité est également proposée par le roman de Mark Haddon, Le Bizarre incident du chien pendant la nuit. Le narrateur est un enfant autiste, qui entraîne avec lui le lecteur dans une enquête un peu loufoque : qui a tué le chien du voisin ? Sa manière de déduire, de réagir, de questionner le réel est celle d’un enfant qui appréhende le monde à sa manière, avec ses émotions et ses affections propres.


S'approprier
son interiorité

Pourquoi nos enfants et nos élèves raffolent-ils tant des livres « où il y a de l’action » ? Au-delà de la peur de s’ennuyer, j’ose proposer que (…) la lecture est une expérience de la solitude ; or, il faut peupler cette solitude afin de permettre aux lecteurs de s’y faire une place habitable. 

Il ne s’agit pas tant de leur proposer des œuvres rythmées, mais des œuvres qui les aident à s’éprouver seuls sans s’y sentir abandonnés. Favoriser cela, c’est aider l’enfant à vivre des émotions sans en devenir esclaves, sans être plongé dans un inconnu indéchiffrable. Le jeune lecteur doit pouvoir éprouver la tristesse, la surprise, la déception, la terreur, mais de manière suffisamment délicate pour ne pas en être détruit. Il s’agirait d’une sorte de catharsis. De nombreuses œuvres littéraires, comme de nombreux films, cèdent à la tentation du « buzz affectif ». Le talent véritable de l’œuvre d’art doit à la fois être le voyage et le guide de voyage.  Une œuvre récente permet à mon sens d’atteindre cet objectif : il s’agit de Pax et le petit soldat de Sara Pennypacker. Un jeune garçon se voit contraint d’abandonner son renard apprivoisé dans la forêt pour ne pas infliger cette charge à son grand-père chez qui il doit partir vivre. Très vite, pourtant, il comprend qu’il a commis un acte avec lequel il ne pourra pas vivre, et s’évade pour retourner chercher son renard. Véritable roman initiatique, c’est en réalité ce qu’il est en profondeur qu’il va trouver.


Devenir lecteur
de soi-même

Enfin, la littérature jeunesse peut déjà permettre entre l’enfant et le livre cette « conversation » que proposait Proust comme un modèle de la lecture. À ce titre, l’œuvre doit pouvoir renvoyer le lecteur à sa quête existentielle. Y a-t-il un âge pour s’interroger sur ces questions ?

La belle tradition du conte nous a appris depuis longtemps à répondre par la négative à cette question. Les albums exploitent avec un grand talent cette dimension de la littérature, les illustrations aidant à éclairer des sujets audacieux. Nous pouvons ici citer les certains albums qui abordent la question de l’exclusion (Cécile Roumiguière avec L’enfant silence), de la fratrie (La Clé des songes de Régine Joséphine) ou celle de l’éducation à la sobriété (Hubert Ben Kemoun, Le Cadeau de la princesse qui avait déjà tout). On peut lire aujourd’hui deux types de littérature susceptible d’assumer cette fonction de conversation. Il existe pour commencer les œuvres qui renvoient à des sujets d’actualité, naguère encouragées dans les documents d’accompagnement des programmes de français. Elle s’accompagne souvent d’un personnage mentor, qui accompagne le lecteur dans son voyage à travers le(s) sujet(s) abordé(s). On ne présente plus la saga de Marie-Aude Murail Sauveur et fils choisit par exemple le personnage du psychologue Sauveur pour prendre la main du lecteur avec celle de ses jeunes patients. Le second type relève plutôt de la littérature métaphorique. Il s’apparenterait au conte s’il n’était pas aussi long. Ce sont les cas de La Rivière à l’envers de Jean-Claude Mourlevat, du Secret d’Orbae de François Place et de nombreux romans initiatiques de Jean-François Chabas comme Le Merveilleux ou les plus récentes Chroniques de Zi. Chacun de ses romans sont des voyages en soi et hors de soi qui en font le charme et le caractère inoubliable.



Nous remercions infiniment Sandra Besnard pour ses précieux conseils et pour la rédaction de cet article.